Alain Tar­let-Gau­teur La Rue, un lieu de ren­contre

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Com­ment pré­sen­ter l’es­pace scé­nique et cultu­rel de La Rue sans évo­quer les dix ans d’obs­ti­na­tion de son créa­teur : Alain Tar­let-Gau­teur ? Au bout du tun­nel, un lieu de ren­contres ar­tis­tiques, des spec­tacles de qua­li­té et de la gé­né­ro­si­té !

KR:Com­ment dé­fi­ni­riez-vous le con­cept de La Rue ? Un lieu cultu­rel ? Un ca­fé-théâtre ? Un ca­fé-concert ?

Alain Tar­let-Gau­teur : La Rue, c’est au­jourd’hui un peu toutes ces dé­fi­ni­tions à la fois, mais c’est avant tout une as­so­cia­tion de créa­teurs et d’ar­tistes. Un lieu de ren­contre avec le pu­blic. Un en­droit ori­gi­nal, cha­leu­reux et ma­gique où… il fait bon vivre et se dis­traire, tout en se culti­vant un peu plus qu’ailleurs… Vieux rêve des an­nées 70, l’idée a che­mi­né jus­qu’en 2003. Un vieil han­gar désaf­fec­té, un brin de fo­lie, une bonne dose d’op­ti­misme, de la per­sé­vé­rance, pas mal d’in­cons­cience et… dix an­nées plus tard, après bien des pro­blèmes avec les en­tre­prises, avec un nombre consé­quent de tra­cas­se­ries ad­mi­nis­tra­tives, La Rue a ob­te­nu ses au­to­ri­sa­tions d’ou­ver­ture le 25 sep­tembre 2013. Une autre aven­ture a com­men­cé, un autre tra­vail, un ap­pren­tis­sage pas­sion­nant mais dif­fi­cile… Ce n’est pas évident de gé­rer un centre cultu­rel ! C’est en­core pire quand il faut sans cesse ex­pli­quer, à des béo­tiens, que La Rue tourne avec peu de moyens et sans sub­ven­tions… Per­sonne ne com­prend que dans ce pays en crise, être à la fois un en­tre­pre­neur, un ar­tiste, un type dés­in­té­res­sé, voire un créa­teur de bon­heur… c’est un chal­lenge hors du temps. C’est irrationnel et in­com­pré­hen­sible pour la plu­part des gens. Pire, c’est, je le pense, to­ta­le­ment sur­réa­liste ! Et vous-même, Alain, plu­sieurs cordes pour un même arc ?

La Rue est un lieu qui m’ins­pire. Mon sou­hait d’être un ar­tiste, trop long­temps conte­nu par les exi­gences de la vie, par mon tra­vail, par ma fa­mille, s’est trans­for­mé à l’âge de la re­traite et, pen­dant les tra­vaux de La Rue, en une vé­ri­table bou­li­mie créa­trice. Un ro­man, des pein­tures, des sculp­tures, une pièce de théâtre, des cen­taines de pho­to­gra­phies… Un dé­fi, un dé­lire ? Je ne sais pas, mais qu’im­porte. Au­cun dé­sir de gloire ne m’ha­bite, au­cun rêve de fric, peut-être juste une en­vie in­com­men­su­rable de gé­rer ma vie à ma guise et… de la fi­nir, cer­tai­ne­ment, par là où, in­cons­ciem­ment, j’au­rais vrai­sem­bla­ble­ment ai­mé la com­men­cer. La Rue, un vieux rêve ja­mais éteint…

Il n’y a pas de rêve vé­ri­ta­ble­ment conscient. Il y a des envies, des pro­jets, des choix que l’on par­tage plus fa­ci­le­ment quand on est deux. Des choix de vie en­semble, des di­rec­tions, des obs­tacles à fran­chir, des joies à par­ta­ger… Il y a aus­si la chance ! La chance que vous at­tri­buent les autres n’a de réa­li­té que celle des ja­loux ou des en­vieux. La vraie chance tient en quelques formules simples : un couple qui s’aime, pas d’ac­ci­dent, pas de ma­la­die, une am­bi­tion rai­son­nable, une ca­pa­ci­té de tra­vail, une vo­lon­té. La Rue n’est qu’un pas­sage, une tranche de vie, l’abou­tis­se­ment d’un projet. Un projet réa­li­sé en at­ten­dant un autre projet, ce­lui qui s’in­si­nue dans votre tête et qui va bien­tôt ve­nir. Le temps qui passe, jus­qu’à l’ul­time projet… Ce­lui que, pro­ba­ble­ment, on n’ar­ri­ve­ra, mal­heu­reu­se­ment, pas à fi­nir… Le pas­sage à la réa­li­té, les contraintes tech­niques, le labyrinthe de la lé­gis­la­tion…

La lé­gis­la­tion fran­çaise s’est ter­ri­ble­ment com­pli­quée au fil des an­nées… En 1982, j’ai créé un centre de re­mise en forme près de Rouen – une autre fo­lie. Centre équestre, ten­nis, tir à l’arc, salles de gym­nas­tique, soins du corps, etc. Un em­prunt im­por­tant né­go­cié à un gui­chet du Cré­dit Agri­cole… Tout a

L’équipe avec, de gauche à droite, Ke­vin Ba­ba-Ali, Joan­na, Ca­the­rine et Alain Tar­let-Gau­teur.

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