ren­contre : Djan­go Djan­go

Après un pre­mier al­bum en­re­gis­tré dans une chambre, les zé­bu­lons écos­sais de Djan­go Djan­go re­viennent avec plus de moyens et la même peur de tour­ner en rond. Ren­contre avec le chan­teur‐gui­ta­riste Vin­nie Neff.

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De­puis votre pre­mier al­bum, vous avez beau­coup tour­né et col­la­bo­ré. Que re­tiens‐tu des trois der­nières an­nées ? Vin­nie Neff : Nous avons beau­coup ap­pris ! Notre pre­mier concert, nous l’avons don­né en 2008. À l’époque, nous ne cher­chions même pas à être dans un groupe. Per­so, j’ai­mais les gens comme Bruce Haack, ce genre d’étrange out­si­der, à la fois pro­duc­teur et com­po­si­teur, ou Jo­na­than Rich­man. Ma seule ex­pé­rience avant Djan­go Djan­go, c’est d’avoir fait par­tie, ga­min, d’un choeur. Nous avons même tour­né en Eu­rope. J’ai su très tôt la mu­sique et com­ment fonc­tionnent les har­mo­nies, quelles voix se ma­rient, etc. Djan­go Djan­go est‐il de­ve­nu un groupe pro­fes­sion­nel ?

Quand nous avons com­men­cé, Dave, le bat­teur, avait juste deux toms. À chaque fois que l’on ar­ri­vait dans une salle, l’in­gé­nieur du son nous de­man­dait où était notre caisse claire… on lui ré­pon­dait qu’on n’en avait pas. C’est avec le temps que l’on s’est ache­té le ma­té­riel qui nous man­quait. Ce deuxième al­bum a été l’oc­ca­sion de dé­cou­vrir plein de choses. Ain­si, ja­mais la bat­te­rie de Dave n’avait été to­ta­le­ment am­pli­fiée avec des mi­cros dis­po­sés sur chaque élé­ment. Au mo­ment du pre­mier al­bum, on n’ai­mait pas le son de sa grosse caisse. Alors on avait re­pi­qué sur un vieux disque de funk ou de dis­co le son de kick drum qui nous plai­sait. Notre pre­mier al­bum, on l’a en­re­gis­tré à

l’ap­par­te­ment de Dave. Je l’ai ré­écou­té ré­cem­ment – ce que je n’avais pas fait de­puis long­temps – et ma voix sonne tel­le­ment faible. Alors, je me suis rap­pe­lé qu’au mo­ment où j’en­re­gis­trais mes voix, le co­lo­ca­taire de Dave dor­mait juste à cô­té. Main­te­nant, nous n’avons plus ce genre de pro­blème. Dis­po­sez-vous de votre stu­dio ?

Oui, il ar­rive un mo­ment où tu as tel­le­ment d’équi­pe­ment que ça de­vient un cau­che­mar d’en­tre­po­ser tout chez un de nous. Les pe­tites amies sont en co­lère et faire du bruit de­vient un pro­blème. Pour Born Un­der Sa­turn, nous avons dis­po­sé d’un es­pace à nous, au sein d’un gros com­plexe. Il y avait à cô­té de nous des gra­phistes, des ar­chi­tectes… un bon en­droit pour ren­con­trer des gens in­té­res­sants. Après, il s’agit plus d’une chambre amé­lio­rée que l’on s’est ef­for­cés d’in­so­no­ri­ser nous-mêmes. Dans un coin, il y a notre or­di­na­teur, dans un autre il y a la bat­te­rie de Dave. On y a aus­si en­tre­po­sé tous nos syn­thés… sans ou­blier la col­lec­tion de vi­nyles de Dave et elle prend de la place. C’est là que nous avons ré­pé­té et joué, même si l’al­bum a été en­re­gis­tré à An­ge­lic. De­puis, nous avons quit­té cet en­droit et avons un es­pace en­core plus vaste. Quel est le point de dé­part des chan­sons ?

