Dig Stu­dio Mu­sic

KR Home-Studio - - SOMMAIRE - Mi­chelle Da­vène

Dig Stu­dio Mu­sic est gé­ré à six mains, trois têtes et beau­coup d’en­thou­siasme ! Un mo­dèle d’en­tre­prise au pro­fil très ac­tuel où la po­ly­va­lence des tâches et l’adap­ta­tion im­mé­diate sont des pa­ra­mètres es­sen­tiels de fonc­tion­ne­ment !

KR:

Quelle a été la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle du groupe ?

Ro­main a étu­dié la bat­te­rie au CIM (école de jazz, Paris), Guillaume la prise de son à la SAE (School Au­dio En­gi­nee­ring, Paris) et Dan est un ar­tiste au­to­di­dacte ! Quelle est l’his­toire du stu­dio ?

Il s’agit d’une struc­ture as­so­cia­tive (as­so­cia­tion Dig Stu­dio Mu­sic Les Li­las) créée en 1997 par Ro­main et Dan, aux­quels DJ Fun (membre du Saïan Su­pa Crew) en 2005 et moi-même en 2001 se sont gref­fés. Le stu­dio a été mon­té par nos soins aux Li­las (93).

De nom­breux pro­jets ont abou­ti dans ce lieu, dont des al­bums ( Entre Amour Et Haine de Bas­tos, Gal­le­ry de Sir Sa­muel) et mix­tapes ( La Bou­teille, pro­duc­tion Dig Stu­dio), et en ma­jo­ri­té des réa­li­sa­tions « reggae », « dan­ce­hall » et « hip hop ». En 2011, an­née de la créa­tion de Dig Stu­dio Mu­sic SARL, nous dé­mé­na­geons à Paris dans le 10e où nous fai­sons ap­pel à un acous­ti­cien pour réa­li­ser une ré­gie et une ca­bine.

En 2013, nous adhé­rons à la Sacem en tant qu'édi­teur mu­si­cal. Quel est le rôle de cha­cun d’entre vous ?

Dan est ar­tiste au­teur et s’oc­cupe des re­la­tions clien­tèle, Ro­main est bat­teur com­po­si­teur et… comp­table ! Guillaume est gé­rant, in­gé­nieur du son et s’oc­cupe éga­le­ment des re­la­tions clien­tèle. Est‐il né­ces­saire d'être mu­si­cien pour gé­rer un stu­dio ?

À l'heure ac­tuelle c'est un avan­tage : nous de­vons être le plus com­plet

en tant qu'ar­tiste, com­po­si­teur ou in­gé­nieur du son. Connaître la mu­sique est presque pri­mor­dial, même si nous ne sommes pas tous mu­si­ciens pro­fes­sion­nels, nous avons de bonnes bases de sol­fège apprises pour la plu­part en au­to­di­dacte.

Lors de la réa­li­sa­tion de titres, nous de­vons être ca­pables de pro­po­ser ou as­sis­ter les chan­teurs dans leur choix de notes, la construc­tion de mé­lo­dies ou en­core le choix d'har­mo­nies, mais aus­si par­fois cor­ri­ger la jus­tesse des notes, par consé­quent, en­core une fois, une bonne connais­sance du sol­fège. Quel est votre équi­pe­ment ?

Nous tra­vaillons sur Pro Tools HD, le lea­der de­puis de nom­breuses an­nées dans le do­maine du mixage grâce no­tam­ment à ses mo­teurs sup­plé­men­taires sous forme de cartes phy­siques ins­tal­lées dans l'or­di­na­teur (HD Core et HD Ac­cel) qui sup­portent l'au­dio et une par­tie des ins­tru­ments vir­tuels. Deux in­ter­faces (cartes son) de huit en­trées / huit sor­ties cha­cune re­liées à un Ma­cin­tosh… le coeur du stu­dio ! À la place d'une console ana­lo­gique qui, lors­qu'elle a une panne, né­ces­site la pré­sence ou l'in­ter­ven­tion d'un tech­ni­cien, nous avons pri­vi­lé­gié une sur­face de contrôle (Avid C|24) avec des racks phy­siques (pré­am­plis, com­pres­seurs, gates…) et ain­si nous avons une bonne com­bi­nai­son ana­lo­gique/nu­mé­rique qui convient bien aux styles mu­si­caux ac­tuels. Le monde du nu­mé­rique évolue vite, nous de­vons donc mettre à jour à peu près tous les deux ans une par­tie des lo­gi­ciels, le ma­té­riel est as­sez oné­reux, donc nous ache­tons au fur et à me­sure dif­fé­rents am­pli­fi­ca­teurs gui­tare et basse ou en­core des mi­cros. Avec quels ar­tistes tra­vaillez‐vous ?

