Big Star

au fir­ma­ment

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À l’oc­ca­sion de la ré­édi­tion de Keep An Eye On The Sky (Big Star) et I Am The Cos­mos (Ch­ris Bell), retour sur l’un des se­crets bien gar­dés de la pop-rock amé­ri­caine des an­nées 1970…

Dans le grand livre des ar­tistes au­tant cultes que mau­dits, soyons cer­tains que ce groupe-là, et ses prin­ci­paux membres, pour­raient bien avoir droit à un cha­pitre en­tier. Il est dans l’his­toire de Big Star tous les in­gré­dients né­ces­saires à en rem­plir les pages : une poi­gnée de disques igno­rés lors de leur sor­tie, ma­gni­fiés des an­nées plus tard ; au moins une tra­jec­toire tra­gique (Ch­ris Bell, en­tré tout droit, via un ac­ci­dent de la route, dans le Club des 27, les ar­tistes du rock morts à 27 ans) ; des chan­sons ma­gni­fiques ; une des­cen­dance illustre (REM, Tee­nage Fan Club, entre autres) ; une époque au goût aigre-doux de la fin des illu­sions (les se­ven­ties) ; un usage im­mo­dé­ré des drogues… que de­man­der de plus ? Pe­tit retour, donc, alors qu’est (re)pu­bliée en ver­sion 4 CD Keep An Eye On The Sky, com­pi­la­tion des en­re­gis­tre­ments du groupe (avec des ver­sions sen­si­ble­ment « al­ter­na­tives » et un live), ain­si que le my­thique I Am The Cos­mos, vrai-faux seul al­bum de l’un des membres, Ch­ris Bell, disque sor­ti près de quinze ans après sa mort…

Ten­tons d’abord de dé­fi­nir ce qui fait de Big Star un groupe à part, qu’on ché­rit, à dire vrai, avec une in­ten­si­té par­ti­cu­lière. Au dé­part, rien de très par­ti­cu­lier : nous sommes à l’aube des an­nées 1970, et le qua­tuor for­mé à Mem­phis par Alex Chil­ton, Ch­ris Bell, Jo­dy Ste­phens et An­dy Hum­mel pour­rait n’être qu’une de ces in­nom­brables for­ma­tions mu­si­cales de l’époque, s’ins­cri­vant (au choix) dans le rock psy­ché­dé­lique émer­geant de­puis la fin des six­ties, le folk ca­li­for­nien sous in­fluences du Laurel Ca­nyon, ou en­core le rock ten­du et rêche qui, bien­tôt, don­ne­ra nais­sance au punk.

L’étran­ge­té, ici, étant que Big Star tient, dans ses com­po­si­tions, un peu de tout ce­la : on trouve, dans les chan­sons du groupe, des mor­ceaux de Beatles (époque Re­vol­ver plus que Ser­gent Pep­per…) mé­lan­gés à des bouts de Byrds, une ten­sion rhythm’n’blues fa­çon Stones au goût de la dé­cons­truc­tion du Vel­vet Un­der­ground. L’hy­bride pour­rait être ef­frayante, elle consti­tue le grand pou­voir d’at­trac­tion des al­bums du groupe : trois, su­perbes, dans les an­nées 1970, un qua­trième ( In Space) étant sor­ti en 2005, plus dis­pen­sable. Dans un for­mat pop (chan­sons courtes), Big Star (et plus tard en so­lo Ch­ris Bell et Alex Chil­ton, dans une autre me­sure) par­vient à écrire quelques clas­siques de la pop de l’époque, dont les in­com­pa­rables « Thir­teen », « Bal­lad Of El Goo­do » et « Sep­tem­ber Gurls ».

