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Comment a ger­mé l’idée d’un al­bum en com­mun ?

Laurent de Wilde : On s’est ren­con­trés sur un pla­teau de té­lé en 91 et on a gar­dé le contact de­puis. Ray était en train de prendre un vi­rage jazz avec son quin­tet VSNP (cf. KR n°285) alors que mon der­nier al­bum en trio, Over The Clouds, com­por­tait des in­fluences afri­caines grâce en par­ti­cu­lier à mon bas­siste Ira Co­le­man qui a beau­coup tra­vaillé avec des Ma­liens. J’ai mis du temps à com­prendre que pour Ray le rythme en gé­né­ral est ce qu’est l’har­mo­nie pour moi ! Les mil­liers de mor­ceaux que je connais par coeur, les en­chaî­ne­ments har­mo­niques, les sub­sti­tu­tions, tout ce monde d’ac­cords de chif­frage, de ten­sions, dont Ray pos­sède exac­te­ment la même culture, mais pour le rythme. Du coup j’ouvre une pe­tite fe­nêtre sur un monde d’une in­croyable vas­ti­tude.

Ray Le­ma : Ce que vient de dire Laurent me touche, car ça fait un mo­ment que j’es­saye d’ex­pli­quer aux mu­si­ciens d’ici que les douze de­mi-tons, c’est une in­ven­tion pu­re­ment oc­ci­den­tale et pas afri­caine. Cer­tains des plus grands groupes de rock sont vus par un Afri­cain comme as­sez mal­adroits ryth­mi­que­ment. En Lin­ga­la, il y a trois ac­cen­tua­tions pour pro­non­cer « mo­to » qui ren­voient à des si­gni­fi­ca­tions dif­fé­rentes : la tête, le feu ou l’hu­main. Les Oc­ci­den­taux, même ha­bi­tant à Kin­sha­sa de­puis long­temps, s’ar­rachent les che­veux sur cette pro­non­cia­tion et je pense qu’il y a là quelque chose d’ata­vique. Ce­la tra­duit une forme de pa­ter­na­lisme qui existe en mu­sique et même aux US où j’ai ha­bi­té, les Noirs-amé­ri­cains donnent tou­jours le sen­ti­ment de de­voir t’ap­por­ter quelque chose.

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