lé­gendes du son : Chic

Presque vingt-cinq ans après son der­nier al­bum, Chic se­ra de retour en juin pro­chain : en l’ab­sence de Ber­nard Ed­wards, dis­pa­ru en 1996, Nile Rod­gers tient les com­mandes d’une for­ma­tion re­ve­nue en grâce, no­tam­ment avec l’aide de Daft Punk.

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Et le dis­co re­de­vint dia­ble­ment sexy. En 4’06’’ de tor­tille­ments plus ou moins sug­ges­tifs – le top-mo­dèle Kar­lie Kloss, 22 ans, tout en cu­lotte en den­telle noire et soc­quettes blanches, prou­vant qu’on peut écou­ter en 2015 une ryth­mique, des voix, une ligne de basse 100 % se­ven­ties et éprou­ver une pointe d’or­gasme tout à fait contem­po­raine –, le groupe Chic, ou plu­tôt « Chic fea­tu­ring Nile Rod­gers », a fait un beau retour dans notre ac­tua­li­té, le 20 mars der­nier : ce jour-là, en ef­fet, à dé­faut d’éclipse de soleil, on au­ra eu la joie de dé­cou­vrir la vi­déo de « I’ll Be There », single (réa­li­sé avec les Mar­ti­nez Bro­thers) du retour d’un groupe (?) mé­ri­tant bien, en at­ten­dant son al­bum de la ré­sur­rec­tion (pré­vu en juin), une pe­tite Lé­gende du Son…

Chic, donc. For­ma­tion dont il est presque im­pos­sible de pro­non­cer le nom sans ajou­ter, dans un ré­flexe pav­lo­vien, « le freak, c’est chic ». Soit l’évo­ca­tion d’un tube im­pa­rable de 1978, « Le Freak », si­gné par le duo fon­da­teur du groupe : Ber­nard Ed­wards, le bas­siste, dé­cé­dé bru­ta­le­ment en 1996, et Nile Rod­gers, bien vi­vant au­jourd’hui, jo­li­ment re­mis en scène ces der­nières an­nées par les hu­ma­noïdes as­so­ciés de Daft Punk. Ré­sul­tat : se­lon les sources, on parle pour « Le Freak » de 5 à 7 mil­lions de disques ven­dus. Un car­ton, comme on dit, qui se­ra à la fois la bé­né­dic­tion et, dans une cer­taine me­sure, si­non la ma­lé­dic­tion, du moins l’arbre ca­chant la fo­rêt du groupe amé­ri­cain.

Car Chic, et ses membres, ne sau­raient se ré­su­mer, comme tant d’autres, à ces fai­seurs de one hit won­ders (mé­téores du top 50 aus­si­tôt ap­pa­rus, aus­si­tôt con­su­més) par­se­mant l’his­toire de la pop, du rock et plus si af­fi­ni­tés. L’his­toire même du groupe, in­ter­mit­tente (de 1976 à 1983, puis 1990-1992, etc.), ne rend d’ailleurs pas for­cé­ment jus­tice à leur in­fluence.

Si, dans le grand pu­blic, il se­rait bien dif­fi­cile de ci­ter d’autres tubes de la for­ma­tion (« Dance Dance Dance… » peut-être ?), son em­preinte ne se ré­sume ain­si pas à cette chan­son im­pec­cable de l’émer­gence funk-dis­co de la se­conde moi­tié des an­nées 1970. Pre­nons le titre « Good Times » (1979) : dès la même an­née, l’ar­chi-clas­sique « Rap­per’s De­light » de Su­ga­rhill Gang « em­prunte » la ligne de basse de Ber­nard Ed­wards (qui, un brin aga­cé, se­ra fi­na­le­ment cré­di­té après quelques es­car­mouches ju­di­ciaires…) de ce mor­ceau dont cer­taines par­ties se­ront, au fi­nal, et si l’on ac­corde foi au dé­compte du site who­sam­pled.com, sam­plées 148 fois ! Et l’on ne tient pas for­cé­ment compte des fortes in­fluences sur d’autres titres… tel le « Around The World » des Daft Punk, duo, là en­core, qui n’au­ra de cesse de dire tout le bien qu’il pense de Chic (et de Nile Rod­gers, for­cé­ment).