I Am The Cos­mos, sor­ti en 1992, alors que Ch­ris Bell est dé­cé­dé en 1978, s’avère un bel en­semble de bal­lades (et quelques titres plus rock), dont émergent de vrais clas­siques, chau­de­ment re­com­man­dés : le titre épo­nyme de l’al­bum, mais aus­si « Speed Of Sound », « Look Up », « Though I Know She Lies », ou en­core la gemme ul­time, « You And Your Sis­ter », une mer­veille…

Per­fect pop songs

On l’a dit, les disques d’alors n’ob­tinrent qu’une at­ten­tion dis­traite du pu­blic. Des an­nées plus tard ces al­bums, ces chan­sons se sont re­trou­vés ré­gu­liè­re­ment ci­tés par­mi les meilleurs de « l’his­toire du rock » (par Rol­ling Stone, Mo­jo et autres All­mu­sic). Que s’est-il pas­sé entre ces deux pé­riodes ? Tout d’abord, des ar­tistes re­con­nus, au pre­mier rang des­quels REM, ont pu

dire tout le bien qu’ils pen­saient des créa­tions de Big Star. Quant aux Écos­sais de Tee­nage Fan Club, im­pos­sible de les écou­ter sans pen­ser aux mé­lo­dies par­faites de Big Star. Bon sang ne sau­rait men­tir…

Un autre élé­ment, ap­pa­rem­ment ano­din, peut ex­pli­quer, en par­tie, com­ment le groupe est par­ve­nu à sor­tir de l’in­dif­fé­rence qua­si gé­né­rale : dans les an­nées 1980, le projet This Mor­tal Coil du men­tor du la­bel 4AD, Ivo Watts-Rus­sell, s’ins­cri­vait du­ra­ble­ment, mal­gré les ri­ca­ne­ments (mu­sique de cor­beaux sa­cré­ment tristes), dans le pay­sage mu­si­cal an­glo-saxon. L’es­thé­tique « new-wave » re­ven­di­quée, avec les voix d’alors (ve­nant des Coc­teau Twins, Dead Can Dance et autres joyeu­se­tés), se dé­ve­lop­pait à par­tir de nom­breuses re­prises (Tim Bu­ck­ley, Van Mor­ri­son, Tal­king Heads, Ju­dy Col­lins…) dont pas moins de quatre sont à re­lier à Big Star : « Ho­lo­caust », « Kan­ga­roo », « I Am The Cos­mos », « You And Your Sis­ter » sont des chan­sons si­gnées Alex Chil­ton ou Ch­ris Bell.

Re­con­nais­sons que, pour quelques au­di­teurs un peu cu­rieux, dont votre ser­vi­teur, ce fut une ré­vé­la­tion : même si, à l’époque, il n’était pas ques­tion de google-iser un nom pour en ap­prendre tous les dé­tails, ceux d’Alex Chil­ton et de Ch­ris Bell s’ins­cri­virent très ra­pi­de­ment dans le cer­veau des ama­teurs de per­fect pop songs. Car en l’oc­cur­rence, il s’agit bien de ce­la : mal­gré la vo­lon­té de leurs au­teurs de ne pas se lais­ser al­ler à la « jo­liesse » de chan­sons trop mé­lo­diques, mal­gré leur vo­lon­té de rompre les har­mo­nies trop at­ten­dues, cer­taines des chan­sons de Big Star sont d’une im­mé­dia­te­té re­mar­quable. Ins­crites du­ra­ble­ment dans la mé­moire, les voi­là trans­for­mées en clas­siques. Faites pour du­rer, en quelque sorte, au fir­ma­ment de la pop. Rien de plus nor­mal, après tout, pour une grande étoile ame­née ain­si à ne pas ces­ser de briller.

À no­ter, enfin, qu’un do­cu­men­taire re­tra­çant l’his­toire dugroupe, et son in­fluence, No­thing Can Hurt Me, est au­jourd’hui dis­po­nible en DVD/Blu-ray chez Uni­ver­sal Mu­si­cal. Pour la bande-an­nonce, on se rend ici : www.youtube.com/watch?v=gxAbk­qRGx­qY Phi­lippe Ra­gue­neau

I Am The Cos­mos

Ch­ris Bell [Rhi­no/War­ner]

Keep An Eye On The Sky

Big Star [Rhi­no/War­ner]

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