Y

KR Home-Studio - - VINTAGE -

an­nick Da­niel, alias An­to­nin Art Haut (fi­gure 1) : « Lors d’une ba­lade noc­turne, la veille des en­com­brants, ap­pa­raît une On­dio­line sur un trot­toir. Quelle sur­prise ! Ar­ri­vé chez moi, me voi­là tout feu tout flamme, je la branche, pose mes doigts des­sus et c’est le choc… élec­trique ! Un bon coup de 220 V ! Ce fris­son me pousse à m’in­té­res­ser à l’ins­tru­ment et j’écume bro­cantes et autres foires pour trou­ver fi­na­le­ment celle dont j’ai fait don au mu­sée. »

Le do­na­teur, qui « fri­cote » avec la mu­sique de­puis son en­fance, se pré­sente un jour au­près d’un groupe cher­chant un gui­ta­riste, lui qui ne sait pas jouer de gui­tare, et en de­vient quand même le… bas­siste. Après le punk, il tombe dans le jazz rock, quand il écoute Me­kanïk Des­truktïw Kom­mandöh de Mag­ma, puis dans le jazz : « À la dé­cou­verte des sons, que je pen­sais dis­so­nants, de Char­lie Par­ker ou de Col­trane… » Au fil des ans, il prend des dé­ci­sions dras­tiques, du genre : chan­ger de flûte (il en pos­sède au­jourd’hui plus de 80 !), s’ache­ter un pia­no, chan­ger de basse (il passe d’une Höf­ner JJ Bass à une Ku­bi­cki (fi­gure 2), mais s’équipe aus­si d’une Mu­si­cian, d’une gui­tare Van­tage, d’une acous­tique Epi­phone et d’une Vi­gier Pas­sion), se pro­cu­rer une contre­basse (fi­gure 2) et un am­pli SR Tech­no­lo­gy, tout en col­lec­tion­nant les mé­lo­di­cas (25 à ce jour). Il ac­com­pagne ponc­tuel­le­ment les chan­teurs Dave et Hugues Au­fray, puis in­tègre l’équipe de MG Concept, un concur­rent de La Bou­tique du Spec­tacle…

Marche à l’onde

L’On­dio­line (fi­gure 3) dont il fait don au mu­sée est la ver­sion sans meuble, sans haut-par­leur et sans ge­nouillère, d’un ins­tru­ment réa­li­sé par le Fran­çais Georges Jen­ny au dé­but de la se­conde guerre mon­diale (pro­to­type en 1938) (fi­gure 1). Comme pour les Ondes Mar­te­not, tout le cir­cuit élec­tro­nique en est à tubes et l’on y trouve un ru­ban (tresse mé­tal­lique), même si ce der­nier n’a pas la même fonc­tion (per­cus­sions et non pitch). Le cla­vier de l’On­dio­line est sus­pen­du sur des res­sorts spé­ciaux, ce qui per­met de gé­né­rer un vi­bra­to très na­tu­rel. De plus, il est sen­sible à la pres­sion et l’on dis­pose d’une ge­nouillère fai­sant of­fice de pé­dale de vo­lume.

Si l’os­cil­la­teur Mar­te­not est ba­sé sur ce­lui du the­re­min (deux ul­tra-hautes fré­quences pro­dui­sant une troi­sième fré­quence au­dible), l’On­dio­line uti­lise un os­cil­la­teur mul­ti­vi­bra­teur. Les sons ob­te­nus sont ain­si plus riches et plus divers que sur le Mar­te­not. La ma­chine étant par ailleurs plus pe­tite, plus trans­por­table et moins oné­reuse. Le pre­mier ar­tiste ayant uti­li­sé une On­dio­line sur un en­re­gis­tre­ment est un cer­tain Charles Tre­net (« L’Âme Des Poètes » : énorme suc­cès en 1951) et le tout jeune ins­tru­men­tiste, qui de­vien­dra fa­meux par la suite, n’y est autre que Jean-Jacques Per­rey.

Poi­gnée de sur­vi­vants

L’ins­tru­ment, avec sa so­no­ri­té si par­ti­cu­lière, se ré­pand dans le monde en­tier. On peut l’en­tendre dans quan­ti­té de mu­siques de films, no­tam­ment d’hor­reur ou de pé­plums ( Spar­ta­cus), mais aus­si sur des disques comme ceux de Kai Win­ding ( More, en 1963). On a long­temps cru que le « ou­wi­hou » du « Good Vi­bra­tions » des Beach Boys était gé­né­ré par une On­dio­line, ou des Ondes Mar­te­not, mais en fait c’est un Tan­ne­rin qui est joué, une sorte d’elec­tro-the­re­min in­ven­tée par Paul Tan­ner et réa­li­sée par Bob Whit­sell en 1958.

Pour­tant, mal­gré ce re­la­tif suc­cès, moins de 700 exem­plaires se­ront fa­bri­qués, et donc ven­dus, prin­ci­pa­le­ment en Eu­rope, et l’on es­time qu’une poi­gnée seule­ment d’On­dio­line a sur­vé­cu, dont les deux de Mu­sé­lec et ce­lui de son do­na­teur.

Mer­ci Mon­sieur An­to­nin Art Haut pour vos « dons du son » !

Klaus Blas­quiz

Une On­dio­line en ver­sion meuble, avec en­ceinte acous­tique, dont Mu­sé­lec pos­sède un exem­plaire tout comme le do­na­teur Da­niel. La splen­dide Ku­bi­cki et l’im­po­sante contre­basse du sieur Da­niel : à la base d’une col­lec­tion gran­dis­sant chaque jour.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.