le sens du son : quand c’est plus c’est moins, et in­ver­se­ment !

le gang des Turcs

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Avec les deux frères Er­tegün, Ne­shu­hi et Ah­met, et Jer­ry Wex­ler, les fon­da­teurs d’At­lan­tic Re­cords, le Turc Arif Mar­din a sé­vi pen­dant plus de qua­rante ans en tant qu’as­sis­tant pro­duc­teur, pro­duc­teur, ar­ran­geur, stu­dio ma­na­ger et enfin vice‐pré­sident d’At­lan­tic Re­cords puis de Man­hat­tan Re­cords (EMI). Un par­cours aty­pique.

Arif Mar­din, qui nous a quit­tés en 2006, est né en 1932 à Is­tan­bul, en Tur­quie, et s’est pas­sion­né très vite pour la mu­sique, en écou­tant beau­coup de jazz (de Bing Cros­by à Glenn Miller). Di­plô­mé de l’Uni­ver­si­té d’éco­no­mie et de com­merce d’Is­tan­bul, il part étu­dier à la Lon­don School of Eco­no­mics. En plon­geant dans la dis­co­thèque jazz de sa soeur, il dé­ve­loppe des ta­lents d’ar­ran­geur et d’or­ches­tra­teur, mais ne pen­sait pas alors qu’il fe­rait une telle car­rière dans la mu­sique. Pour­tant, son des­tin va chan­ger lors­qu’il ren­contre Diz­zy Gilles­pie et Quin­cy Jones lors d’un concert à An­ka­ra. Il se­ra le pre­mier à être di­plô­mé du Quin­cy Jones Scho­lar­ship au pres­ti­gieux Berk­lee Col­lege of Mu­sic à Bos­ton. En 58, il s’ins­talle dans cette ville et fi­nit par en­sei­gner lui-même à Berk­lee avant de dé­mé­na­ger pour New York. Il dé­bute sa car­rière en 1963 en de­ve­nant l’as­sis­tant de Ne­shu­hi Er­tegün chez At­lan­tic Re­cords, le­quel est le frère d’Ah­met et co-fon­da­teur de la fa­meuse mai­son de disques. Il gra­vi­ra tous les éche­lons en étant suc­ces­si­ve­ment stu­dio ma­na­ger, pro­duc­teur mai­son et ar­ran­geur. En 1969 il en de­vient même vice-pré­sident puis se­nior vice-pré­sident (jus­qu’en 2001). Il au­ra tra­vaillé sur d’in­nom­brables pro­duc­tions et avec une in­fi­ni­té d’ar­tistes : d’Are­tha Frank­lin à Queen en pas­sant par les Bee Gees, Ani­ta Ba­ker, Ro­ber­ta Flack, Bette Mid­ler, Laura Bra­ni­gan, Cha­ka Khan, Scrit­ti Po­li­ti, Phil Col­lins, No­rah Jones, Culture Club ou Ho­ward Jones. Il a re­çu douze Gram­my Awards et quelque qua­rante disques d’or et de pla­tine au long d’une car­rière bien rem­plie de plus de qua­rante ans. Autres ar­tistes pro­duits, et non des moindres : The Ras­cals, Don­ny Ha­tha­way, Car­ly Simon, Ave­rage White Band, Man­hat­tan Trans­fer, Willie Nel­son, Da­vid Bo­wie ou George Ben­son, qui vont re­ve­nir plu­sieurs fois se faire trai­ter par Mar­din, tant ils ont ai­mé la chose. Autre té­moi­gnage des mul­tiples ta­lents du per­son­nage : il a re­çu des Gram­my non seule­ment comme pro­duc­teur mais aus­si comme ar­ran­geur (par­fois même comme ar­ran­geur vo­cal) ou bien en­core comme ré­dac­teur de notes !

Touche‐à‐tout

On peut consta­ter qu’il ne s’est ja­mais li­mi­té à un style de mu­sique par­ti­cu­lier et qu’il a pour­tant su édi­fier un « At­lan­tic Sound », en com­pa­gnie des frères Er­tegün, de Jer­ry Wex­ler et d’un élé­ment mé­con­nu mais fon­da­men­tal de l’équipe At­lan­tic : l’in­gé­nieur du son Tom Dowd. C’est Mar­din par exemple qui dé­couvre les ta­lents ca­chés de fal­set­to de Bar­ry Gibb lors­qu’il réa­lise l’al­bum Nights On Broad­way des Bee Gees. C’est d’ailleurs lui qui pro­duit en­suite le cé­lé­bris­sime Sa­tur­day Night Fe­ver, dans le­quel les Gibbs passent de la pop néo-Beatles à la dis­co et où Bar­ry dé­ve­loppe son jeu vo­cal en « voix de tête ».

Non content de ma­na­ger, pro­duire et ar­ran­ger pour les autres, il va réa­li­ser deux al­bums sous son nom, dans les­quels il va certes com­po­ser et ar­ran­ger, mais aus­si jouer des per­cus­sions et du pia­no élec­trique. Les plus grandes stars du jazz vont se bous­cu­ler pour y par­ti­ci­per, tels Ran­dy et Mi­chael Bre­cker, Joe Far­rell, Ga­ry Bur­ton, Ron Car­ter, Steve Gadd et Billy Cob­ham, mu­si­ciens qu’il au­ra peu ou prou pro­duits au fil des ans. Son fils, quelques an­nées avant son dé­cès, va pro­duire un do­cu­men­taire sur la vie de son père qu’il va ap­pe­ler The Grea­test Ears In Town (les meilleures oreilles en ville). On vous re­com­mande bien sûr de le vi­sion­ner : on peut y voir et en­tendre non seule­ment Phil Col­lins, Sir George Mar­tin, Are­tha Frank­lin, Ah­met Er­tegün ou No­rah Jones mais aus­si Arif Mar­din lui-même en stu­dio, pro­dui­sant no­tam­ment No­rah Jones et Je­wel. Où l’on peut voir que le sé­rieux et l’ef­fi­ca­ci­té dans le tra­vail n’ex­cluent pas la bon­ho­mie et l’hu­mour, dont Mar­din avait fait une de ses armes fa­vo­rites pour lut­ter contre l’en­fer­me­ment et le stress de la vie de stu­dio. Klaus Blas­quiz

L’af­fiche de The Grea­test Ears In Town.

Bette Mid­ler et Arif Mar­din.

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