Bo­wie, Dia­na… Shei­la

Mieux, Ed­wards comme Rod­gers au­ront prou­vé qu’il existe aus­si une vie en de­hors et au-de­là de Chic. Ain­si, tout comme il ne se­rait pas exa­gé­ré de dire

qu’il existe dans l’his­toire du dis­co – et de la mu­sique pop d’une ma­nière plus large – une si­gna­ture Ber­nard Ed­wards, il est évident que le ta­lent de Nile Rod­gers ne sau­rait se li­mi­ter à son ac­tion au sein du groupe : de Let’s Dance de Da­vid Bo­wie à dia­na de Dia­na Ross (avec les tubes « Up­side Down » ou « I’m Co­ming Out »), en pas­sant par… Shei­la et son tube « Spa­cer », les eigh­ties au­ront été fer­tiles pour Rod­gers en termes de pro­duc­tion.

Bien sûr, le dis­co – et donc l’image que l’on se fait de Chic – au­ra souf­fert en­suite d’une désaf­fec­tion du pu­blic, rin­gar­di­sé à mort, tout au long de dé­cen­nies, 80’s, 90’s, pour­tant en quête fré­né­tique d’un hé­do­nisme mu­si­cal qui au­ra pris dif­fé­rentes formes (house, raves…) ; jus­qu’à ce que l’élec­tro, pous­sée dans ses re­tran­che­ments les plus ra­di­caux (un beat mar­te­lé jus­qu’à plus soif), opère un retour vers le son or­ga­nique des an­nées 1970, cette vi­bra­tion qui fai­sait les grandes heures de clubs comme le Stu­dio 54, à New York : c’est beau une basse, sur le dan­ce­floor, la nuit.

Ce retour aux sources on le re­trouve, d’une ma­nière presque ca­ri­ca­tu­rale, et pour­tant en­traî­nante, dans le « I’ll Be There » tout juste sor­ti : titre hom­mage à Ber­nard Ed­wards, to­ta­le­ment ré­tro-nos­tal­gique (les cuivres, les choeurs, la basse), le mor­ceau voit, dans sa vi­déo, et outre la mé­mo­rable pré­sence de Kar­lie Kloss ges­ti­cu­lant au mi­lieu de po­chettes de vi­nyles de Chic, Dia­na Ross, Da­vid Bo­wie, Ma­don­na, s’in­crus­ter des images d’archives du Chic d’avant (époque Soul Train, émis­sion culte de la TV amé­ri­caine). Comme si, fi­na­le­ment, quelque qua­rante an­nées après, le dis­co ne s’était ja­mais aus­si bien por­té. On pour­ra, bien sûr, trou­ver tout ce­la un brin ré­tro­grade, comme si la mu­sique d’au­jourd’hui ne ces­sait de se « mu­séi­fier », s’ins­cri­vant dans l’his­toire pas­sée plu­tôt que l’écri­vant au pré­sent. Ce se­rait ou­blier les condi­tions par­ti­cu­lières de l’éla­bo­ra­tion de ce nouvel al­bum, lit­té­ra­le­ment han­té par le temps qui passe, et la mort : construit à par­tir de bandes « ou­bliées », où l’on peut en­tendre feu Ber­nard Ed­wards ou en­core Lu­ther Van­dross (dé­cé­dé en 2005), cet It’s About Time ré­pond aus­si aux in­ter­ro­ga­tions exis­ten­tielles d’un Nile Rod­gers à qui, en 2010, on diag­nos­ti­quait un can­cer de la pros­tate – dont il est au­jourd’hui re­mis. À ce contexte qui au­rait pu être mor­ti­fère, Rod­gers a dé­ci­dé de ré­pondre par la mu­sique ; une jo­lie le­çon de vie, comme on dit, et une ma­nière de pour­suivre une oeuvre dont on au­rait pu croire, il y a quatre dé­cen­nies de ce­la, qu’elle se­rait éphé­mère. Pré­pa­rez les paillettes, al­lu­mez la boule à fa­cettes : contre toute at­tente, le dis­co bouge en­core. Il est plus que temps de lui faire la fête. Phi­lippe Ra­gue­neau

I’ll Be There : Chic fea­tu­ring Nile Rod­gers with The Mar­ti­nez Bro­thers. It’s About Time

[War­ner] sor­tie pré­vue en juin

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