DJ Cam

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Mia­mi Vice ou com­ment la fas­ci­na­tion pour une série culte des an­nées 80 et un film em­blé­ma­tique des an­nées 2000 de­vient une bande son ima­gi­née par Laurent Dau­mail alias DJ Cam. C’est dans la fa­meuse ville de Flo­ride que le pro­duc­teur fran­çais s’est at­te­lé à l’en­re­gis­tre­ment de ce con­cept al­bum ba­sé au­tour des per­son­nages créés par le scé­na­riste TV An­tho­ny Yer­ko­vich. En­tre­tien avec une fi­gure lé­gen­daire du trip hop qui s’ex­porte.

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Tout au long de ton par­cours, tu as col­la­bo­ré avec des fi­gures de la va­rié­té fran­çaise (Jean-Louis Mu­rat, Anggun, Arielle Dom­basle, Jean Michel Jarre…) ou tu as re­mixé des ar­tistes lé­gen­daires de la mu­sique amé­ri­caine. Par­mi ces ex­pé­riences, quelle est celle qui t’a le plus mar­qué ?

Laurent Dau­mail : Le fait de tra­vailler sur des re­mixes de Miles Da­vis (« In A Silent Way »), Mi­chael Jack­son (« Un­com­for­table », « You Rock My World ») ou Cy­press Hill (« High­life ») a été une ex­pé­rience im­por­tante. Ça m’a tou­ché quand on m’a de­man­dé de re­tra­vailler sur ces titres. Au su­jet de mes tra­vaux pour la « va­rié­té fran­çaise », la plu­part étaient sur­tout des com­mandes des mai­sons de disques. C’est un tra­vail qui ne m’a rien ap­por­té de par­ti­cu­lier. Après 25 ans d’ac­ti­vi­té, peux-tu nous ré­su­mer ra­pi­de­ment les points clés de ton par­cours ?

J’ai fait quinze fois le tour de la pla­nète, j’ai joué dans tous les plus grands fes­ti­vals du genre, puis j’ai sor­ti pas mal de disques. En 2010, je suis par­ti vivre pen­dant trois ans à Los An­geles. J’avais en­vie de chan­ger d’air, de voir un peu ce qui se pas­sait là-bas au ni­veau mu­si­cal, d’al­ler gla­ner quelques sources d’inspiration. Los An­geles a de­puis tou­jours été une ville va­che­ment im­por­tante pour la mu­sique. En­suite, je suis re­ve­nu en France et je suis re­par­ti aux États-Unis pour al­ler vivre à Mia­mi. Com­ment a été re­çu ton projet DJ Cam Quar­tet que tu as lan­cé dans la deuxième moi­tié des an­nées 2000 avec quatre autres mu­si­ciens ?

C’est un projet qui a eu beau­coup de suc­cès. Au dé­part, c’était une com­mande de la mai­son de disques Wa­gram qui vou­lait que je réa­lise un al­bum au­tour d’am­biances jaz­zy (Re­birth Of Co­ol). Puis les Ja­po­nais m’ont commandé un deuxième al­bum, que j’ai réa­li­sé l’an­née sui­vante, puis un troi­sième. En fait, c’est de­ve­nu un projet pa­ral­lèle avec le­quel j’ai ven­du beau­coup de disques. Mu­si­ca­le­ment par­lant, c’est as­sez acid jazz et, mal­gré le fait que le DJ Cam Quar­tet ait été re­la­ti­ve­ment dé­crié par la presse « bran­chée », ce­la n’a pas em­pê­ché son suc­cès à tra­vers le monde. Au­jourd’hui, c’est un projet qui re­pré­sente 50 % de mes ventes de disques alors que je n’ai fait que trois al­bums. Je suis tou­jours sur­pris par la de­mande au­tour de ce projet qui a été réa­li­sé sans pré­ten­tion… Nous pré­pa­rons d’ailleurs un nouvel al­bum qui fonc­tion­ne­ra sur le même prin­cipe que les trois pré­cé­dents… C’est plu­tôt une bonne nou­velle face à une in­dus­trie qui est sé­rieu­se­ment en panne…