Prin­ci­pa­le­ment les mu­siques ur­baines (hip hop, reggae, dan­ce­hall, R’n’B), c'est la ma­jo­ri­té de nos pro­duc­tions au sens com­po­si­tions et pro­jets per­son­nels, mais notre mé­tier c'est la mu­sique, donc nous tra­vaillons dans dif­fé­rents styles, comme l'en­re­gis­tre­ment et le mixage de l'al­bum pop rock Su­per He­ro de Kick Paris ou les deux al­bums de va­rié­té de GiedRé. De nom­breux ar­tistes zouk sont ve­nus tra­vailler chez nous, Mar­vin pour le mixage de son al­bum By Mar­vin, Jean-Michel Ro­tin pour « Groov », Med­hy Cus­tos Ja­cob Des­va­rieux (Kas­sav) et bien d'autres, mais aus­si tout ré­cem­ment l'en­re­gis­tre­ment et le mixage d'une co­mé­die mu­si­cale ou en­core Eli­zio, ar­tiste de ki­zom­ba. Quelle est ac­tuel­le­ment la si­tua­tion de la pro­duc­tion ?

La pro­duc­tion a bien chan­gé de­puis ces dix der­nières an­nées, l'au­to­pro­duc­tion prend de plus en plus de place, no­tam­ment en rai­son de l'émer­gence des mu­siques élec­tro­niques, l'évo­lu­tion ra­pide du nu­mé­rique et des lo­gi­ciels qui per­met de réa­li­ser des pro­jets de qua­li­té chez soi et donc à moindres frais (home-stu­dio).

Les ar­tistes ou groupes prennent de plus en plus de risques en in­ves­tis­sant dans le mixage et le mas­te­ring (fi­na­li­sa­tion du mixage) en stu­dio pro­fes­sion­nel, ain­si que dans les clips vi­déo, puis en dé­mar­chant un contrat en « li­cence » au­près de mai­sons de disques afin qu'elles gèrent la dis­tri­bu­tion, ce qui de­vient plus bé­né­fique fi­nan­ciè­re­ment en cas de réus­site. Les ventes de disques phy­siques ont chu­té, main­te­nant ce sont les titres en nu­mé­rique qui sont ache­tés via in­ter­net et de ce fait il y a plus de ventes de « singles » que d'al­bums. Au ni­veau bud­get, un « single » coûte moins cher à la réa­li­sa­tion et en pro­duc­tion qu'un al­bum de dix titres ou plus et l'ex­po­si­tion grâce à in­ter­net per­met de dé­cou­vrir de nou­veaux ta­lents afin de les ac­com­pa­gner dans le monde pro­fes­sion­nel. Quelles sont les qua­li­tés né­ces­saires dans votre pro­fes­sion ?

Comme tout art, la mu­sique né­ces­site de la pa­tience, que ce soit avec les ar­tistes, car l'en­re­gis­tre­ment en stu­dio est un tra­vail de pré­ci­sion où le « à peu près » existe peu, ou dans l’at­tente du ré­sul­tat (re­con­nais­sance et retour fi­nan­cier). Il faut être à l'écoute et au ser­vice des ar­tistes pour ré­pondre à leurs sou­haits et les mettre dans de bonnes condi­tions afin d'ob­te­nir le meilleur d'eux-mêmes. Cer­tains chan­teurs pré­fèrent le ma­tin pour en­re­gis­trer la voix car celle-ci est plus fa­ti­guée en fin de jour­née après avoir na­tu­rel­le­ment par­lé, d'autres pré­fèrent la nuit pour com­po­ser ou écrire. Nous nous oc­cu­pons aus­si du cour­rier, de la comp­ta­bi­li­té cou­rante ou de l’en­tre­tien ré­gu­lier du stu­dio. Ce­ci nous amène à être dis­po­nibles en qua­si-per­ma­nence. C’est en ef­fet la dé­fi­ni­tion de la plu­ra­li­té des tâches !

