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u’est-ce qui pousse un com­po­si­teur à écrire une oeuvre né­ces­si­tant des cen­taines ou des mil­liers d’in­ter­prètes ? Pour­quoi Hans Zim­mer a-t-il be­soin de douze bat­teurs pour la BO de Man of Steel (fi­gure 1) ? Pour­quoi la cho­rale Ang Da­ting Daan a-t-elle ras­sem­blé 8 688 chan­teurs pour battre le Guin­ness World Re­cord de 2015 ? Si ces dif­fé­rentes ques­tions sus­ci­te­ront cer­tai­ne­ment plu­sieurs ré­ponses cha­cune, force est de consta­ter que le « tou­jours plus », ca­rac­té­ris­tique de l’évo­lu­tion ac­tuelle de nos so­cié­tés oc­ci­den­tales, se re­trouve aus­si dans l’or­ches­tra­tion des mu­siques de film, comme fi­na­le­ment dans tous les arts. Comme l’a fait re­mar­quer Phi­lippe De­clerck dans un ar­ticle in­ti­tu­lé « Le gi­gan­tisme de la taille des oeuvres ! Ou l’his­toire de la gre­nouille qui veut se faire aus­si grosse que le boeuf ! », la taille moyenne des sur­faces des oeuvres ache­tées en salles des ventes est pas­sée de 3 m2 pour les peintres nés entre 1880 et 1900 à 11 m2 pour ceux nés après 1940. Et ce, en at­tei­gnant des re­cords ex­cep­tion­nels, comme Ch­ris­to (fi­gure 2) qui avec Run­ning Fence (1976) pose une bar­rière de tis­su de 5,5 m de haut et de 40 km de long, éri­gée en Ca­li­for­nie !

Size mat­ters

Tout le monde le sait sans for­cé­ment l’avouer, mais la taille, ça compte (aus­si). Tout comme la du­rée. Mais dans cet ar­ticle, nous nous concen­tre­rons sur la taille des for­ma­tions plus que sur la du­rée des oeuvres. Donc, si l’on re­prend l’évo­lu­tion, non plus de la taille des ta­bleaux, mais de celle des or­chestres de­puis la fin du XIXe siècle, le pa­ral­lèle est frap­pant. Ain­si, alors que l’or­chestre mo­zar­tien né­ces­si­tait une cin­quan­taine de mu­si­ciens à la fin du XVIIIe siècle, Bee­tho­ven en 1824 dans sa Sym­pho­nie n°9 ré­clame 80 mu­si­ciens plus quatre chan­teurs so­listes et des choeurs, soit en moyenne plus de 150 in­ter­prètes ! Treize ans plus tard en 1837, Ber­lioz pour son Re­quiem écrit : « Si la place le per­met, il faut dou­bler ou tri­pler le nombre de voix et aug­men­ter le nombre d’ins­tru­ments dans les mêmes pro­por­tions. » C’est ain­si que lors de la créa­tion à l’église des In­va­lides, 400 mu­si­ciens et chan­teurs étaient ras­sem­blés dans la nef. Le Tu­ba Mi­rum dé­chaî­nait « l’ex­plo­sion for­mi­dable » de quatre or­chestres de cuivres dis­po­sés aux quatre coins de l’or­chestre prin­ci­pal, avec deux grosses caisses, huit paires de tim­bales, dix paires de cym­bales et quatre tam-tams ! Les post-ro­man­tiques n’hé­sitent pas à dé­pas­ser leurs aî­nés. Mah­ler, en 1910, pour la pre­mière re­pré­sen­ta­tion de la Sym­pho­nie n°8, avait convo­qué huit so­listes, un choeur de 850 chan­teurs (com­pre­nant 350 en­fants) et un or­chestre de 171 ins­tru­ments (dont 84 cordes). Soit un to­tal de 1 029 exé­cu­tants ! Pour cette rai­son, son im­pre­sa­rio mu­ni­chois Emil Gut­mann sur­nom­ma l’oeuvre Sym­pho­nie des Mille, dé­no­mi­na­tion qui per­dure. Un pro­cé­dé pu­bli­ci­taire ba­sique qui fit dire à Mah­ler, aper­ce­vant sur les tram­ways les af­fiches rouges sur les­quelles son nom était écrit en ca­rac­tères énormes : « J’ai honte ! »

Mar­ke­ting

Oui, nul doute que le mar­ke­ting, le buzz, la pub – peu im­porte le nom – poussent à cher­cher des ar­gu­ments tri­viaux pour faire par­ler d’un ar­tiste et de son oeuvre. Si l’on re­prend le cas de Hans Zim­mer qui, pour com­po­ser la mu­sique de Man of Steel, fait ap­pel à un or­chestre de pe­dal-steel gui­tars, plus un en­semble de douze bat­te­ries, au­cun doute que la stra­té­gie de com­mu­ni­ca­tion a un rap­port avec le su­jet. Com­mu­ni­ca­tion entre com­po­si­teur et réa­li­sa­teur : les réa­li­sa­teurs aiment être choyés, voire flat­tés. Pro­mo­tion pour le film. Pro­mo du com­po­si­teur. Bien en­ten­du, les ar­gu­ments ar­tis­tiques sont là. Pour des su­per-hé­ros, il faut des su­per sons, et l’ar­tiste trou­vait qu’une seule bat­te­rie son­nait « chee­sy ». Mais il suf­fit de lire com­ment le Hol­ly­wood

Ch­ris­to

Ber­lioz voit grand…

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