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KR Home-Studio - - DÉCRYPTAGES FLASH‐BACK -

n ce dé­but de 1970, Mag­ma est tout neuf. Le groupe se pré­pare fié­vreu­se­ment en vue des séances d’en­re­gis­tre­ment de son pre­mier (double) al­bum, ses­sions qui au­ront lieu au stu­dio Eu­ro­pa So­nor, rue de la Gaîté, à Pa­ris. Nous avons ré­pé­té le pro­gramme, qui est ce­lui du concert, pen­dant des mois, et, si nous avons bien ma­quet­té la chose (en­re­gis­tre­ment à l’ar­rache d’une ré­pé­ti­tion, sur cas­sette), nous n’avons pré­vu au­cune ses­sion de pré-production. L’ordre des mor­ceaux sur le disque ? Ce­lui du concert. Les ar­ran­ge­ments ? Ceux de scène. Le son ? Euh, peut-on faire autre chose que de res­ti­tuer au mieux ce­lui du groupe ? Nous sommes en­core à l’époque où l’on en­re­gistre ce qui est joué sur scène, ni plus ni moins, et où la réa­li­sa­tion d’un disque est l’af­faire de pro­fes­sion­nels. Rap­pe­lez-vous : avant les Fab Four, les ar­tistes et mu­si­ciens ne sont pas au­to­ri­sés à pé­né­trer dans la ca­bine, qui a le sta­tut de la­bo­ra­toire scien­ti­fique et où les pro­fes­sion­nels sont par­fois en­core en blouse blanche. Seuls les spé­cia­listes, les tech­ni­ciens et le pro­duc­teur (di­rec­teur ar­tis­tique) y ont ac­cès. Comme notre ma­quette n’est ni édi­table ni mixable, nous n’avons qu’une vague idée de ce que l’on pour­rait « pro­duire », et a for­tio­ri pré-pro­duire. Quand nous ar­ri­vons en stu­dio (nous y en­trons comme on entre dans les ordres), nous ap­pre­nons – et l’in­gé­nieur du son Ro­ger Roche tente d’em­blée de dé­mys­ti­fier la chose – que nous dis­po­se­rons d’un mul­ti­piste (8 tracks !) : quel luxe ! Ce­la nous per­met­tra de sé­pa­rer les ins­tru­ments, et sec­tions d’ins­tru­ments, afin de mixer en post-production et non à la prise, comme c’est alors l’usage. Et sur­tout de faire des re-re, des re-re­cor­dings (en fran­çais !) et autres over­dubs (an­glais). On pour­ra ain­si en­re­gis­trer des cuivres, des voix et des so­los té­moins, à la prise, quand le groupe au com­plet joue en di­rect, en temps réel, et les rem­pla­cer, éven­tuel­le­ment, ou les dou­bler (dub) après coup, en temps dif­fé­ré. Un exer­cice que la plu­part d’entre nous n’avions ja­mais pra­ti­qué, même si la méthode nous est connue, que nous al­lons donc ex­pé­ri­men­ter pour la pre­mière fois. J’ai le (vague) sou­ve­nir que la ma­jo­ri­té des mi­cros, sauf cer­tains sur la bat­te­rie, sont des élec­tro­sta­tiques à conden­sa­teur (Neu­mann U 87 ?) et que la « sec­tion de cuivres », deux saxo­phones et une trom­pette, est prise en mo­no, sur une piste, même si cha­cun a son mi­cro. La bat­te­rie est ré­par­tie sur deux pistes et le pia­no, acous­tique, est en mo­no. L’in­gé­nieur du son est un peu sur­pris par le ni­veau so­nore dé­ve­lop­pé par la bat­te­rie d’un cô­té (Ch­ris­tian Van­der : pe­tite bat­te­rie mais gros son) et par les am­plis basse, gui­tare et pia­no élec­trique (l’un des pre­miers Rhodes ja­mais im­por­tés en France) de l’autre. Ces am­plis sont des MI 60 (pro­to­types ?) réa­li­sés, comme notre so­no d’alors, par Mu­sique In­dus­trie à Tours, nou­veau construc­teur is­su

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