Oui, ce n’est rien de le dire. En même temps, je ne sais si elle existe en­core cette in­dus­trie… J’ai dé­bu­té à une époque où c’était com­plè­te­ment dif­fé­rent. En fait, je n’at­tends plus rien des mai­sons de disques, je pense que si, à ce ni­veau-là, tu es en at­tente, il ne va pas se pro­duire grand-chose… Est-ce qu’il t’ar­rive de ré­écou­ter cer­taines de tes pre­mières com­po­si­tions, comme « No Com­pe­ti­tion » sor­tie sur la com­pi­la­tion lé­gen­daire Source Lab 1 en 1995, et d’éva­luer ain­si la pro­gres­sion de ton par­cours en tant que pro­duc­teur ?

En fait, quand je ré­écoute mes mor­ceaux, je ne vois que les dé­fauts donc j’ai du mal à vrai­ment les ap­pré­cier. « No Com­pe­ti­tion » est un titre que je joue tout le temps dans mes lives car je trouve qu’il a as­sez bien vieilli. Je suis quel­qu’un de pro­duc­tif, j’ai en­re­gis­tré beau­coup d’al­bums et ils sont tous un peu dif­fé­rents les uns des autres. J’es­saye en per­ma­nence de me re­nou­ve­ler et d’in­cor­po­rer de nou­veaux élé­ments dans ma mu­sique si­non je pense que je m’en­nuie­rais vrai­ment… Com­ment a été ac­cueilli ton pré­cé­dent al­bum, Se­ven, sor­ti en 2011 sur ton la­bel In­fla­mable ?

Il a été très bien re­çu et la presse en a fait de bonnes cri­tiques car il y avait un cô­té très pop dans ce disque. Cette cou­leur mu­si­cale fonc­tionne tou­jours. Mais, ce­la dé­pend des pays. Aux États-Unis et au Ja­pon, le disque n’a pas très bien marché, mais en Eu­rope, l’ac­cueil a été très bon. A contra­rio, The Beat As­sas­si­na­ted en 98 avait été très bien re­çu aux USA et moins bien en Eu­rope. Il n’y a pas vrai­ment de règle à ce ni­veau-là. En fait, ce­la dé­pend vrai­ment du style de mu­sique et des am­biances conte­nues dans l’al­bum. Comme gères-tu le la­bel sur le­quel tu édites toute ta mu­sique de­puis le dé­but ?

C’est très simple, je m’oc­cupe de tout, de la di­rec­tion ar­tis­tique aux vi­suels des po­chettes, etc. En­suite, je suis en contact avec des dis­tri­bu­teurs qui s’oc­cupent de vendre sur les dif­fé­rents sup­ports : vi­nyle, CD ou di­gi­tal. C’est une ma­chine as­sez ro­dée. En fait, je ne fais que li­vrer du conte­nu et je ne m’oc­cupe pas de tout ce qui est lo­gis­tique, tech­nique. Pour­quoi as-tu choi­si de re­tour­ner aux États-Unis et de t’ins­tal­ler à Mia­mi ?

Prin­ci­pa­le­ment pour la qua­li­té de vie, puis c’est une ville qui est en pleine évo­lu­tion cultu­relle et éco­no­mique. J’aime bien ha­bi­ter dans des villes qui bougent et qui changent. Il y a beau­coup de New-yor­kais qui des­cendent s’ins­tal­ler à Mia­mi, il y a éga­le­ment une grosse ac­ti­vi­té au­tour de l’art mo­derne. C’est une ville très jeune donc en pleine ébul­li­tion… Tu ne res­sens pas ce sen­ti­ment de stag­na­tion qu’il ya à Paris, par exemple. En fait, je me nour­ris de l’éner­gie de cette ville qui est très dy­na­mique. C’est la rai­son pour la­quelle tu as eu en­vie de rendre hom­mage à la série qui a ren­du cette ville cé­lèbre, en tout cas en France ?

