lé­gendes du son : Rémy Kol­pa Ko­poul

mu­siques au coeur

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Dé­cé­dé le 3 mai der­nier, RKK au­ra été l’un des grands dé­fri­cheurs des mu­siques du monde. De Li­bé­ra­tion à No­va, des concerts qu’il a or­ga­ni­sés à ses sets en tant que DJ, hom­mage à ce pas­seur de pas­sions…

Pour­quoi pas­se­rais‐je tant de temps à jouer (si mal) de la mu­sique, alors qu’il existe tant d’ar­tistes pour en jouer si bien ? » C’était en 2014, dans le book­zine Mu­ziq (très bel hom­mage à dé­cou­vrir en sui­vant le lien 1), et d’une phrase, Rémy Kol­pa Ko­poul ré­su­mait un par­cours qui a pris fin au dé­but du mois de mai der­nier. Dis­pa­ru, donc, à l’âge de 66 ans, RKK, le Con­neXion­neur – ain­si qu’in­di­quait sa carte de vi­site – sin­gu­lier, jour­na­liste (le Li­bé­ra­tion des an­nées 1970, à la fon­da­tion du­quel il par­ti­cipe), homme de ra­dio ( No­va, entre autres), DJ, pro­gram­ma­teur de fes­ti­vals… Un bon­homme aus­si, vous di­ront tous ceux qui l’ont ren­con­tré, for­mi­da­ble­ment at­ta­chant. Et au fi­nal, un vrai amou­reux de mu­siques (le « s » est im­por­tant), l’un des pro­mo­teurs, comme on dit, de la so­no mon­diale, avec un goût par­ti­cu­lier pour le Bré­sil et autres vec­teurs de mu­siques mixes, cet es­pace de tous les pos­sibles, de tous les croi­se­ments, où le seul cri­tère de qua­li­té est, di­ra-t-on, la vibe, cette corde vi­brant en cha­cun de nous à cer­tains sons, cer­taines har­mo­nies, cer­tains rythmes…

De bonnes vi­bra­tions, donc, mais loin de tout exo­tisme, mot qu’il n’ai­mait pas vrai­ment : « Je me suis tou­jours bat­tu contre cette vi­sion des choses » , avait-il ex­pli­qué à Té­lé­ra­ma (2). Loin de tout tou­risme mu­si­cal, où l’on passe ra­pi­de­ment à la sur­face des choses, sans s’at­tar­der, RKK était im­pré­gné des mu­siques qu’il trans­met­tait en­suite à ceux qui l’écou­taient. Un pas­seur de pas­sions, en quelque sorte. Ce que, tou­jours dans Mu­ziq, et re­ve­nant sur son ac­ti­vi­té de DJ, il dé­fi­nis­sait ain­si : « Un prin­cipe de base : “Je me fais plai­sir et j’es­saie d’être conta­gieux”, et une règle in­tan­gible, sur­prendre ! » Ci­té par Le Monde, dans un ar­ticle du 3 mai der­nier, ce­la don­nait aus­si : « J’ai cra­pa­hu­té dans la mu­sique sans oeillères (…) » (3).

L’art du par­tage

Ain­si de ses tout pre­miers pas à la ra­dio : il a 17 ou 18 ans, est en­core ly­céen, et or­ga­ni­sant « des concerts de jazz et de folk à la MJC de la porte de Saint‐Cloud » , il par­ti­cipe ré­gu­liè­re­ment au Pop Club de Jo­sé Ar­tur sur France In­ter : « J’y pré­sen­tais mes concerts au mi­cro, avec à l’oc­ca­sion des in­vi­tés – j’y ai em­me­né Alan Sti­vell faire sa pre­mière ra­dio ! » (4). Et de par­ler de Jo­sé Ar­tur comme de « (son) maître en ma­tière de ra­dio » . Jeune adulte, il fait en­suite par­tie de l’aven­ture Li­bé, part en re­por­tage en Afrique, laisse gran­dir en lui son amour des mu­siques la­tines… L’un de ses tout der­niers « coups » en date est d’ailleurs un hom­mage à cet amour-là : une grande re­vue mu­si­cale ( « du théâtre mu­si­cal » ), in­ti­tu­lée K‐rio‐K, pré­sen­tée en avril der­nier au Nou­veau Théâtre de Mon­treuil. Un spec­tacle consa­cré au Bré­sil des an­nées 1920, et au cho­ro, mu­sique clé du spec­tacle, et comme la réa­li­sa­tion d’un rêve re­mon­tant au dé­but de la dé­cen­nie 70 : « Mon ini­tia­tion à la mu­sique bré­si­lienne date de ces an­nées‐là, et culmine avec un show de Cae­ta­no Ve­lo­so (son pre­mier à Paris), alors qu’il était en exil à Londres, avec Gil­ber­to Gil. Un charme im­pla­cable, un mo­ment fon­da­teur » , se sou­ve­nait, en jan­vier der­nier, RKK, en pré­sen­tant son spec­tacle (5). On peut en re­trou­ver la bande-an­nonce sur YouTube (6).

Per­sua­dé que la mu­sique s’écoute sans fron­tières, avec le goût du par­tage, Rémy Kol­pa Ko­poul au­ra su trou­ver en No­va un mé­dium idéal pour trans­mettre ses pas­sions. Pour de nom­breux au­di­teurs, son émis­sion, Control Dis­cal, au­ra ain­si été une vé­ri­table ré­vé­la­tion, et la source d’in­nom­brables plai­sirs. On écou­te­ra du coup avec émo­tion l’hom­mage que lui a ren­du la sta­tion de ra­dio (7)… Gé­né­reuse, l’ap­proche tra­duit bien le ca­rac­tère du per­son­nage, à l’image de son ul­time mix, à Brest, l’avant-veille de son dé­cès : une soi­rée avec les Bres­tois du Coeur, pour ai­der à fi­nan­cer la sco­la­ri­té des en­fants d’un mu­si­cien ar­gen­tin, Ra­mi­ro Mu­so­to, dé­cé­dé en 1989. C’est peu dire qu’au­jourd’hui, avec sa dis­pa­ri­tion, Rémy Kol­pa Ko­poul laisse un grand vide. Res­tent, pour s’en sou­ve­nir, des mu­siques, des dé­cou­vertes, et l’en­vie, plus que ja­mais, d’ex­plo­rer les rythmes du monde. Et que la voix de RKK ré­sonne en­core long­temps en nous. Phi­lippe Ra­gue­neau

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