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a France et ses mu­si­ciens non com­pé­ti­tifs

Con­trai­re­ment aux pays an­glo-saxons, la France ne dis­pose pas d’un tis­su éco­no­mique or­ga­ni­sé au­tour du monde de la pe­tite et moyenne scène. La rai­son est d’abord cultu­relle, nous sa­vons que les Fran­çais ne se rendent pas for­cé­ment en club après le tra­vail. Pas d’ar­gent qui rentre dans le cir­cuit, ab­sence d’ac­teur éco­no­mique ou si peu. À titre d’information, un groupe mé­con­nu qui signe dans une agence en Amé­rique du Nord joue­ra bien sou­vent jus­qu’à six dates par se­maine pour une ré­mu­né­ra­tion heb­do­ma­daire fixe, contrac­tuelle et dé­ter­mi­née bien à l’avance. Nous sommes loin des sommes lan­cées à la vo­lée entre deux verres de bière.

D’après Jean-Her­vé Michel, di­ri­geant de Nue­va On­da Pro­duc­tion (fi­gure 1), les tour­neurs sont te­nus de res­pec­ter une conven­tion syn­di­cale rat­ta­chée à la lé­gis­la­tion du Code du Tra­vail fran­çais. Elle in­clut le ver­se­ment à l’ar­tiste d’un mi­ni­mum syn­di­cal au pire lé­gal. Sauf que, con­trai­re­ment à d’autres pays qui res­pectent la réa­li­té éco­no­mique, un ar­tiste émer­geant ou confi­den­tiel ne se voit do­té d’au­cune ré­mu­né­ra­tion. Alors, en France ça se passe com­ment ? Eh bien, ce sont les tour­neurs/or­ga­ni­sa­teurs qui sup­portent d’abord cette si­tua­tion, ils sont certes ai­dés par les col­lec­ti­vi­tés lo­cales et les or­ga­nismes pro­fes­sion­nels, mais pas tou­jours.

L’ab­sence d'un tis­su éco­no­mique bien struc­tu­ré est aus­si une consé­quence du ré­gime de l’in­ter­mit­tence du spec­tacle qui dis­suade le mu­si­cien d’exer­cer un autre mé­tier, or, c’est le cas ailleurs. Du coup, c’est l’em­ployeur qui, à nou­veau, sup­porte à lui tout seul une ac­ti­vi­té dif­fi­ci­le­ment ren­table. Il est de no­to­rié­té pu­blique que les groupes fran­çais sont les plus chers d’Eu­rope à cause de ce­la. Ils sont aus­si les plus chers dans la lo­gis­tique de la tour­née. Tou­jours d’après Jean-Her­vé Michel, ils veulent en gé­né­ral se dé­pla­cer en

train et non en bus, ils exigent un ba­ck­line sur place et veulent dor­mir en single à l’hô­tel. Ré­sul­tat des courses, à ca­chet égal, ils coûtent deux fois plus cher qu’un groupe pro­ve­nant d’An­gle­terre et qui voyage en ca­mion, dort en twin à l’hô­tel et dis­pose de son propre ba­ck­line. La France a per­du son lea­der­ship pour cette rai­son, no­tam­ment dans la mu­sique du monde où l’on constate que tous les nou­veaux pro­jets se font do­ré­na­vant ailleurs. Les mu­si­ciens fran­çais de­vront faire des ef­forts à l’ave­nir sur cette ques­tion-là pour res­ter concur­ren­tiels au moins sur le plan eu­ro­péen.

L’as­so­cia­tif : l’équi­libre éco­no­mique avant tout

Pierre Mal­goire (fi­gure 2), pro­gram­ma­teur de concerts à Paris et en Île-de-France de­puis vingt ans, a tra­vaillé dans les mu­siques ac­tuelles et a contri­bué au dé­ve­lop­pe­ment de groupes lo­caux dans un marché as­so­cia­tif sou­vent aux jauges li­mi­tées ne dé­pas­sant pas 500 places. D’après lui, avant d’em­ployer un groupe, un or­ga­ni­sa­teur/pro­gram­ma­teur doit tou­jours exa­mi­ner le rap­port à l’éco­no­mie, à quoi cor­res­pond le coût du pla­teau ? Mais aus­si voir le type d’ex­po­si­tion que le groupe a dé­jà eu, in­ter­ro­ger d’autres or­ga­ni­sa­teurs, faire une en­quête, avoir lu des pa­piers, re­çu des re­tours, avoir l’im­pres­sion de per­sis­ter pour pro­gram­mer le groupe.

L’étape sui­vante est de mettre en pers­pec­tive le coût de la pro­gram­ma­tion et le retour sur in­ves­tis­se­ment. C’est en gé­né­ral le point d’équi­libre que l’on re­cherche même s’il n’est ja­mais at­teint dans 90 % des cas. Au pire on se rap­proche de la billet­te­rie. Mais voi­là, l’ar­gent, il faut en perdre le moins pos­sible si l’on veut per­sé­vé­rer dans une ac­ti­vi­té de dif­fu­sion im­por­tante. Que faut-il faire alors ? Faire en sorte que cha­cun fasse un ef­fort, sur­tout dans le cadre d’une salle de 500 places qui fi­nance 50 à 70 % de la pro­duc­tion du concert.

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