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e son et la mu­sique semblent tou­jours avoir été as­so­ciés à la guerre. De nom­breux ré­cits my­thiques fon­da­teurs, qui nour­rissent l’in­cons­cient col­lec­tif de l’hu­ma­ni­té, font état des cris fa­rouches des guer­riers, du hur­le­ment des cors et des trom­pettes, du gron­de­ment tel­lu­rique des tam­bours de guerre, du fra­cas des épées sur les bou­cliers qui pré­cèdent ou par­ti­cipent à la des­truc­tion de l’en­ne­mi. C’est ain­si que, se­lon la Bible, fut dé­truite la ville de Jé­ri­cho (fi­gure 1) : « Le peuple pous­sa des cris, et les sa­cri­fi­ca­teurs son­nèrent des trom­pettes. Lorsque le peuple en­ten­dit le son de la trom­pette, il pous­sa de grands cris, et la mu­raille s’écrou­la ; le peuple mon­ta dans la ville, cha­cun de­vant soi. Ils s’em­pa­rèrent de la ville. » (Jo­sué 6:20)

Ins­tru­ments de guerre

Les ar­chéo­logues et les scien­ti­fiques at­testent de l’an­cien­ne­té de l’usage du son pour ter­ro­ri­ser l’en­ne­mi. Ce­lui qui a dé­jà ex­pé­ri­men­té l’ap­proche d’une troupe de guer­riers dans la brume, pré­cé­dée par le son des tam­bours et du car­nyx (fi­gure 2), com­prend dans son corps la peur que pou­vaient éprou­ver les en­ne­mis des celtes, à l’âge de fer (du VIIIe au Ier siècle avant J-C). Un sen­ti­ment que l’on re­trouve au­jourd’hui dans les dé­fi­lés de « Pipes and Drums » mi­li­taires écos­sais. Uti­li­sés à la fois pour ef­frayer l’en­ne­mi et pour me­ner les troupes, les cuivres, les tam­bours et les voix (fi­gure 3) consti­tuent la base de toute mu­sique de guerre. Ce sont des ins­tru­ments so­nores qui portent loin, fa­ciles à dé­pla­cer, ro­bustes, ne crai­gnant pas les in­tem­pé­ries, dont on peut jouer en mar­chant. Tous ces élé­ments sont sys­té­ma­ti­que­ment re­pris dans les mu­siques de films de guerre ou d’épo­pées, lors des com­bats, toutes époques confon­dues. De 300 à Star Wars en pas­sant par Le Sei­gneur des An­neaux, on en­tend ces ins­tru­ments, et bien sou­vent on les voit à l’écran sous une forme ou une autre. Avec beau­coup d’humour et de sauvagerie, George Miller offre dans Mad Max : Fu­ry Road une re­lec­ture de ces mu­siques de com­bat : le Doof War­rior, un gui­tar-he­ro aveugle har­na­ché par des câbles élas­tiques sur un char sur­mon­té d’un mur d’am­plis, mène la horde en vio­len­tant sa gui­tare élec­trique à double manche qui fait aus­si of­fice de lance-flammes, ac­com­pa­gné par un en­semble de tam­bours de guerre (fi­gure 4).

Mu­sique et ter­reur

Au cours des siècles, l’uti­li­sa­tion de la mu­sique à des fins bel­li­queuses a pris de l’am­pleur. Elle s’est in­dus­tria­li­sée, par­ti­cu­liè­re­ment de­puis la se­conde guerre mon­diale, de part et d’autre de l’At­lan­tique. Adolf Hit­ler, qui veut cen­tra­li­ser le pou­voir et les pen­sées, nomme en 1933 Goeb­bels mi­nistre de la pro­pa­gande et de l’in­for­ma­tion du peuple. L’en­semble des arts, dont la mu­sique, est re­grou­pé dans la « chambre de culture » du Reich. Pour com­po­ser ou pu­blier une oeuvre, un com­po­si­teur a l’obli­ga­tion d’être membre de la chambre. Se ser­vant du gé­nie des com­po­si­teurs al­le­mands, comme Bach ou Wa­gner, Hit­ler se met en scène ( La Che­vau­chée des Wal­ky­ries, pour sa puis­sance mu­si­cale et sa sym­bo­lique, ac­com­pagne sou­vent les cé­ré­mo­nies), sou­hai­tant ain­si dé­mon­trer la su­pré­ma­tie de l’Al­le­magne, y com­pris dans le monde mu­si­cal. Une cé­lèbre af­fiche tou­ris­tique de Lo­thar Hei­ne­man de 1938 s’in­ti­tu­lant « Deut­schland, das Land der Mu­sik » (L’Al­le­magne, le pays de la mu­sique) donne à voir un aigle na­zi dont les ailes ou­vertes forment les tuyaux d’un orgue (fi­gure 5).

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