Au dé­part, c’est tou­jours le groove. Dans la plu­part de nos chan­sons, il y a un cô­té re­muant. Par­fois, nous uti­li­sons un beat di­rec­te­ment dan­ce­floor, en­ten­du dans un mor­ceau ita­lo-dis­co. Évi­dem­ment, nous sommes at­ta­chés au fait d’avoir de jo­lies mé­lo­dies, mais tous nos mor­ceaux, ou presque, ont un cer­tain swing. Ce groove est né­ces­saire, ça si­gni­fie que lors­qu’on joue les mor­ceaux en pu­blic, on peut s’amu­ser. Donc je n’écris pas des chan­sons très per­son­nelles sans bat­te­rie, ce n’est pas trop mon truc, d’au­tant que ça ne lais­se­rait pas de place aux autres, ils ne pour­raient pas s’im­pli­quer. En­suite, une fois qu’on a le groove, cha­cun peut trou­ver sa place, amène un riff, un ac­cord… Pré­pa­rez-vous les chan­sons cha­cun de votre cô­té ?

Nous avons tous à la mai­son un or­di avec une carte son. Notre ma­té­riel est as­sez pri­mi­tif mais il per­met quand même de s’en­voyer par mail des idées. On a tous du ma­tos dans nos ap­par­te­ments. Chez moi, j’ai aus­si un vieil orgue Ya­ma­ha à trois ni­veaux, un de ceux que Van­ge­lis a uti­li­sés. Je peux mettre un vi­bra­to, bou­ger les hau­teurs… Si­non, on a beau­coup d’idées que l’on a cap­tu­rées sur la mé­moire de nos té­lé­phones por­tables. Ain­si, avant d’en­trer en stu­dio, nous avions quelques es­quisses. À l’ori­gine de « Shake & Tremble », il y a Dave et moi. Lui jouait une sé­quence de bat­te­rie, j’ai ajou­té une ligne de basse, on a en­re­gis­tré notre idée sur un té­lé­phone et en­suite on a to­ta­le­ment ou­blié son exis­tence. « 4000 Years » vient aus­si d’une vieille dé­mo où l’on m’en­tend es­sayer un peu n’im­porte quoi, ten­ter plein de choses ab­surdes. On teste aus­si nos har­mo­nies en chan­tant dans nos té­lé­phones… Ces pe­tites sé­quences vous ont ser­vi de bases de tra­vail ?

Au mo­ment d’écrire le nouvel al­bum, en même temps que l’on a créé en di­rect, on s’est aus­si re­plon­gés dans ces es­quisses, on a tout ré­écou­té. C’est in­té­res­sant de dis­po­ser de ce stock d’idées. Toutes ont été sai­sies à un mo­ment pré­cis, alors que l’on ne ré­flé­chis­sait pas trop à ce que l’on était en train de fa­bri­quer. Par­fois, on a lais­sé ces idées brutes comme elles étaient, la plu­part du temps, on les a trans­for­mées en vé­ri­tables chan­sons après avoir ajou­té une in­tro ou le re­frain qui man­quait. Un tra­vail qui prend du temps ! On avait aus­si plein de trucs qui traî­naient sur l’ap­pa­reil photo nu­mé­rique de Dave… mais sa mère a tout ef­fa­cé. Du coup, on a ache­té notre propre ap­pa­reil. Sur­tout, je me suis mis à Ga­ra­geBand, ça va être pour moi la pro­chaine étape. Pour avoir la time si­gna­ture, c’est quand même plus pra­tique que le té­lé­phone por­table ! Com­ment ar­ran­gez-vous les chan­sons ?

