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après de nom­breux scien­ti­fiques, l’ouïe est un des sens qui nous ac­com­pagnent le plus long­temps dans notre exis­tence. Sauf ac­ci­dent, ou mal­for­ma­tion, c’est une ex­pé­rience que nous par­ta­geons tous : nous en­ten­dons le monde dans le ventre de notre mère bien avant d’être en me­sure de le voir. Nous conti­nuons d’en­tendre dans l’obs­cu­ri­té et même pen­dant notre som­meil. Nous pou­vons fer­mer les yeux, mais le flux au­dio, lui, ne s’ar­rête ja­mais. Dans les mythes fon­da­teurs et les re­li­gions, c’est à tra­vers le son que les dieux nous parlent tout en nous res­tant in­vi­sibles. Dans la Bible, Ge­nèse 1:3, le son pré­cède ef­fec­ti­ve­ment la lu­mière lors­qu’il est écrit : « Dieu dit : Que la lu­mière soit ! Et la lu­mière fut. » Fort lo­gi­que­ment, des ar­tistes, des scien­ti­fiques, des cher­cheurs de tous poils ont vou­lu com­prendre, ques­tion­ner, uti­li­ser comme ma­tière brute ou sym­bo­lique ce lien or­ga­nique so­nore qui nous re­lie au monde. Main­te­nant que la tech­no­lo­gie nous per­met d’en­re­gis­trer fa­ci­le­ment des sons grâce à des mi­cro­phones et des en­re­gis­treurs, cer­tains sont par­tis à la chasse (pour les conqué­rants) ou la cueillette (pour les poètes) aux sons. Au point d’en faire un che­min de vie. Bien­ve­nue dans l’uni­vers du Field Re­cor­ding (fi­gures 1).

Mur­ray Scha­fer

Les pre­mières tech­niques d’en­re­gis­tre­ment da­tant de 1857 pour le pho­nau­to­graphe in­ven­té par le Fran­çais Édouard-Léon Scott de Mar­tin­ville, 1877 pour le pho­no­graphe de Tho­mas Edi­son (fi­gure 2) et entre 1886 et 1889 pour le gra­mo­phone d’Émile Ber­li­ner, force est de consta­ter que les pre­miers eth­no­mu­si­co­logues et cer­tains mu­si­ciens pré­cur­seurs se sont ra­pi­de­ment ap­pro­prié cette tech­no­lo­gie nais­sante pour col­lec­ter des mu­siques tra­di­tion­nelles. L’an­thro­po­logue amé­ri­cain Jesse Walter Fewkes (fi­gure 3) est ré­pu­té avoir réa­li­sé le pre­mier en­re­gis­tre­ment dans cette dis­ci­pline en 1889 pour étu­dier les chants des In­diens Zu­ni du Maine. Cet en­re­gis­tre­ment est conser­vé à la bi­blio­thèque du Con­grès de Wa­shing­ton. Mais il fal­lut at­tendre les an­nées 50 et le ma­gné­to­phone à bande pour que l’en­re­gis­tre­ment hors stu­dio se ré­pande. Dès lors, tout ce qui fai­sait son fut col­lec­té, du chant des ani­maux aux bruits de la na­ture, de la ville ou des ac­ti­vi­tés hu­maines. On pas­sa en­suite du son au sens du son, et ce dans di­verses dis­ci­plines. Dans ce do­maine, le com­po­si­teur, théo­ri­cien et pé­da­gogue ca­na­dien Ray­mond Mur­ray Scha­fer (fi­gure 4), né en 1933, fait fi­gure de pionnier. Co­fon­da­teur du « pro­jet mon­dial d'en­vi­ron­ne­ment so­nore » à l'uni­ver­si­té Si­mon-Fra­ser, il pu­blie en 1977 Le pay­sage so­nore (en an­glais The tu­ning of the world). Cet ou­vrage, qui re­pré­sente la syn­thèse de ses re­cherches en ma­tière d'éco­lo­gie so­nore, lui vaut ra­pi­de­ment une re­con­nais­sance in­ter­na­tio­nale. Il est consi­dé­ré comme le pre­mier à avoir dé­ve­lop­pé le concept de « pay­sage so­nore », ou sound­scape en an­glais. Un néo­lo­gisme ba­sé sur la di­men­sion so­nore d’un land­scape (pay­sage vi­suel) dans le­quel « land » est rem­pla­cé par « sound ».

Pay­sage so­nore

Se­lon Mur­ray Scha­fer, un pay­sage so­nore est « un son ou une com­bi­nai­son de sons qui se forme ou qui ap­pa­raît dans un en­vi­ron­ne­ment im­mer­sif ». L’ob­jet de l’éco­lo­giste est l’étude de ces pay­sages so­nores. Le concept de pay­sage so­nore fait non seule­ment ré­fé­rence à un en­vi­ron­ne­ment so­nore na­tu­rel, com­po­sé de bruits d’ani­maux et de sons en­vi­ron­ne­men­taux comme

Tho­mas Edi­son. Jesse Walter Fewkes.

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