Cap­teurs (part 1) à l’écoute du monde

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Nous pour­sui­vons notre voyage au pays de l’Ar­dui­no, des mi­cro­con­trô­leurs et du DIY pour nous in­té­res­ser aux cap­teurs. En mu­sique, mais aus­si dans le spec­tacle vi­vant, la danse, les ins­tal­la­tions, comme la plu­part des arts, ils per­mettent aux ar­tistes de trans­for­mer un mou­ve­ment, une pré­sence, de l’information en un geste por­teur d’in­ten­tion, au ser­vice d’une in­ter­pré­ta­tion mu­si­cale, cho­ré­gra­phique, pic­tu­rale… Et ce, bien au-de­là de la simple in­ter­face tech­no­lo­gique.

De la « harpe la­ser » de Jean Michel Jarre (fi­gure 1) au Beamz (fi­gure 2) en pas­sant par le beam de la MC-505 de Ro­land (fi­gure 3), et même dès 1919 avec le thé­ré­mine (fi­gure 4), on ne compte plus les ins­tru­ments qui ont trans­for­mé un geste « dans l’air », sans au­cun contact phy­sique avec un ins­tru­ment, en mu­sique. Presque de la ma­gie… L’EWI d’Akai (fi­gure 5) ou le Breath Control de Ya­ma­ha (fi­gure 6) ont ou­vert aux « souf­fleurs » la porte de la MAO. De même que les bat­te­ries MI­DI, les gui­tares MI­DI, les MPC, Mo­nome (fi­gure 7), Push, Laun­chpad et autres Kaoss Pad de Korg ont li­bé­ré le geste et af­fran­chi les mu­si­ciens de la sou­ris et du cla­vier. Et nous n’en sommes qu’aux bal­bu­tie­ments, même si le Sea­board de Ro­li (fi­gure 8), Mo­gees ou le Kar­lax de Da­fact (fi­gure 9) poussent le con­cept un peu plus loin. Le rap­port entre tous ces ins­tru­ments ? Des cap­teurs. Cer­tains en sont truf­fés. Ces der­niers ré­cu­pèrent des don­nées phy­siques pro­duites par l’uti­li­sa­teur ou l’en­vi­ron­ne­ment et les trans­mettent à un mi­cro­con­trô­leur qui les trans­for­me­ra en ordres pour pro­duire du son, mais pour­quoi pas gé­rer de l’image, de la lu­mière, des mo­teurs… Si l’on consi­dère la nu­mé­ri­sa­tion ac­cé­lé­rée du monde dans le­quel nous vi­vons, ain­si que la pro­messe des ob­jets connec­tés, ga­geons que l’aven­ture ne fait que com­men­cer.

Du contrô­leur au geste mu­si­cal

Dans un très in­té­res­sant ar­ticle in­ti­tu­lé « Du fait ges­tuel à l’em­preinte so­nore : pour un geste mu­si­cal », le mu­si­cien, mu­si­co­logue et eth­no­logue Apol­li­naire Ana­ke­sa Ku­lu­lu­ka dé­crit en ces termes le geste mu­si­cal : « Un jeu mu­si­cal est consti­tué d’actes ges­tuels par les­quels sont mises en scène des éner­gies sous forme de sons. La dy­na­mique, qu’ils im­priment à ces der­niers, tra­duit une force ca­chée : la ten­sion du mu­si­cien trans­mise à l’ins­tru­ment ré­so­nant. Cette dy­na­mique est ain­si di­rec­te­ment re­liée à l’état émo­tion­nel de l’ins­tru­men­tiste. Il en dé­coule l’art de pen­ser avec des sons, la pen­sée étant ins­tan­ta­né­ment tra­duite par le tru­che­ment de la voix ou d’un ins­tru­ment, le son qui en ré­sulte étant l’éner­gie ma­ni­fes­tée » . Lors­qu’un ins­tru­men­tiste joue du vio­lon, des per­cus­sions, de la gui­tare, ou tout sim­ple­ment chante, toute une ges­tuelle spé­ci­fique par­ti­cipe au ré­sul­tat mu­si­cal fi­nal, sans comp­ter la pres­ta­tion scé­nique qui contri­bue gran­de­ment à am­pli­fier