Oui parce que c’est une série que j’adore et j’aime beau­coup la fa­çon dont le réa­li­sa­teur Mi­chael Mann ( pro­duc­teur de la série TV des 80’s – NdlR) a trai­té cet uni­vers pour en faire un film ( en 2005 avec les ac­teurs Co­lin Far­rell et Ja­mie Foxx). Pour moi, le fait d’ha­bi­ter à Mia­mi était comme une évi­dence pour com­po­ser un al­bum au­tour de ce film. En même temps, j’ai tou­jours vou­lu réa­li­ser des mu­siques de film, donc c’était une bonne oc­ca­sion de le faire à ma ma­nière et de voir de quoi j’étais ca­pable. Tech­ni­que­ment par­lant, com­ment as-tu en­re­gis­tré cet al­bum ?

En fait, c’est la pre­mière fois que ça m’ar­rive mais j’ai tout en­re­gis­tré sur un lap­top Mac avec la nou­velle MPC Stu­dio d’Akai. Après, j’ai mixé l’al­bum à Paris car je ne connais­sais pas trop les in­gé­nieurs du son là-bas, même s’il y a de très bons stu­dios. Il y a une am­biance as­sez mi­ni­ma­liste sur ce disque et tu as uti­li­sé beau­coup de sons de TR-808, 909, de syn­thés ana­lo­giques…

Sur Mia­mi Vice, j’ai sam­plé beau­coup de choses… J’ai uti­li­sé un syn­thé­ti­seur Ya­ma­ha DX7, un Ro­land Alpha Ju­no et des boîtes à rythmes TR-808, 909, 606 que j’ai sam­plés via la MPC. Il y a juste deux ou trois lignes de basse qui sont jouées mais tout le reste a été conçu via ma MPC. Peux-tu nous en dire plus sur tes col­la­bo­ra­tions avec les chan­teurs Earl Da­vis et MC Eiht ?

En ce qui concerne la re­prise de Phil Col­lins avec Da­vis, « In The Air To­night », c’est un pote bas­siste qui a pro­po­sé de la faire. La voix d’Earl a été com­plè­te­ment dé­pit­chée, re­tu­née, ce qui donne un ef­fet gé­nial. Tout a été sam­plé et dé­cou­pé pour fi­na­le­ment don­ner un ré­sul­tat proche de l’ori­gi­nal tout en étant dif­fé­rent, presque étrange. En plus, on a re­joué les ac­cords que l’on a mixés der­rière la voix. Je vou­lais tra­vailler sur cette re­prise car c’est le mor­ceau em­blé­ma­tique de la série des an­nées 80, mais il fal­lait le faire d’une ma­nière com­plè­te­ment dif­fé­rente. La to­na­li­té est un peu hip hop « dir­ty south ». Pour MC Eiht, c’est un rap­peur de Los An­geles que j’adore et il écrit des textes très ci­né­ma­to­gra­phiques. On est al­lés dans un stu­dio de la ban­lieue de Los An­geles et tout a été en­re­gis­tré très ra­pi­de­ment et sans fio­ri­tures. Avec Mia­mi Vice, est-ce que l’on peut par­ler de con­cept al­bum ?

C’est une bande ori­gi­nale ima­gi­née, re­créée avec des thèmes comme la pour­suite, la scène dans le club. J’avais les images du film et de la série té­lé en tête, j’ai re­vu les cinq sai­sons de la série… Le but ul­time de cet al­bum est de mon­trer que je peux réa­li­ser des BO de film. C’est une es­pèce de dé­mo pour dire aux pro­duc­teurs de films : « Sa­lut, je peux faire de vraies mu­siques de film, ap­pe­lez-moi ! » (rires). Laurent Gi­lot

Mia­mi Vice [In­fla­mable Re­cords / La Ba­leine]

http://in­fla­mable.com/dj-cam

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