Étant une pe­tite struc­ture, nous de­vons sa­voir un peu tout faire, ça va de l'en­tre­tien du lo­cal aux ren­dez-vous en mai­son de disques, ré­pondre au té­lé­phone, com­mu­ni­quer sur l'ac­ti­vi­té du stu­dio en par­tie par les ré­seaux so­ciaux, en­ri­chir le site in­ter­net de ce fait, faire des photos des séances avec les ar­tistes pas­sés dans nos lo­caux. La ré­dac­tion des contrats d'édi­tion, l'or­ga­ni­sa­tion du plan­ning entre la clien­tèle et nos pro­jets per­son­nels comme nos pro­duc­tions, mais aus­si les de­vis, fac­tures et la comp­ta­bi­li­té cou­rante en plus de nos do­maines tech­niques et ar­tis­tiques… c’est la po­ly­va­lence ! Com­ment votre mé­tier est‐il consi­dé­ré ?

En France être mu­si­cien ou tra­vailler dans le do­maine du spec­tacle re­lève plus du loi­sir que d'un mé­tier, d'au­tant plus que le ré­sul­tat fi­nan­cier se fait sou­vent at­tendre alors qu'on ne compte pas les heures pas­sées à cher­cher tech­ni­que­ment et ar­tis­ti­que­ment la qua­li­té, à trou­ver un dis­tri­bu­teur (sites in­ter­net pour le nu­mé­rique et ma­ga­sins pour le sup­port CD), des dif­fu­seurs et enfin à faire la com­mu­ni­ca­tion, étape très im­por­tante pour que le projet puisse être connu au sens large du terme. À l'école, la mu­sique n'est pas consi­dé­rée comme une ma­tière im­por­tante alors que cette même mu­sique se trouve par­tout dans notre quo­ti­dien, sur nos té­lé­phones, dans nos voi­tures, à la té­lé. Ces pro­fes­sions sont peu consi­dé­rées alors qu’elles touchent un sec­teur qui gé­nère énor­mé­ment d’ac­ti­vi­tés et donc d'ar­gent. Vos pro­jets ?

Nous ai­me­rions développer la par­tie or­ga­ni­sa­tion d'évé­ne­ments mu­si­caux qui est un peu la fi­na­li­té et donc ac­com­pa­gner les ar­tistes de la concep­tion à la re­pré­sen­ta­tion de leurs pro­jets, élar­gir nos compétences à l'au­dio­vi­suel pour la réa­li­sa­tion de « voix off », bandes son pu­bli­ci­taires, trou­ver des par­te­naires afin de pou­voir dis­tri­buer nos pro­jets à l'étran­ger et, de fait, dé­cro­cher des dates de concert ! Une anec­dote…

Un ar­tiste avec une car­rière de plus de quinze ans n'ar­ri­vait pas à re­trou­ver l'émo­tion et le grain de voix dans la ca­bine par rap­port à la ma­quette qu'il avait en­re­gis­trée grâce au mi­cro in­té­gré de son or­di­na­teur por­table de qua­li­té mé­diocre mais suf­fi­sant pour re­te­nir le prin­ci­pal. Chez lui, pour en­re­gis­trer sa voix, il se trou­vait en po­si­tion as­sise pen­chée en avant et cette po­si­tion du corps lui per­met­tait d'at­teindre les notes sou­hai­tées plus ai­sé­ment ! Je lui ai donc ins­tal­lé un fau­teuil, j'ai po­si­tion­né le mi­cro en consé­quence et il a en­re­gis­tré le tout sur deux mi­cros, un Neu­mann U87 uti­li­sé ré­gu­liè­re­ment et un Shure SM58, mi­cro em­ployé pour les concerts et se rap­pro­chant du grain de son mi­cro in­té­gré ! Po­si­tion et confi­gu­ra­tion pas très ha­bi­tuelles mais jus­ti­fiées par le ré­sul­tat sou­hai­té !

Guillaume, Ro­main et Dan.

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