NA­TURE

La côte, musée en de­ve­nir ?

Kiteboarder - - SOMMAIRE -

Le pro­blème est com­plexe. Notre es­pèce, Ho­mo sa­piens, a la fâ­cheuse ha­bi­tude de dé­truire tout ce qu’elle touche. L’en­vi­ron­ne­ment ma­rin n’est pas épar­gné. On a vu dans cette ru­brique à quel point nous pou­vions être hor­ri­ble­ment créa­tifs pour dé­truire l’océan et l’es­tran, à coup de plas­tique, de pé­trole ou d’ur­ba­nisme non maî­tri­sé. Aus­si, on peut com­prendre une forme de ré­flexe de se pré­mu­nir de nous-mêmes en toutes cir­cons­tances. La pres­sion dé­mo­gra­phique, liée à la lit­to­ra­li­sa­tion de nos ac­ti­vi­tés, éco­no­miques ou de loi­sirs, n’ar­range pas les choses. Pour au­tant, faut-il res­treindre chaque an­née da­van­tage, et par­fois in­ter­dire, toute ac­ti­vi­té en bord de mer ? Pa­ra­doxe ul­time dans une époque qui nous in­cite à ai­mer la na­ture, qui la di­vi­nise, mais qui s’in­quiète quand on la pra­tique en masse.

PRO­TÉ­GER L’EN­VI­RON­NE­MENT? NA­TU­REL­LE­MENT !

J’ap­par­tiens à une gé­né­ra­tion qui a gran­di dans les ga­ni­velles, et à qui on a ex­pli­qué qu’il fal­lait pro­té­ger les dunes, contre vents et ma­rées, et l’homme par- des­sus le mar­ché. Ja­mais je n’ai re­mis en cause cette vi­sion. Bien au contraire. Je ne laisse ja­mais un pa­pier traî­ner — Sur­fri­der Foun­da­tion est pas­sée par là ! —, et je res­pecte les sen­tiers cô­tiers, en pié­ti­nant le moins pos­sible la vé­gé­ta­tion. J’ai éga­le­ment pu pro­fi­ter d’une côte, bre­tonne en l’oc­cur­rence, pro­té­gée d’une ur­ba­ni­sa­tion ga­lo­pante à la mode es­pa­gnole. Il faut rendre à Cé­sar… et re­con­naître que le Con­ser­va­toire du Lit­to­ral n’y est pas étran­ger. Mais de là à in­ter­dire de marcher sur des ro­chers… Je n’ai d’ailleurs tou­jours pas le fin mot de l’his­toire, ayant eu le droit à toutes les ex­pli­ca­tions. Pour cer­tains, la peur de nous voir em­por­tés par une vague. Pour d’autres, une pro­tec­tion pour em­pê­cher le pié­ti­ne­ment. Ca­co­pho­nie. Pour­tant, je ne vois tou­jours pas en quoi pié­ti­ner des ro­chers en ar­ri­vant par une plage pose un grave pro­blème.

LA TEN­DANCE NE REND PAS OPTIMISTE

Si en­core ce n’était qu’une frus­tra­tion per­son­nelle et pas­sa­gère… Mal­heu­reu­se­ment, on peut ob­ser­ver une ten­dance lente mais constante à la res­tric­tion. Par­kings de plus en plus contrô­lés, ré­duits… L’ac­cès aux centres-villes se res­treint pour les voi­tures, mais c’est éga­le­ment le cas sur la côte, sans par­ler des in­ter­dic­tions qui se gé­né­ra­lisent pour les cam­ping-cars, et le cam­ping en gé­né­ral. Et pour­tant, nous ne sommes pas nos­tal­giques du par­king sau­vage à la mode 80’s. Sim­ple­ment, à chaque fois qu’un par­king est ré­no­vé, on constate que sa ca­pa­ci­té s’en trouve ré­duite après les tra­vaux. Frus­tra­tion. Dans le même temps, cer­tains or­ga­ni­sa­teurs de com­pé­ti­tions n’ont pas le droit de mettre des dra­peaux sur les plages, car on leur re­proche de mettre en place une pol­lu­tion vi­suelle ! Il ne s’agit pour­tant que de plan­ter quelques mâts dans du sable pen­dant deux ou trois jours. Et je ne vous parle pas des formalités et des contraintes pour or­ga­ni­ser un évé­ne­ment au­jourd’hui. Un évé­ne­ment comme le Red Bull Storm Chase, en wai­ting per­iod en­clen­chée au der­nier mo­ment, pour­rai­til au­jourd’hui se dé­rou­ler en France ? J’en doute. La ten­dance gé­né­rale, si on ob­serve l’évo­lu­tion de­puis les 70’s, est à com­pli­quer l’ac­cès à la côte. Les por­teurs de pro­jets de ré­ha­bi­li­ta­tion de cer­tains es­paces na­tu­rels fré­quen­tés rêvent souvent de construire des par­kings loin des vagues. On en­tend par­fois par­ler de pro­jets pour cer­taines plages bre­tonnes ex­po­sées aux houles qui nous at­tirent. Per­sonne ne dit mot, mais tout le monde

