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es ré­centes pro­po­si­tions du Mi­nis­tère de l’Édu­ca­tion Na­tio­nale de sim­pli­fier l’or­tho­graphe ont ému les ama­teurs de belles phrases at­ta­chés à une langue qui, si cha­cun s’ac­corde à en re­con­naître la com­plexi­té, a aus­si por­té des chefs-d’oeuvre de la lit­té­ra­ture que le monde en­tier nous en­vie. Si les écri­tures « abré­gées » ou… té­lé­gra­phiques, pour ne pas dire… de type SMS, peuvent trou­ver leur place – après tout, l’an­glais y a re­cours de­puis bien long­temps –, est-il vrai­ment per­ti­nent de dé­ci­der d’une sim­pli­fi­ca­tion de l’écrit ? Dans le même es­prit, pour­rait-on ima­gi­ner, puisque la sim­pli­fi­ca­tion et la sup­pres­sion de l’ef­fort semblent être la « ten­dance édu­ca­tive » du mo­ment, qu’il pour­rait un jour ve­nir à l’idée de nos édiles de sim­pli­fier la « gram­maire mu­si­cale » ? Pe­tits rap­pels his­to­riques sur le code mu­si­cal…

De la dif­fi­cul­té de construire un sys­tème co­hé­rent

Comme l’écri­ture de textes, l’écri­ture mu­si­cale mo­derne n’a at­teint une re­la­tive sta­bi­li­té qu’après un long temps de « ma­tu­ra­tion » ; il lui au­ra en ef­fet fal­lu pas loin de dix siècles pour at­teindre la forme que nous lui connais­sons au­jourd’hui. Les pre­mières no­ta­tions qui ont pu être iden­ti­fiées sur des ta­blettes en terre cuite trou­vées en Sy­rie datent du XIVe siècle avant Jé­sus-Ch­rist, l’Égypte an­tique ne pas­se­ra pas à cô­té de cette ini­tia­tive, et cinq siècles avant notre ère, on trouve aus­si en Grèce les pre­mières traces d’une écri­ture mu­si­cale al­pha­bé­tique qui se­ra en usage, au moins par­tiel­le­ment, jus­qu’au IXe siècle, en plein Moyen-Âge… Pour­quoi « s’em­bê­ter » à écrire la mu­sique, art du temps réel s’il en est ? Pour les mêmes rai­sons que l’écri­ture des lettres et des mots : pour au­then­ti­fier une struc­ture mé­lo­dique, ai­der son ap­pren­tis­sage, pal­lier toute po­ten­tielle dé­faillance de la mé­moire des per­sonnes char­gées d’en as­su­rer la trans­mis­sion et la dif­fu­sion. Dans notre Eu­rope occidentale, la mu­sique est de­ve­nue à par­tir du Ve siècle un vec­teur de com­mu­ni­ca­tion et d’iden­ti­fi­ca­tion à la fois cultu­rel, social et po­li­tique qui né­ces­si­tait une struc­tu­ra­tion pré­cise de son co­dage…

Adap­ter l’écri­ture aux be­soins

Lorsque l’on com­mence à co­der la mu­sique dans les mo­nas­tères, les be­soins sont ru­di­men­taires : il s’agit de rap­pe­ler des in­flexions mu­si­cales (mon­tantes, des­cen­dantes…) utiles à la res­ti­tu­tion d’une oeuvre chan­tée à l’usage du culte. Les no­tions de dia­pa­son, de tem­po et de rythme sont alors né­gli­gées, puis­qu’on ne parle pas de po­ly­pho­nie et que la seule ex­pres­sion mu­si­cale qui soit no­tée est le chant… Il est d’ailleurs à no­ter que l’écri­ture de la mu­sique « pro­fane », sans doute moins for­melle, ne se gé­né­ra­li­se­ra que bien plus tard, quand le sys­tème de no­ta­tion mu­si­cale au­ra évo­lué ! Les neumes (fi­gures 1 & 2) uti­li­sés jus­qu’au XIe siècle de notre ère s’ins­crivent ain­si au-des­sus du texte et dé­ter­minent les in­flexions vo­cales, par­fois (à par­tir du Xe siècle) au­tour d’une ligne de ré­fé­rence, puis d’une por­tée de deux et en­fin de quatre lignes où les notes (car­rées) noires (fi­gure 3), sim­pli­fiant consi­dé­ra­ble­ment l’écri­ture, prennent en­fin leur place à la fin du XIIe siècle. Ce n’est qu’à par­tir du XVe siècle que l’écri­ture pour un ins­tru­ment so­liste, quit­tant en­fin son

Exemple de no­ta­tion en neumes du Xe siècle (no­ta­tion mes­sine). On note au‐des­sus du texte les in­di­ca­tions « mé­lo­diques » du chant.

Exemple de no­ta­tion en neumes du XIe siècle conser­vé à St‐Mar­tial

de Li­moges. On pré­cise dé­jà da­van­tage le phra­sé et l’in­flexion du texte, mais les in­ter­valles res­tent

in­dé­fi­nis…

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