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i l’idée que le cha­ma­nisme re­monte bien avant les pre­mières ci­vi­li­sa­tions est gé­né­ra­le­ment ad­mise, bien que nous n’en ayons que peu de preuves, di­verses sources ico­no­gra­phiques et textes at­testent que l’homme at­tri­bue à la mu­sique et au son des pou­voirs de gué­ri­son de­puis l’An­ti­qui­té. Une idée par­ta­gée par les croyances ba­sées sur des re­pré­sen­ta­tions her­mé­tiques du monde, des phi­lo­so­phies et des re­li­gions, qui ont pour cer­taines en­core cours au­jourd’hui. Chez les Grecs, où Apol­lon (fi­gure 1) était le dieu de la mu­sique, mais aus­si ce­lui des pu­ri­fi­ca­tions et des gué­ri­sons, la mu­sique était considérée comme une science, as­so­ciée aux ma­thé­ma­tiques, la phy­sique et la mé­de­cine. Py­tha­gore (fi­gure 2) et ses dis­ciples croyaient à « l’har­mo­nie des sphères », une théo­rie re­prise plus tard par Ke­pler, ba­sée sur l’uti­li­sa­tion de rap­ports ma­thé­ma­tiques har­mo­nieux qui ré­gi­raient l’uni­vers à l’échelle ma­cro, mais aus­si la vie et la san­té à l’échelle hu­maine (fi­gure 3). Une « pro­to mu­si­co­thé­ra­pie » py­tha­go­ri­cienne qui pen­sait que la mu­sique pou­vait in­fluen­cer l’hu­meur et les hu­meurs (le psy­chique et le phy­sique di­rions-nous au­jourd’hui) en uti­li­sant des ins­tru­ments (au­los, lyre, chant, per­cus­sions…), des rythmes et des sons, mais aus­si des échelles mu­si­cales (fi­gure 4). Ain­si l’éthos, le ca­rac­tère mo­ral de chaque mode, était-il mi­nu­tieu­se­ment dé­crit : do­rien aus­tère, io­nien vo­lup­tueux, phry­gien ba­chique… Une idée que l’on re­trouve dans d’autres pays. Par exemple en Inde, où chaque mode cor­res­pond à des mo­ments et ri­tuels bien spé­ci­fiques. Ou en­core en Chine, où la mu­sique, comme le fait re­mar­quer Fran­çois Pi­card, était « le lien éta­blis­sant l’har­mo­nie de l’homme entre le ciel et la terre » (fi­gure 5). Les sages dé­cla­raient que chaque or­gane in­terne du corps pos­sède son propre rythme et vi­bre­rait donc à une note qui lui est propre. À ces dif­fé­rents or­ganes cor­res­pon­daient les six sons sui­vants : Chui, Hu, Xi, Ke, Xu, Xia. D’autres théo­ries as­so­ciaient des sons aux cinq élé­ments (bois, feu, terre, mé­tal, eau), ain­si qu’aux sai­sons ou aux or­ganes yin et yang. Par exemple le Do cor­res­pon­dait au coeur et l’in­tes­tin, ain­si qu’au feu et à l’été. Un prin­cipe que l’on re­trouve dans l’acu­punc­ture et sa dé­cli­nai­son so­nore, la pho­no­pho­rèse ou so­no­punc­ture : l’uti­li­sa­tion de vi­bra­tions so­nores pro­duites par des dia­pa­sons sur les points d’acu­punc­ture à la place des tra­di­tion­nelles ai­guilles (fi­gure 6).

Une ap­proche scien­ti­fique ré­cente

Si les pre­mières ap­proches mo­dernes em­pi­riques de la mu­si­co­thé­ra­pie, dans les an­nées 1940 et 1950, sur des sol­dats conva­les­cents (fi­gure 7) pour ten­ter de sou­la­ger leurs trau­ma­tismes de guerre (in­som­nies, dé­pres­sions post-com­bat, dou­leurs, an­xié­té…) ont ou­vert la voie en ob­te­nant de bons ré­sul­tats, ce n’est que ré­cem­ment qu’elle a réel­le­ment com­men­cé à in­té­res­ser les pro­fes­sion­nels de la san­té. En ef­fet, il a fal­lu at­tendre 1974 pour qu’ait lieu en France, à l’hô­pi­tal de la Sal­pê­trière, le pre­mier con­grès mon­dial de mu­si­co­thé­ra­pie. Au­pa­ra­vant, tou­jours en France, en 1954, c’est un in­gé­nieur du son, Jacques

Py­tha­gore. Apol­lon, dieu de la mu­sique et de la gué­ri­son. La mu­sique des sphères. Le son émou­vant de l’au­los.

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