« IL NE FAU­DRAIT PAS OU­BLIER QUE L’HOMME EST UN ANIMAL QUI NE PEUT PAS ÊTRE DÉCONNECTÉ DE SON ÉCO­SYS­TÈME »

re­doute ce scé­na­rio. De­vra-t-on al­ler se ga­rer à 800m d’une plage dans le fu­tur ? Comment fe­ront les écoles de surf ou de kite, et les pra­ti­quants ? Et comment in­cul­quer l’ap­proche de l’en­vi­ron­ne­ment ma­rin aux jeunes si la plage de­vient « com­pli­quée », en ac­cès comme en pra­tique ? Pour­tant, la côte est ha­bi­tée et oc­cu­pée de­puis tou­jours par Ho­mo sa­piens, comme en té­moigne le site pré­his­to­rique de Blom­bos Cave, en Afrique du Sud. L’homme est bien chez lui quand il est à la plage ou sur les pointes ro­cheuses !

L’HOMME EST-IL DE TROP ?

Un exemple ré­cent a dé­frayé la chro­nique. Sur l’île d’Arz, dans le golfe du Mor­bi­han, une pe­tite ex­ploi­ta­tion ma­raî­chère en bio, in­ci­tée par la mai­rie à s’ins­tal­ler, a dû faire face au voi­si­nage qui a por­té plainte parce que la vue était gâ­chée sur la mer par des tun­nels pour faire pous­ser les lé­gumes, qui plus est dans un pé­ri­mètre clas­sé. Ré­sul­tat : fin de l’ex­ploi­ta­tion. Ils ont je­té l’éponge après avoir dé­ron­cé des par­celles en­tières ! Hu­mi­lia­tion. Que ce soit en loi­sir pour les jeunes, ou en ac­ti­vi­té éco­no­mique res­pec­tueuse de l’en­vi­ron­ne­ment, la côte est moins dis­po­nible qu’il y a 40 ans. Je ne dis pas qu’il faut re­ve­nir au cam­ping sau­vage de mes pa­rents sur les plages dans les 60’s, mais même les simples veillées au feu de camp que j’ai connu au bord de l’eau dans ma jeu­nesse ont été in­ter­dites dans les 80’s, par peur des in­cen­dies.

RESTONS VIGILANTS

Bien sûr, j’ai « un peu » for­cé le trait, mais ce qui m’in­quiète vrai­ment, c’est la ten­dance de­puis 40 ans, et ce qu’elle laisse au­gu­rer pour les 40 pro­chaines an­nées. Certes, nous sommes par­tis d’une si­tua­tion où il fal­lait faire quelque chose pour pro­té­ger la côte, les plages, l’es­tran dans son en­semble. Tou­te­fois, il ne fau­drait pas ou­blier que l’homme est un animal qui ne peut pas être déconnecté de son éco­sys­tème, et c’est jus­te­ment pour ce­la que les sports de glisse « out­door » ont connu un tel es­sor de­puis plus de 50 ans. Or, tel que je le res­sens au­jourd’hui, je crains que l’ave­nir soit à la li­mi­ta­tion conti­nue, lente et pro­gres­sive, des pra­tiques hu­maines sur l’es­pace cô­tier. Spor­tives ou non. Que l’his­toire me dé­mente dans les faits, par Nep­tune!

Les ro­chers de La Torche in­ter­dits d’ac­cès aux spec­ta­teurs et pho­to­graphes…

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