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eu d’entre nous sont sans doute ca­pables de fre­don­ner une mu­sique de Ar­nold Schoen­berg, John Cage ou Pascal Du­sa­pin… Pour au­tant, la dé­marche créa­tive dont ont fait preuve les com­po­si­teurs dès le dé­but du XXe siècle s’ap­puie sur un constat tech­nique évident : avec le sys­tème to­nal, il de­vient dif­fi­cile de créer quelque chose qui soit mu­si­ca­le­ment et in­tel­lec­tuel­le­ment no­va­teur, tant ont été pous­sés au bout ses prin­cipes. C’est donc vers des so­lu­tions ori­gi­nales que se sont tour­nés les com­po­si­teurs, au risque par­fois de perdre tout lien avec leur au­di­toire… Vi­site dans les « méandres » de la com­po­si­tion mu­si­cale contem­po­raine…

Un mo­dèle à bout de course ?

Nous avons évo­qué dans un ré­cent ren­dez-vous la struc­ture « om­ni­pré­sente » de la ca­dence par­faite qui ponc­tue notre mu­sique de­puis le XVIe siècle de notre ère. Cette ca­dence (de­grés IV - V - I) est le fon­de­ment même de la no­tion de to­na­li­té sur la­quelle re­pose toute l’écri­ture… to­nale dans nos pays oc­ci­den­taux. Si la pré­vi­si­bi­li­té de la ca­dence est tout à fait in­té­res­sante pour l’ac­com­pa­gne­ment ins­tan­ta­né, on peut as­su­ré­ment en re­gret­ter l’ab­sence d’ori­gi­na­li­té har­mo­nique pour qui vou­drait com­po­ser « au­tre­ment »… Ain­si, entre la Re­nais­sance et la fin de la pé­riode ro­man­tique, les com­po­si­teurs ont-ils eu à coeur d’en­ri­chir ou de mo­di­fier l’al­lure de la ca­dence par­faite (fi­gures 1) pour ap­por­ter un « pe­tit plus » à leur créa­ti­vi­té, sans tou­te­fois sor­tir du sys­tème to­nal. Ce­pen­dant, tous les en­ri­chis­se­ments ont une li­mite, à par­tir du mo­ment où l’on s’ac­corde à conser­ver un mo­dèle qui ne s’ap­puie que sur les trois ac­cords « clés » et leur lo­gique d’en­chaî­ne­ment. À la fin du XIXe siècle et au dé­but du XXe, on ten­te­ra ain­si de trou­ver des so­lu­tions re­pous­sant tou­jours plus loin les li­mites : Wa­gner, Fau­ré ima­gi­ne­ront des en­chaî­ne­ments « ca­den­tiels » com­plexes et sor­tant de la lo­gique ini­tiale. Liszt ira, dès 1885, avec sa Ba­ga­telle sans to­na­li­té, « flir­ter » avec des modes d’écri­ture pré­fi­gu­rant les ex­pé­riences qui vien­dront, plus de vingt ans plus tard… De­bus­sy s’ap­puie­ra sur la « vogue » de l’exo­tisme asia­tique pour pro­po­ser une mu­sique ori­gi­nale, qua­li­fiée d’im­pres­sion­nisme : plus vrai­ment de mé­lo­die et de ca­dences, mais des « am­biances » res­tant to­nales, s’en éloi­gnant par­fois vers la po­ly­to­na­li­té (une par­tie dans une gamme, une autre dans une autre…). La « ten­dance » glo­bale de la plu­part des com­po­si­teurs des vingt pre­mières an­nées du siècle, tels Sa­tie, Mah­ler ou Bru­ck­ner, se­ra d’ex­ploi­ter la struc­ture de l’ac­cord par­fait, en­ri­chi au­tant qu’il est pos­sible, mais sans gar­der la lo­gique de l’en­chaî­ne­ment ca­den­tiel…

In­ven­ter un nou­veau mo­dèle…

Tou­te­fois, l’in­ven­ti­vi­té de cer­tains com­po­si­teurs fi­ni­ra par avoir be­soin d’un nou­veau lan­gage s’af­fran­chis­sant

La ca­dence par­faite : IV - V - I… … et la « va­riante » II m - V - I. La ca­dence pla­gale : I - IV - I. La ca­dence rom­pue ou évi­tée : IV - V - VIm (re­la­tif mi­neur du I).

La ca­dence « à l’ita­lienne » : IV - I - V - I. La ca­dence « wag­né­rienne » : IV - V - VIb (mo­du­la­tion).

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