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est, tout d’abord, un arbre ca­chant la fo­rêt. Une chan­son à l’ombre écra­sante. Et la source de quelques mal­en­ten­dus. « A Horse With No Name ». Tube mon­dial du tout dé­but de l’an­née 1972, ou­vrant les portes de la cé­lé­bri­té à ce trio de jeunes Amé­ri­cains (De­wey Bun­nell, Dan Peek, Ger­ry Beckley) qu’un exil an­glais (fa­milles de mi­li­taires sta­tion­nées près de Londres) a réuni. Trois gar­çons or­di­naires pour l’époque, che­veux longs de ri­gueur, fé­rus d’un folk rock à l’amé­ri­caine (d’où le nom du groupe, CQFD). Une for­ma­tion rê­vant, pour ré­su­mer, de bi­voua­quer dans le Laurel Ca­nyon, avec pour voi­sins Cros­by, Stil­ls & Nash, ain­si qu’en té­moigne le pre­mier al­bum, so­bre­ment in­ti­tu­lé Ame­ri­ca (écou­tez « Sand­man » pour vous en convaincre). D’abord pu­blié en 1971, ce disque, au suc­cès mo­dé­ré, res­sor­ti­ra un an plus tard en­ri­chi du fa­meux « A Horse With No Name », titre qui, à force de pas­sages ra­dio, re­prises dans des pubs ou des sé­ries té­lé, au­ra pris une sa­veur va­gue­ment écoeu­rante. Mais pas­sons. Le suc­cès, comme on dit, est au ren­dez-vous et, lo­gi­que­ment, le groupe ac­couche d’une suite d’une fac­ture sen­si­ble­ment iden­tique : Ho­me­co­ming en 1972, puis Hat Trick en 1973. Deux disques tout aus­si plai­sants que le pre­mier (on no­te­ra que tous les titres de leurs al­bums dé­butent à cette pé­riode par la lettre « H »), où les har­mo­nies vo­cales west coast (trois voix, oui… comme pour C, S & N), le folk rock au coin du feu, tiennent au­jourd’hui en­core bien la route. On avoue­ra une in­cli­nai­son pour Ho­me­co­ming, dont la dou­ceur et l’or­ches­tra­tion dis­crète des chan­sons ont gar­dé leur fraî­cheur (beau­té de « Ven­tu­ra High­way », « Don’t Cross The Ri­ver », « Head And Heart »…). Un must have, comme on dit.

Le mi­racle Ho­li­day

Ce pour­rait être suf­fi­sant pour ins­crire Ame­ri­ca au mur des bons groupes mi­neurs de l’his­toire, ces for­ma­tions qui, sans ou­vrir de voies in­édites, ont leur place dans leur époque. Pas mal, di­sions-nous. Mais Ame­ri­ca a la bonne idée, pour son qua­trième al­bum (et après les ventes re­la­ti­ve­ment dé­ce­vantes du pré­cé­dent), de s’ad­joindre les ta­lents d’un pro­duc­teur et d’un in­gé-son de lé­gende : George Mar­tin et Geoff Eme­rick. Les ar­ti­sans du son des Beatles en per­sonne… Qu’on ne s’y trompe pas pour au­tant, Ho­li­day, sor­ti en 1974, n’a rien d’un clone amé­ri­cain des oeuvres pu­bliées par les pe­tits gars de Li­ver­pool : il n’y a dans ce 33 tours pas grand-chose du psy­ché­dé­lisme pré­cur­seur, des har­mo­nies dingues, de l’hu­mour tongue‐in‐cheek des Fab Four. De­wey, Dan et Ger­ry ne sont pas Paul, John, Rin­go et George. Et peu im­porte : Ho­li­day est quand même une mer­veille. Ce qu’a ap­por­té, vi­si­ble­ment, George Mar­tin, c’est un sens de l’or­ches­tra­tion, de l’en­ri­chis­se­ment, per­met­tant de trans­cen­der les ho­no­rables com­po­si­tions du trio (quitte à ha­biller des titres comme « Mad Dog » ou « You » d’ar­ran­ge­ments très Beatles). Ho­li­day, c’est l’al­liance de l’élé­men­taire – l’écri­ture folk amé­ri­caine, au plus près du quo­ti­dien – et du raf­fi­ne­ment bri­tish. Des cordes s’in­vitent chez les cow-boys, des cuivres ac­com­pagnent le ban­jo, et, de « Ti­ny Man » à « Lo­ne­ly People » en pas­sant par « Glad To See You », on as­siste à une sym­biose (culture an­glaise / culture amé­ri­caine) par­ti­cu­liè­re­ment réus­sie.

Ame­ri­ca The War­ner Bros. Years 1971‐1977

[War­ner]

La col­la­bo­ra­tion avec George Mar­tin / Geoff Eme­rick se pour­sui­vra sur les trois al­bums sui­vants (ain­si que, plus tard, sur le pre­mier al­bum sous si­gna­ture Ca­pi­tol). Sans at­teindre la per­fec­tion de Ho­li­day, Hearts, Hi­dea­way et Har­bor pos­sèdent de beaux mo­ments, il suf­fit de pio­cher. Ci­tons ain­si sur Hearts, « Dai­sy Jane » et son vio­lon­celle, « Sea­sons » et son échap­pée vers le sud au-de­là du Rio Grande. Hi­dea­way, de son cô­té, re­tient l’at­ten­tion dans ses échap­pées ins­tru­men­tales : « Hi­dea­way Part I » et « Part II », avec Mar­tin au pia­no, « Wa­ter­ship Down » et « Who Loves You » aux ar­ran­ge­ments ca­rac­té­ris­tiques de l’an­cien pro­duc­teur des Beatles. On s’avoue­ra plus per­plexe de­vant Har­bor, en­re­gis­tré à Ha­wai en 1976 – der­nier al­bum stu­dio avec Peek, qui pren­dra en­suite une autre voie, celle de chan­teur ch­ré­tien en­ga­gé. Moins ins­pi­ré, l’al­bum, plus « rock » sur cer­tains titres (« Hur­ri­cane »), est aus­si as­sez ty­pique de ces pro­duc­tions de la se­conde moi­tié des an­nées 1970 : ef­fets pas tou­jours heu­reux, idées par­fois gâ­chées par l’en­vie d’en faire « tou­jours plus », écri­ture ayant ten­dance à s’es­souf­fler… Res­tent quand même quelques jo­lies choses, tel le mor­ceau « Don’t Cry Ba­by ». Les an­nées War­ner Bros. se conclu­ront, contrac­tuel­le­ment, par un der­nier disque, le live dis­po­nible dans ce cof­fret. En­re­gis­tré en 1977 à Los An­geles (donc sans Dan Peek), il vaut le dé­tour non seule­ment parce qu’il peut faire of­fice de « best-of », mais aus­si parce qu’on trouve à la conduite de l’or­chestre un cer­tain El­mer Bern­stein. De quoi conclure en beau­té ces an­nées War­ner Bros., mé­ri­tant, on l’au­ra com­pris, le dé­tour… Phi­lippe Ra­gue­neau

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