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D’où t’est ve­nu ce nom de « Cous­cous Clan » ?

Ra­chid Ta­ha : La formule cous­cous, oh la la… je vais te ra­con­ter pour­quoi ! Un jour, on m’a po­sé plein de ques­tions au­tour de « com­ment tu peux dé­fi­nir ta mu­sique ? » et j’ai ré­pon­du « écou­tez, y’a que ceux qui ont man­gé du cous­cous qui peuvent la com­prendre ! ». Quelque temps plus tard dans une émis­sion sur les dé­jan­tés du rock, je tombe sur Frank Zap­pa à qui on pose la même ques­tion et qui fait une ré­ponse qua­si iden­tique. En cher­chant alors pour­quoi il avait dit ça, je me suis ren­du compte qu’il était en par­tie d’ori­gine si­ci­lienne par ses grands-pa­rents et, dans le vil­lage de San Vi­to Lo Ca­po, qui est si­tué au nord-ouest de l’île, il existe un fes­ti­val de cous­cous or­ga­ni­sé tous les ans en sep­tembre et qui a un im­mense suc­cès. L’an­née der­nière ce sont les Bré­si­liens qui l’ont ga­gné, avant c’étaient les Sé­né­ga­lais. Ça dure une se­maine et j’es­père le faire l’an­née pro­chaine. Et la formule ?

Je vou­lais mon­ter un groupe avec le chan­teur Ro­dolphe Bur­ger avec qui j’ai une com­pli­ci­té forte et ten­ter une en­tente mu­si­cale entre le raï et le rock à par­tir de clas­siques, comme « Rock La Cas­bah » re­pris des Clash. Au dé­part le groupe était clan­des­tin et vé­cu un peu comme un gag. Le cous­cous est le plat pré­fé­ré des Fran­çais, mais il se trouve qu’il y a une conso­nance as­sez proche entre le Ku Klux Klan du Ten­nes­see et le Cous­cous Clan d’ici ! On a com­men­cé par des lieux un peu in­so­lites, pas for­cé­ment adap­tés au pu­blic, comme le toit du théâtre Vi­dy à Lau­sanne en 2014. Avant les concerts, on pro­je­tait aus­si des sco­pi­tones, ces juke-boxes qui dif­fusent des clips des an­nées 70 sur des ve­dettes de l’im­mi­gra­tion et ajoutent la di­men­sion de l’image à la mu­sique. Dans le Cous­cous Clan, cha­cun d’entre nous pos­sède un peu sa formule, car on a en fait deux groupes avec quatre/cinq mu­si­ciens dont évi­dem­ment Ha­kim Ha­ma­douche qui m’ac­com­pagne au oud et de temps en temps on in­vite aus­si une star. Ton ami­tié avec Ro­dolphe Bur­ger ne date pas d’hier ?

Ce qui est fou c’est qu’on s’est re­trou­vé dans la même ville en Al­sace sans ja­mais se ren­con­trer. J’ai dé­bar­qué un 25 fé­vrier à Sainte-Ma­rie-aux-Mines quand je suis ar­ri­vé d’Al­gé­rie vers l’âge de 11 ans et on a cer­tai­ne­ment dû se croi­ser sans le sa­voir. C’est plus tard qu’a eu lieu notre ren­contre phy­sique à Pa­ris, grâce à un ma­na­ger qu’on avait en com­mun, plu­tôt d’ailleurs un ami com­mun qui s’ap­pe­lait Ber­nard Meyet et a été le pro­duc­teur de Carte De Sé­jour (pre­mier groupe de Ra­chid – NdlR) avant de s’oc­cu­per du la­bel Al­ti­tude qui a si­gné Ro­dolphe avec son groupe Kat Ono­ma. Quand Ro­dolphe a créé le fes­ti­val « C’est Dans La Val­lée » à Sainte-Ma­rie, il m’a tout de suite in­vi­té et j’y suis re­tour­né plu­sieurs fois. Un des pre­miers concerts du Cous­cous Clan a d’ailleurs eu lieu là-bas dans le bar « Chez Med­hi » où on a réuni toute la fa­mille avec mon fils et la mère de Ro­dolphe jus­qu’à 3 h du mat’… un mo­ment inou­bliable ! À pro­pos, ça te fait quoi d’avoir un fils qui fait de l’élec­tro (Clyde P) ?

Mon fils est tom­bé dans la mu­sique quand il était tout pe­tit et m’a sui­vi en tour­née très jeune. Il a com­men­cé par le rap avec le crâne ra­sé en étant très fan d’IAM et main­te­nant il a les che­veux longs et est pas­sé der­rière les pla­tines, mais je suis content qu’il fasse ce qu’il aime. Est-ce que Cous­cous Clan pour­rait dé­bou­cher un jour sur un al­bum ?

Ça se­rait bien, mais je pense que ce pro­jet se prê­te­rait mieux à un al­bum en live. Par rap­port au cli­mat am­biant, n’as-tu pas l’im­pres­sion par­fois d’avoir été un pré­cur­seur ?

Ma pre­mière chan­son « Zou­bi­da », qui date de 1982, par­lait dé­jà de la condi­tion fé­mi­nine dans l’is­lam au tra­vers de l’his­toire d’une ado­les­cente que ses pa­rents veulent ma­rier de force et qui fi­nit par se don­ner la mort. Il faut net­toyer de­vant sa porte avant de cri­ti­quer les autres, ça a tou­jours été ma po­li­tique ! Fran­çois Bou­che­ry

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