Quand c’est plus c’est moins

et in­ver­se­ment !

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Pe­tit re­met­tage de couche : le cer­veau n’en­tend pas pa­reil quand c’est fort que quand c’est pas fort ! Par­don­nez le mau­vais fran­çais, mais il faut le dire et le ré­pé­ter, sous toutes les formes : at­ten­tion au ni­veau de pres­sion acous­tique (en dB SPL), au mixage comme à l’écoute.

En ef­fet : com­ment un « in­gé son » (c’est comme ça qu’on ap­pelle les mixeurs et so­no­ri­sa­teurs au­jourd’hui) peut-il ba­lan­cer et sur­tout éga­li­ser quand il le fait à n’im­porte quel ni­veau d’écoute ? Com­ment peut-il pré­su­mer de l’im­pres­sion que son mes­sage so­nore don­ne­ra quand il se­ra écou­té à un ni­veau qu’il ignore ? La per­cep­tion au­di­tive, dont les règles sont do­cu­men­tées par la psy­choa­cous­tique, est une chose bien étrange. On le sait, notre oreille n’est pas un ins­tru­ment de me­sure trans­pa­rent, et en­core moins notre cer­veau, qui, rap­pe­lons-le, est l’or­gane qui en­tend et qui « fa­brique » le son à la fin du pro­ces­sus de cap­ta­tion. L’une des ca­rac­té­ris­tiques de l’au­di­tion est que le cer­veau va com­prendre, va per­ce­voir, différemment un mes­sage so­nore en fonc­tion du ni­veau de pres­sion acous­tique, en fonc­tion de la « puis­sance so­nore » de ce mes­sage. Dans les an­nées 30, deux scien­ti­fiques amé­ri­cains, Flet­cher et Mun­son, ont étu­dié le phé­no­mène et réa­li­sé des me­sures, qui s’avèrent au­jourd’hui as­sez im­pré­cises, mais qui donnent une bonne idée de ce qui se passe sous la cas­quette. Ils ont fait en­tendre à un grand nombre de co­bayes des sons purs (si­nu­soï­daux) à dif­fé­rentes fré­quences et par in­cré­ments de 10 dB. On fai­sait en­tendre aus­si aux su­jets un son de ré­fé­rence à 1000 Hz. On ajus­tait le vo­lume de ce der­nier son jus­qu'à ce qu'il soit per­çu au même ni­veau so­nore que ce­lui qui était en test. Comme la sen­sa­tion de vo­lume so­nore est très sub­jec­tive et dif­fi­cile à me­su­rer, Flet­cher et Mun­son uti­li­sèrent la moyenne des me­sures sur beau­coup de su­jets pour ob­te­nir des moyennes rai­son­nables. Ils en ti­rèrent des courbes iso­so­niques, qui ont long­temps por­té leurs noms.

Courbe iso­so­nique

Une courbe iso­so­nique est une me­sure de la pres­sion so­nore (en dB), en fonc­tion de la fré­quence, qu'une per­sonne per­çoit comme un son de même ni­veau. L'uni­té de me­sure de ni­veau de son est le phone. Deux ondes si­nu­soï­dales d'égal phone ont, par dé­fi­ni­tion, le même ni­veau so­nore à l'oreille hu­maine. Le sys­tème au­di­tif hu­main (jeune et en bonne san­té !) est sen­sible à des fré­quences al­lant de 20 à 20 000 Hz (un rêve !), l'oreille hu­maine ayant des fa­ci­li­tés à per­ce­voir plus fa­ci­le­ment les fré­quences entre 1 et 5 kHz, c’est-à-dire dans le mé­dium. Tra­di­tion­nel­le­ment on ré­par­tit le re­gistre de la fa­çon sui­vante : 200-400 : bas-mé­dium, 400-800 : mé­dium, 800-4000 : haut-mé­dium. On peut lire sur ces courbes que, sui­vant la fré­quence, le cer­veau au­ra la sen­sa­tion que cette der­nière n’est pas dif­fu­sée au même ni­veau, alors que toutes sont émises de ma­nière égale en in­ten­si­té.

Ces courbes in­diquent, pour cha­cune des fré­quences du spectre au­dible, le ni­veau de pres­sion acous­tique (SPL pour Sound Pres­sure Le­vel) né­ces­saire à la per­cep­tion d’une même in­ten­si­té, d’où le terme « courbe d’égale (iso) sen­sa­tion so­nore (sonique) ». D’une ma­nière gé­né­rale, l’oreille est moins sen­sible aux fré­quences graves et ai­guës qu’aux fré­quences mé­diums, com­prises entre 1 et 5 kHz, qui sont na­tu­rel­le­ment fa­vo­ri­sées par notre oreille. Mais ce­la se­rait trop fa­cile si cette dif­fé­rence de sen­si­bi­li­té en fonc­tion de la fré­quence était constante. Ce­la bouge, on le voit sur les courbes, en fonc­tion du ni­veau de pres­sion acous­tique !

Ap­pli­ca­tion : ne se­rait-il pas bon de tou­jours réa­li­ser une ba­lance ou une éga­li­sa­tion au ni­veau no­mi­nal re­quis. Ni­veau qui cor­res­pon­dra par exemple à ce­lui de l’écoute du pro­gramme par l’au­di­teur fi­nal ou bien à ce­lui du champ so­nore d’ori­gine. Et plus la salle où l’on mixe est pe­tite et moins le ni­veau de ré­fé­rence se­ra im­por­tant. Si­non, on risque d’avoir des sur­prises. Ça se com­plique !

Vous connais­sez sans doute la fonc­tion « loud­ness » sur une chaîne hi-fi, qui peut s’ap­pe­ler éga­le­ment « cor­rec­tion phy­sio­lo­gique » ? Elle per­met, en aug­men­tant les graves et les ai­gus, de com­pen­ser l’im­pres­sion que l’on a qu’il en manque lorsque l’on écoute à bas ni­veau.

Je vous laisse ré­flé­chir… Klaus Blas­quiz

Pour en sa­voir plus, et pas seule­ment sur la chose : http://cer­cle­des­con­nais­sances. blog­spot.fr/2012/05/la-clef-des-sons.html

Com­ment ?…

Courbes iso­so­niques.

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