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omme le sou­ligne le phi­lo­sophe Ber­nard Stie­gler (fi­gure 1), an­cien di­rec­teur de l’Ina et de l’Ir­cam, fon­da­teur et pré­sident du groupe phi­lo­so­phique Ars In­dus­tria­lis et de l’IRI (Ins­ti­tut de Re­cherche et d’In­no­va­tion) et au­teur de L'emploi est mort, vive le tra­vail ! (fi­gure 2), nous sommes ac­tuel­le­ment pris dans une hy­per-crise hy­per-sys­té­mique dans la­quelle le ca­pi­ta­lisme consu­mé­riste, ba­sé sur une éco­no­mie de l’at­ten­tion, met tout en oeuvre pour cap­ter cette pré­cieuse at­ten­tion et la dé­truire. Dans la pers­pec­tive d’at­teindre les cer­veaux hu­mains, les so­cié­tés com­mer­ciales sous le contrôle des pu­bli­ci­taires cherchent par tous les moyens – à com­men­cer par la té­lé­vi­sion, les mé­dias, et au­jourd’hui in­ter­net – à contrô­ler notre porte-mon­naie en déshu­ma­ni­sant l’hu­ma­ni­té (voir « al­ler plus loin… ») .

Temps de cer­veau hu­main

En 2004, Pa­trick Le Lay, PDG de TF1, in­ter­ro­gé par­mi d’autres pa­trons dans le livre Les di­ri­geants face au chan­ge­ment (Édi­tions du Hui­tième Jour), dé­cla­rait : « Il y a beau­coup de fa­çons de par­ler de la té­lé­vi­sion. Mais dans une pers­pec­tive “bu­si­ness”, soyons réa­listes : à la base, le mé­tier de TF1, c’est d’ai­der Co­ca-Co­la, par exemple, à vendre son pro­duit (…). Or, pour qu’un mes­sage pu­bli­ci­taire soit per­çu, il faut que le cer­veau du té­lé­spec­ta­teur soit dis­po­nible. » Et de conti­nuer en ex­pli­quant : « Nos émis­sions ont pour vo­ca­tion de le rendre dis­po­nible : c’est-à-dire de le di­ver­tir, de le dé­tendre pour le pré­pa­rer entre deux mes­sages. Ce que nous ven­dons à Co­ca-Co­la, c’est du temps de cer­veau hu­main dis­po­nible (…). Rien n’est plus dif­fi­cile que d’ob­te­nir cette dis­po­ni­bi­li­té. C’est là que se trouve le chan­ge­ment per­ma­nent. Il faut cher­cher en per­ma­nence les pro­grammes qui marchent, suivre les modes, sur­fer sur les ten­dances, dans un contexte où l’in­for­ma­tion s’ac­cé­lère, se mul­ti­plie et se ba­na­lise. » Il est amu­sant de rap­pro­cher cette dé­cla­ra­tion de ce que ce même Mon­sieur Le Lay pro­met­tait en 1987 lors de son au­di­tion par le CSA pour dé­fendre la ces­sion du groupe TF1 au mar­chand de bé­ton Mar­tin Bouygues (voir « al­ler plus loin… ») (fi­gures 3). Cette ri­tour­nelle, les mu­si­ciens la connaissent bien. C’est aus­si celle des ma­jors et de nom­breux la­bels qui ap­pliquent les mêmes ou­trages à la mu­sique en la nor­ma­li­sant au point d’en faire un pro­duit Klee­nex, aus­si éphé­mère que les modes, es­comp­tant qu’elle se plie­ra aux at­tentes bou­li­miques de la so­cié­té mar­chande. Pour « sur­vivre de leur art », nombre d’ar­tistes choi­sissent, consciem­ment ou pas, l’au­to-cen­sure ou l’au­to-hyp­nose – sou­vent les deux –, es­pé­rant, trem­blants, cor­res­pondre aux at­tentes sup­po­sées du mar­ché.

La force de la mu­sique

Les rai­sons de l’uti­li­sa­tion de la mu­sique pour la pro­pa­gande ou la pu­bli­ci­té ont fait l’ob­jet de plu­sieurs thèses et la lit­té­ra­ture dans ce do­maine est abon­dante (fi­gure 4). Par exemple, il suf­fit de ta­per dans Google « mu­sique + pu­bli­ci­té » pour trou­ver mé­moires et fiches d’en­sei­gnants (voir « al­ler plus loin… ») . On nous y ex­plique l’im­por­tance ca­pi­tale de la mu­sique dans la re­la­tion pu­bli­ci­taire dans la me­sure où elle donne des in­for­ma­tions pa­ra­tex­tuelles et pa­ra-vi­suelles, à l’ins­tar des po­chettes de disque qui donnent une

Ber­nard Stie­gler.

Un peu de temps de cer­veau ?

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