Quand nous sommes en train de pré­pa­rer les chan­sons, avant l’en­re­gis­tre­ment, nous voyons quels ou­tils nous al­lons uti­li­ser. Par exemple, cha­cun de nos cla­viers a une cha­leur dif­fé­rente. Ou alors on prend une boîte à rythmes comme la Linn Drum et on es­saye d’imi­ter Joy Di­vi­sion en la fai­sant son­ner go­thique. Nor­ma­le­ment, la Linn Drum sert dans un contexte joyeux, genre house ou dis­co, alors que nous, nous cher­chons à as­som­brir l’am­biance. Et puis, nous fonc­tion­nons de ma­nière dé­mo­cra­tique. Il n’y a pas de pres­sion sur qui joue quoi. Par exemple, j’ai écrit « Re­flec­tions » sur une gui­tare acous­tique, elle son­nait un peu comme les Kinks. Tom a joué du Ju­no-106 ou je ne sais plus quel Korg et, tout d’un coup, la chan­son a pris une autre am­pleur. C’est pour ça qu’il faut lais­ser son ego à la porte. Sur la même chan­son, on avait un pas­sage un peu faible, quelque chose de­vait se pas­ser pour que les au­di­teurs res­tent in­té­res­sés. Nous avons pen­sé à in­clure un so­lo de saxo et avons contac­té James de Rol­ler Trio. Nous sommes ou­verts à toute col­la­bo­ra­tion. Tu parles de dé­mo­cra­tie, elle est réelle ? Oui, on a la chance d’être quatre per­sonnes au­tant im­pli­quées les unes que les autres. Si je sèche sur un pas­sage ou que j’ai une chan­son à part le re­frain, je joue aux autres ce que j’ai dé­jà et ils vont me faire des sug­ges­tions. « Shake & Tremble » était trop rock’n’roll, on avait be­soin de la rendre plus étrange. On a ajou­té des hand­claps et des sha­kers, des notes de ARP et de pia­no à queue, tout ça pour sou­te­nir le reste. C’est quand tu crées quelque chose d’hy­bride que les choses de­viennent in­té­res­santes. Ce n’est pas en pre­nant des di­rec­tions mu­si­cales trop iden­ti­fiables que l’on s’amuse. Comme on tire le meilleur de l’or­ga­nique et de l’élec­tro­nique, on évite les éti­quettes. Si on en­re­gis­trait de l’élec­tro pop toute la jour­née, on de­vien­drait dingues. Si tu as un ap­pé­tit mu­si­cal nor­mal et sain, du­rant la même jour­née, tu peux écou­ter Cros­by, Stil­ls & Nash pen­dant une de­mi-heure, puis après avoir en­vie de Daft Punk ! Nous nous en­nuyons ra­pi­de­ment, une chan­son, nous l’écri­vons aus­si en ré­ac­tion à la pré­cé­dente. Nous sommes un peu des pies vo­leuses, nous pre­nons ce qui nous plaît là où nous le trou­vons ! Quel est votre se­tup pour l’en­re­gis­tre­ment ?

Dave uti­lise tou­jours une vieille ver­sion de Cu­base, ce qui pose par­fois pro­blème parce que la plu­part des gens n’uti­lisent plus ce lo­gi­ciel mais, bon, comme il pré­fère… Pour la plu­part de nos dé­mos, on uti­lise notre carte son quatre pistes. Pour ce deuxième al­bum, nous avons vou­lu ac­cé­lé­rer les choses. Comme nous avions une connais­sance li­mi­tée de com­ment po­ser les mi­cros pour l’en­re­gis­tre­ment, que quel­qu’un d’autre s’en charge nous a per­mis de nous concen­trer uni­que­ment sur l’as­pect créa­tif. Bien sûr, l’al­bum a fi­ni sur une grosse console mais, les pre­miers mois, le ré­sul­tat ne nous cor­res­pon­dait pas. Du coup, on a tout ra­pa­trié sur le Cu­base de Dave et il a tout bi­douillé. C’est là que c’est de­ve­nu plus proche de nous. On ne veut pas que nos voix soient cen­trées, on pré­fère qu’on les en­tende à gauche et à droite. Vincent Brun­ner

Born Un­der Sa­turn

[Be­cause]

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