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a n’a ja­mais été l’as­pect le plus connu de l’ex­ploi­ta­tion de l’ins­tru­ment : quand on parle de l’orgue, on pense à l’ins­tru­ment d’église ou, pour les plus « bran­chés », au reggae ou à la ri­gueur au rhythm’n’blues. Pour­tant, l’orgue a trou­vé sa place dans le jazz de­puis le dé­but de la deuxième moi­tié du XXe siècle, sous les doigts de mu­si­ciens qui lui sont en gé­né­ral spé­ci­fi­que­ment at­ta­chés et ont contri­bué à sa no­to­rié­té. Quand l’un de ceux-là s’éteint, c’est donc une par­tie du pa­tri­moine mu­si­cal de l’ins­tru­ment qui dis­pa­raît…

RIP, Ed­dy…

Ed­dy Louiss fai­sait par­tie de cette « con­fré­rie » très confi­den­tielle mais est dé­cé­dé le 30 juin der­nier, à 74 ans (fi­gure 1). Pour le grand pu­blic, il est connu comme l’un des ac­com­pa­gna­teurs de Claude Nou­ga­ro, lui à l’orgue Ham­mond et Maurice Van­der au pia­no. Pour les ama­teurs de jazz vo­cal, ce fut aus­si l’un des chan­teurs des Double-Six, avec Mi­mi Per­rin, Ro­ger Gué­rin et Ch­ris­tiane Le­grand. À l’orgue, il a éga­le­ment ac­com­pa­gné Hen­ri Sal­va­dor, a joué avec Diz­zy Gilles­pie et Stan Getz, Stéphane Grap­pel­li, Jim­my Gour­ley… Son pre­mier al­bum « mar­quant » en tant que lea­der fut réa­li­sé avec Ken­ny Clarke à la bat­te­rie et Re­né Tho­mas à la gui­tare. Il créa et di­ri­gea le big-band Mul­ti­co­lor Fee­ling, par­fois éten­du à sa ver­sion « fan­fare », pou­vant comp­ter jus­qu’à une bonne soixan­taine de mu­si­ciens, qui se pro­dui­sit à l’Olym­pia en 2010, pour ses cin­quante ans de car­rière. Ses ori­gines an­tillaises ont don­né à sa mu­sique un « groove » mê­lant jazz et mu­sique ca­ri­béenne par­ti­cu­liè­re­ment dé­vas­ta­teur ! C’est l’al­bum Trio HLP sor­ti en 1968 (fi­gure 2), où il in­ter­vient avec Jean Luc Pon­ty au vio­lon et Da­niel Hu­mair à la bat­te­rie, qui a été la ré­vé­la­tion pour votre ser­vi­teur d’un jeu à l’orgue ori­gi­nal et res­té unique… Les deux vo­lumes Confé­rence De Presse en duo avec Michel Pe­truc­cia­ni au pia­no pa­rus en 1995 sont aus­si des ré­fé­rences de ce qu’on peut faire en jazz avec cet ins­tru­ment…

Quel orgue ?

À de rares ex­cep­tions près, c’est le Ham­mond, et plus pré­ci­sé­ment le B3, qui est le plus cou­ram­ment uti­li­sé dans le jazz. Le con­cept de cet ins­tru­ment a été in­ven­té par Lau­rens Ham­mond, un hor­lo­ger de Chi­ca­go, au mi­lieu des an­nées 30, mais le B3 ap­pa­raî­tra, lui, en 1955. C’est un ins­tru­ment « clas­sique », à deux cla­viers de 61 touches (fi­gure 3) et un pé­da­lier de 25 touches en éven­tail (fi­gure 4). L’ori­gi­na­li­té de l’ins­tru­ment ré­side dans la tech­nique de gé­né­ra­tion so­nore to­ta­le­ment no­va­trice pour l’époque et ba­sée sur les prin­cipes de l’élec­tro­ma­gné­tisme que nous avons dé­jà dé­crits il y a quelque temps dans cette ru­brique (en­ca­dré ci‐contre). Ce furent sans doute Wild Bill Da­vis (1918-1995), sui­vi de près par Milt Bu­ck­ner (1915-1978) que l’on peut qua­li­fier de « pre­miers or­ga­nistes de jazz » ; un style as­sez voi­sin pour les deux, très riche har­mo­ni­que­ment, avec des tex­tures de re­gis­tra­tions très denses, mais as­sez peu ori­gi­nal au ni­veau ryth­mique et sup­po­sant un jeu ma­jo­ri­tai­re­ment so­liste. Ce­pen­dant, la ma­nière dont ils ont su ex­ploi­ter l’ins­tru­ment a as­su­ré­ment été la cause de son suc­cès : le Ham­mond « sor­tait » des cha­pelles et églises pour les­quelles il avait été ini­tia­le­ment conçu pour en­trer dans le monde du jazz et, plus tard, de la pop mu­sic, du rock et du reggae… En ef­fet, sa por­ta­bi­li­té (toute re­la­tive, 220 kg en ordre de marche quand même !)

La po­chette du 33 tours « d’ori­gine », Trio HLP… un « must » ! Le « Round Mid­night » est un do­cu­ment d’an­tho­lo­gie… Ed­dy Louiss, aux com­mandes de son B3 « cus­to­mi­sé » pour la route… Pas loin de 80 kg de moins que le meuble ori­gi­nal, ça compte !

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