De­nez Prigent au­teur, com­po­si­teur, in­ter­prète

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De­nez Prigent n’est plus à pré­sen­ter ! Chan­teur, au­teur, com­po­si­teur, ce grand ar­tiste bre­ton, telle une bal­lade cel­tique, nous conte et nous ra­conte l’âme de son mé­tier où l’homme et l’ar­tiste ne font qu’un.

KR:À l’ori­gine était le verbe… De­nez Prigent : Le chant m’a tou­jours ac­com­pa­gné et je n’ai sui­vi au­cune for­ma­tion spé­ci­fique pour l’ap­prendre. Pa­ral­lè­le­ment à mes études, je chan­tais du « Kan Ha Dis­kan » – chant à ré­pondre tra­di­tion­nel – dans des « Fes­toù Noz » – fêtes de nuit où les gens dansent au rythme des chan­teurs, son­neurs en couple ou autres for­ma­tions mu­si­cales. Je chan­tais éga­le­ment a cap­pel­la dans des fes­ti­vals axés prin­ci­pa­le­ment sur les voix – chant li­tur­gique, chant du monde – en France et à l’étran­ger : Al­le­magne, Qué­bec, Rou­ma­nie, Por­tu­gal, Suisse. Votre mé­tier d’ar­tiste ?

C’est un mé­tier dif­fi­cile, contrai­re­ment aux ap­pa­rences. Il n’y a pas d’ho­raires comme dans tout autre mé­tier. On y consacre pour ain­si dire tout son temps. Il n’est pas rare par exemple que je me lève en pleine nuit pour no­ter une idée, écrire des pa­roles, en­re­gis­trer une mé­lo­die qui me vient à l’es­prit. Le mé­tier de chan­teur est plus exi­geant en­core que ce­lui d’ins­tru­men­tiste, car les chan­teurs portent en eux leur « ins­tru­ment » avec toutes les contraintes que ce­la im­plique. Il faut constam­ment faire at­ten­tion aux cou­rants d’air, aux chan­ge­ments de tem­pé­ra­ture, à l’air condi­tion­né, aux épi­dé­mies, à ne pas trop par­ler avant les concerts pour « éco­no­mi­ser » sa voix ou après pour ne pas la fa­ti­guer et ce­la sans en faire une ob­ses­sion pour ne pas rendre la vie im­pos­sible. En fait, je pense que chan­ter reste avant tout une vo­ca­tion, par­fois même peut-être un sa­cer­doce. Son évo­lu­tion…

Cette pro­fes­sion a beau­coup chan­gé de­puis mes dé­buts. Ce mé­tier pou­vant en­gen­drer beau­coup d’ar­gent, il est de­ve­nu la proie du mar­ché et la mu­sique y est de plus en plus for­ma­tée, pas­teu­ri­sée, sans sa­veur ni ori­gi­na­li­té. La plu­part des ra­dios vivent de la pu­bli­ci­té et cer­taines d’entre elles n’hé­sitent pas à pro­duire elles-mêmes les « mu­siques » qu’elles dif­fusent. À l’ex­cep­tion de cer­tains mé­dias qui « ré­sistent » en­core, la mu­sique dans tout ce qu’elle a d’ar­tis­tique fi­nit par ne plus y avoir de place. Ce­la est d’au­tant plus dif­fi­cile pour moi chan­tant dans une langue mar­gi­na­li­sée. Il y a au­jourd’hui de moins en moins de sup­ports pour s'ex­pri­mer, phé­no­mène d’au­tant plus éton­nant dans un monde qui pré­tend être de plus en plus ou­vert… Dix ans de re­cul…

On vit dans un monde dans le­quel on de­mande constam­ment de l’ac­tua­li­té aux mu­si­ciens – concerts, disques, clips. Il est donc im­por­tant à mon sens de prendre d’au­tant plus son temps dans un monde qui vous de­mande d’al­ler tou­jours plus vite. Sans lais­ser pour au­tant les concerts de cô­té, je n’ai pas en­re­gis­tré d’al­bums pen­dant plus de dix ans, don­nant la prio­ri­té à la com­po­si­tion, car j’ai été pris dans un cou­rant in­in­ter­rom­pu d’ins­pi­ra­tion pen­dant toute cette pé­riode gwerz sur gwerz et com­po­sant par­fois même la nuit ( gwerz : chant dra­ma­tique de Basse‐ Bre­tagne). Au fi­nal, j’ai écrit plus d’une cen­taine de chants – en­vi­ron 50 000 vers. Au­jourd’hui, après avoir fi­ni, je me sens l’es­prit plus libre pour me lan­cer dans de nou­velles ex­pé­riences comme cette ren­contre ré­cente no­tam­ment avec le hip hop.

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