l’in­ten­tion de l’ar­tiste et à créer un lien avec le pu­blic. En mu­sique élec­tro­nique et MAO par contre, peu de gestes amples, li­bé­rés, ex­pres­sifs. As­sis, face à un écran qui bouche l’ho­ri­zon, un cla­vier et une sou­ris comme in­ter­face avec la ma­tière so­nore, peu de chances de ri­va­li­ser avec un gui­tar he­ro ou le chan­teur du groupe ! En termes de gestes, les mu­siques élec­tro­niques, pour pas­sion­nantes qu’elles soient, ne pro­posent pas beau­coup plus : des po­ten­tio­mètres, des fa­ders à ma­ni­pu­ler le nez ri­vé sur une table de mixage, des cor­dons à pat­cher (fi­gure 10)… Même pour les cla­vié­ristes ex­tra­ver­tis, ça reste dur (fi­gure 11)… Bon, oui, les DJ s’en sortent mieux. Bras en l’air, ani­ma­teur de soi­rées, re­pré­sen­tant en ma­té­riel, le DJ sait cap­ti­ver les foules (fi­gure 12). Show must go on ! Mais re­ve­nons à nos cap­teurs…

De­si­gner son projet

Si le geste est si im­por­tant, quels sont donc les cap­teurs les plus in­té­res­sants pour le mu­si­cien ? À cette ques­tion pas de ré­ponse toute faite, mais des pistes de ré­flexion. Tout d’abord, il faut ima­gi­ner son projet le plus pré­ci­sé­ment pos­sible. Se mettre dans la peau du de­si­gner so­nore. Spé­ci­fier. Quels se­ront mes gestes ? Les ac­tions que je veux pro­duire par ces gestes ? Quel ré­sul­tat so­nore, vi­suel ? Suis-je sur un tem­po ? Dois-je gé­rer des images, des films, de la 3D, de la lu­mière, des ac­tion­neurs (mo­teur, feu…) syn­chrones à la mu­sique ? Plus le projet se­ra clair, plus les so­lu­tions tech­niques ap­pa­raî­tront d’elles-mêmes. Pour les cap­teurs il existe par­mi d’autres deux stra­té­gies cou­rantes : le cap­teur fixé sur le mu­si­cien lui-même afin de ré­cu­pé­rer les in­for­ma­tions di­rec­te­ment is­sues de son geste ou de ses bio­rythmes, et le cap­teur fixé sur l’ob­jet qui re­çoit la force trans­mise par le geste. Dans le pre­mier cas, on peut ima­gi­ner un ac­cé­lé­ro­mètre (fi­gure 13) fixé sur le bras ou la ba­guette d’un per­cus­sion­niste qui va ré­cu­pé­rer au moins six in­for­ma­tions : l’ac­cé­lé­ra­tion sui­vant les trois axes X, Y et Z, et la po­si­tion de ces mêmes trois axes. Dans le deuxième cas, un pié­zo (fi­gure 14) fixé sur la peau de la per­cus­sion va cap­ter l’in­ten­si­té du coup. Avec plu­sieurs pié­zos, on pour­ra même iden­ti­fier l’en­droit de l’im­pact. Bien en­ten­du ces deux ap­proches sont com­bi­nables. On peut ain­si créer des sce­na­rii so­phis­ti­qués et ex­pres­sifs, le cap­teur cor­po­rel per­met­tant non seule­ment de dé­clen­cher ou mo­du­ler des sons, mais aus­si d’in­fluen­cer le scé­na­rio qui va être pro­duit quelques mil­li­se­condes plus tard par le cap­teur qui re­çoit l’im­pact. Ima­gi­nons ain­si un ar­tiste équi­pé d’un ac­cé­lé­ro­mètre fixé sur chaque bras et chaque pied, quelques pié­zos (ou tout autre type de cap­teur) sur les épaules, les cuisses qu’il peut frap­per avec la main. Le tout est cou­su sur son cos­tume, ali­men­té par une bat­te­rie re­char­geable. Les in­for­ma­tions cap­tées sont trans­mises par un sys­tème sans fil au ré­cep­teur,

fi­gure 1

Qui ne connaît pas la fa­meuse harpe de JMJ ?

fi­gure 2

Beamz, moins connu mais dé­mon­tré ici par Flo­ri­da.

fi­gure 3 Ro­land, sou­vent pion­nier. fi­gure 4 The­re­mine, le pré­cur­seur.

EWI, la MAO pour les ins­tru­ments à vent.

fi­gure 5

fi­gure 7

Pads en tous genres.

fi­gure 9 Kar­lax, le geste au­tre­ment. Le po­ten­tio­mètre,

ra­re­ment spec­ta­cu­laire…

fi­gure 10

fi­gure 8

Le cla­vier du fu­tur ?

Le souffle comme contrô­leur.

fi­gure 6

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