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ppel de Pier­rot Pé­joine, de Drum Ser­vice : « Jean Luc Pon­ty sou­hai­te­rait faire don à Mu­sé­lec de son Syn­cla­vier. Il est sto­cké chez moi, je te l’amène. » Ima­gi­nez ma ré­ponse. Peu après, ar­rivent au mu­sée quelques flight-cases bleus, mar­qués JLP, des car­tons pleins de belles choses (un pe­tit mé­lan­geur et des pé­dales – vo­lume Er­nie Ball et foots­witch MI­DI ADA) ac­com­pa­gnés de mon­ceaux de câbles (fi­gure 1). Dé­bal­lage. Tout y est, même les boîtes de floppy disks et autres trans­for­ma­teurs et adap­ta­teurs sec­teur : la ma­chine vient di­rec­te­ment de Los An­geles, où le fa­meux vio­lo­niste a long­temps ha­bi­té. Vi­si­ble­ment, elle a tour­né, les flights et les car­tons sont soi­gneu­se­ment nu­mé­ro­tés : on vou­lait être sûr que tous les élé­ments du sys­tème ré­pondent à l’ap­pel à chaque concert. Une fiche in­ti­tu­lée « Jean Luc Pon­ty – Syn­cla­vier Sys­tem (1984-1988) » dé­taille l’af­faire : Ve­lo­ci­ty/Pres­sure Key­board (black), (2) M32L High Speed Pro­ces­sor Me­mo­ry, En­han­ced CPU, Su­per Floppy Drive + Low Den­si­ty Drive, D16 Ti­mer Board, MI­DI (1-in­put, 4-out­puts), SMPTE In­ter­face, (2) M128k Se­quen­cer Me­mo­ry Cards = 256k, 24 FM Ste­reo Syn­the­si­zer Voices, No Sam­pling, Last Up­grade in 1987 – Re­lease L, with 32-tracks Se­quen­cer, Sys­tem Floppy Disks with Timbres, Ori­gi­nal Video Ter­mi­nal VT 100/640, Prin­ter Prism P-132, Eve­ry­thing in 110 V, Eve­ry­thing in Custom Cases (fi­gure 2). No com­ment.

Vio­lo­niste de jazz, mais pas que

Jean Luc Pon­ty (fi­gure 3), que l’on ne pré­sente plus, est certes vio­lo­niste, et quel vio­lo­niste, mais il a éga­le­ment « ap­pris le pia­no dans sa jeu­nesse », pia­no qui est donc son se­cond ins­tru­ment. C’est ce qui lui per­met, quand il s’ins­talle en Ca­li­for­nie, au dé­but des an­nées 70, d’ac­cé­der fa­ci­le­ment aux cla­viers élec­triques puis aux syn­thés. Ses pre­mières ma­chines : un Pro­phet-5 et un sé­quen­ceur Se­quen­tial Cir­cuits Mo­del 800. À sa sor­tie, il va exa­mi­ner le CMI Fair­light, mais le trouve dif­fi­cile à ap­pré­hen­der : « un grand cla­vier sans contrôles : tout se fai­sant à l’écran et à la sou­ris » . Au même mo­ment sort le Syn­cla­vier, qu’il trouve net­te­ment plus « user friend­ly ». Il se pro­cure alors un sys­tème com­plet, un gros in­ves­tis­se­ment (quelque 30 000 dol­lars !).

À l’époque, en 82/83, il pro­duit au moins un disque par an (après avoir si­gné chez At­lan­tic en 1975) et dé­pense ain­si énor­mé­ment dans les stu­dios. Il se confec­tionne un home-stu­dio, au­tour du Syn­cla­vier, et peut alors tout pré­pa­rer à l’avance, ce qui fait ga­gner du temps en ré­pé­ti­tion et en en­re­gis­tre­ment. Il peut ain­si en­voyer des par­ties de cla­viers aux mu­si­ciens afin que ceux-ci com­prennent vite de quoi il s’agit, no­tam­ment du point de vue du « style ». C’est au­près de Frank Zap­pa, et de Ken Scott, qu’il au­ra ap­pris les tech­niques de pro­duc­tion en stu­dio, le­quel Zap­pa pos­sé­dait de­puis long­temps un home-stu­dio très so­phis­ti­qué. À force de jouer des cla­viers, dans ses disques et sur scène, il va être re­con­nu par la pro­fes­sion comme un mu­si­cien de pointe en la ma­tière : un ar­ticle dans Key­boards le met­tant même sur un pied d’éga­li­té avec Jan Ham­mer ou Ed­die Job­son (du groupe UK). Très vite il constate que les up­grades sont hors de prix (3 000 dol­lars) et que ce­la va fi­nir par lui coû­ter une for­tune. Ar­ri­vé à 70 000 dol­lars, il se calme et ar­rête les frais. Cer­tains de ses amis, George Duke et Walter Afa­na­sieff (fa­meux pro­duc­teur ayant été le pia­niste dans son groupe), iront dé­pen­ser jus­qu’à 200 000 dol­lars ! Viennent alors les sam­pleurs Akai, qu’il va uti­li­ser sur scène, puis le Kurz­weil (K2500 Or­ches­tral ROM, qu’il pos­sède tou­jours) qui fi­ni­ra par rem­pla­cer l’énorme sys­tème Syn­cla­vier dans toutes les cir­cons­tances. Pour­tant, il lui ar­rive en­core d’uti­li­ser des sons qu’il avait concoc­tés sur son Syn­cla­vier.

Au­jourd’hui, si le vio­lo­niste a ra­len­ti le rythme des tour­nées, il n’en reste pas moins très ac­tif. Il a ré­cem­ment réa­li­sé un disque « acous­tique » où il cô­toie Biréli La­grène et Stan­ley Clarke (à la contre­basse) et à l’au­tomne sor­ti­ra un al­bum ( Bet­ter Late Than Ne­ver) du groupe qu’il a mon­té avec le chan­teur Jon An­der­son (an­cien­ne­ment de Yes) : l’An­der­son Pon­ty Band.

Mer­ci Mon­sieur Pon­ty pour vos « dons du son » ! Klaus Blas­quiz

Jean Luc Pon­ty, vio­lo­niste hors pair mais aus­si pro­duc­teur et joueur de cla­viers.

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