Le pro­duc­teur de disques

in­ves­tir et s’in­ves­tir

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Mais qu’est-ce donc qu’un pro­duc­teur pho­no­gra­phique ? En quelle ma­nière in­flue-t-il sur la mu­sique, sur le son et sur la car­rière de ses ar­tistes ? De­puis les dé­buts de l’ère pho­no­gra­phique, la fonc­tion, le mé­tier, le rôle du pro­duc­teur a évo­lué.

Un jour, un mu­si­cien congo­lais, sa­chant que je fais des prises de son de « mu­siques du monde », m’ac­croche et me de­mande d’em­blée : « Tu es pro­duc­teur ? Je peux te faire écou­ter mon projet ? Je peux ve­nir te voir dans ton stu­dio ? » Dans son es­prit, comme dans ce­lui de beau­coup : le pro­duc­teur, une fois l’ar­tiste « si­gné » par lui, est ame­né à prendre en main sa pro­duc­tion mu­si­cale et même sa vie d’ar­tiste, et plus si af­fi­ni­tés ! Il est à la fois men­tor, im­pre­sa­rio, voire ma­na­ger de l’ar­tiste, quand il n’est pas édi­teur ou la­bel lui-même. Il est sur­tout et d’abord ce­lui qui ap­porte l’ar­gent qui est, comme par­tout, le nerf de la guerre. C’est sans doute d’abord à ça que le chan­teur de Kin­sha­sa pense en pre­mier.

Ano­bli par la Reine

À l’ori­gine, un pro­du­cer est at­ta­ché à la mai­son de disques (dont il est sa­la­rié) comme peuvent l’être stu­dios, in­gé­nieurs du son, usines de pres­sage, fa­briques d’équi­pe­ments (du mi­cro à l’en­ceinte, en pas­sant par le ma­gné­to­phone ou la console de mixage), ré­seaux de dis­tri­bu­tion ou même en­core sta­tions de ra­dio et de té­lé­vi­sion. En France, quand le terme de pro­duc­teur ne si­gni­fiait en­core rien, l’exé­cu­tif char­gé de la pro­duc­tion était dé­nom­mé di­rec­teur ar­tis­tique. Il n’était alors pas l’in­ves­tis­seur et tra­vaillait avec l’ar­gent du la­bel, ce qui était éga­le­ment le cas du pro­du­cer an­glo-saxon d’alors. L’ar­ri­vée mas­sive de la­bels in­dé­pen­dants, d’ar­tistes in­dé­pen­dants et sur­tout de stu­dios non at­ta­chés à une mai­son de disques va gé­né­rer une nou­velle race de pro­duc­teurs : le pro­duc­teur… indépendant. L’un des plus connus, et des plus pro­li­fiques, no­tam­ment en ma­tière de hits, Sir George Mar­tin, est au dé­part tout sim­ple­ment un em­ployé d’EMI. C’est certes lui qui signe les Beatles, mais ce n’est pas en son nom propre. Il va vite re­né­go­cier son contrat, l’ex­plo­sion du phé­no­mène Beatles, avec les ren­trées gi­gan­tesques que ce­la im­plique, fai­sant que le pro­duc­teur par­ti­cu­lier du groupe qu’est de­ve­nu George Mar­tin a bien en­vie, c’est na­tu­rel, de re­cueillir les fruits de son tra­vail. Le­quel tra­vail ne se li­mite pas à boo­ker le stu­dio, les mu­si­ciens ex­tra éven­tuels et les tech­ni­ciens, in­gé­nieur du son com­pris, mais va jus­qu’à des tra­vaux d’ar­ran­ge­ment et même de mu­si­cien d’ap­point. Ain­si le « cin­quième Beatles » ap­pa­raît non seule­ment comme pia­niste/ or­ga­niste/cla­ve­ci­niste et chef d’or­chestre, mais aus­si comme vé­ri­table tu­teur mu­si­cal. Il in­ter­vient dès le stade de la pré-pro­duc­tion, dans le choix des mor­ceaux, dans leur com­po­si­tion même, et dans la concep­tion de l’al­bum qui va les ras­sem­bler. Bien sûr, il est là pen­dant les en­re­gis­tre­ments, en sou­tien des mu­si­ciens et des tech­ni­ciens, comme au mo­ment de la post-pro­duc­tion : au mixage et au mas­te­ring. On peut donc dire que George Mar­tin en tant que pro­duc­teur est éga­le­ment un sound de­si­gner et un réa­li­sa­teur com­plet, dans le sens du pro­duc­teur indépendant, tel qu’il va être par la suite.

Q!

Un autre exemple de pro­duc­teur dont le sta­tut va évo­luer au fil de sa car­rière : Quin­cy Jones. Trom­pet­tiste, il est sur­tout ac­tif comme ar­ran­geur, af­fi­lié prin­ci­pa­le­ment à Count Ba­sie, pour le­quel il écrit d’ailleurs beau­coup de mu­siques. Il ap­porte sa patte au son de l’or­chestre à tel point que lors­qu’il va pro­duire son propre band ce­la son­ne­ra, dans un pre­mier temps, tel­le­ment Ba­sie que l’on au­ra du mal à le dis­tin­guer du Count. On sait qui et ce qu’il va pro­duire dès la fin des an­nées 70 : le grand Jack­son. Pour le­quel il va, avec l’in­gé­nieur du son Bruce Swe­dien, éla­bo­rer un monde so­nore plus pop que ce­lui des Jack­sons au­pa­ra­vant, qui était en­core très mar­qué Mo­town. Autre pro­duc­teur, autre par­cours et autres mé­thodes avec Jer­ry Wex­ler. Il est non seule­ment di­rec­teur de la­bel (At­lan­tic), mais aus­si dé­cou­vreur de ta­lents et même pro­mo­teur de genre, en quelque sorte : puisque c’est lui qui in­vente le terme rhythm and blues. Il pro­duit un très grand nombre d’ar­tistes, tous chez At­lan­tic et Stax, de Ray Charles (qu’il nomme le Ge­nius) à Are­tha Frank­lin (Queen of soul), et va même créer un son en en­voyant les­dits ar­tistes en Ala­ba­ma, aux stu­dios Muscle Shoals, où les mu­si­ciens mai­son (The Swam­pers), noirs et blancs mé­lan­gés, vont concoc­ter de fa­meux play-back… Klaus Blas­quiz

George Mar­tin and The Beatles…

Jer­ry Wex­ler et Are­tha Frank­lin. Ste­vie Won­der et Quin­cy Jones.

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