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on Bu­chla fonde Bu­chla Elec­tro­nic Mu­si­cal Ins­tru­ments en 1963 et va fa­bri­quer des ma­chines (la pre­mière ter­mi­née en 1965) s’adres­sant spé­ci­fi­que­ment à des mu­si­ciens-com­po­si­teurs comme Morton Su­bot­nick ou Vla­di­mir Us­sa­chevs­ky, ins­tru­ments qu’il se re­fu­se­ra tou­jours à ap­pe­ler syn­thé­ti­seur. La so­cié­té de­ve­nant quelques an­nées plus tard Bu­chla & As­so­ciates.

Hors mar­ché

Ses ins­tru­ments de mu­sique ne sont as­su­ré­ment pas du même style que ceux de l’autre pion­nier Bob Moog (dis­pa­ru quant à lui en 2005), no­tam­ment du fait que Bu­chla sou­haite se li­bé­rer du clavier chro­ma­tique, à l’in­verse de Moog. Ce der­nier est im­plan­té sur la Côte Est, alors que Bu­chla l’est sur la Côte Ouest (Ber­ke­ley, en Ca­li­for­nie), là où se pro­duit la ré­vo­lu­tion hip­pie (contre-culture) au mi­lieu des an­nées 60. Moog pro­pose de re­pro­duire des sons d’ins­tru­ments acous­tiques quand Bu­chla offre de pro­duire des sons nou­veaux, iné­dits. Le Ca­li­for­nien, plu­tôt que de pro­po­ser des ma­chines exé­cu­tant des com­mandes strictes, sou­haite in­tro­duire le ha­sard et l’in­cer­ti­tude dans la dé­marche de syn­thèse, en ou­vrant lar­ge­ment le champ de la re­cherche so­nore, en lais­sant une li­ber­té de re­cherche très grande à l’uti­li­sa­teur. Il ap­plique une phi­lo­so­phie très li­ber­taire, ty­pique de la Côte Ouest d’alors, en ten­dant vers l’ex­pé­ri­men­tal plu­tôt que vers le com­mer­cial, en se li­bé­rant de l’em­prise de la tra­di­tion et de la vir­tuo­si­té, et même de l’har­mo­nie et du tem­pé­ra­ment « oc­ci­den­taux ». Quand Moog s’in­té­resse aux mu­siques po­pu­laires, au rock et au jazz, Bu­chla est un grand ama­teur de mu­sique concrète… et de LSD. Les deux créa­teurs ont pour­tant, pa­ral­lè­le­ment et sans le sa­voir, dé­ve­lop­pé le syn­thé­ti­seur mo­du­laire contrô­lé en ten­sion. Ce type de sys­tème est un as­sem­blage de mo­dules se contrô­lant les uns les autres afin de gé­né­rer et de mettre en forme des sons. La ten­sion contrô­lant la hau­teur, le vo­lume, l’attaque, le timbre et la vi­tesse, qui vont in­ter­agir de ma­nière très com­plexe.

Le Mu­sic Ea­sel, un gros sys­tème construit en 1973, est l’un des pre­miers syn­thé­ti­seurs « in­té­grés » (il in­cor­pore un sé­quen­ceur) ja­mais réa­li­sés. Son ar­chi­tec­ture conti­nue d’être co­piée, et même clo­née, dans les mi­lieux du mo­du­laire, un do­maine à nou­veau en pleine ex­pan­sion (Eu­ro­rack). La fa­meuse 200E Se­ries est en ef­fet une du­pli­ca­tion, une ré­plique fi­dèle de cette lé­gen­daire ma­chine. Il ne se pré­oc­cupe pas vrai­ment de trou­ver un nom com­mer­cial à ses créa­tions, que l’on fi­nit par ap­pe­ler aus­si bien Thun­der que Bu­chla Box. Ses mo­dules portent éga­le­ment des ap­pel­la­tions fleu­ries telles que « Mul­tiple Ar­bi­tra­ry Func­tion Ge­ne­ra­tor », « Quad Dy­na­mics Ma­na­ger » ou, pour son gé­né­ra­teur de bruit aléa­toire, « Source Of Un­cer­tain­ty ».

Lu­thier élec­tro­nique

L’homme est d’abord mu­si­cien et com­po­si­teur avant d’être « lu­thier » élec­tro­nique, et c’est pour­quoi ses ins­tru­ments pré­sentent une grande flexi­bi­li­té en ma­tière d’opé­ra­tion, avec la pos­si­bi­li­té de gé­né­rer des sons riches et va­riés qui, en­core une fois, ne sont pas l’imi­ta­tion de sons exis­tants. Comme il pense qu’un clavier se­rait trop « dic­ta­to­rial », il n’en pro­pose pas dans ses sys­tèmes. Pour lui, un clavier à touches noires et blanches ne peut sus­ci­ter qu’une mu­sique de clavier (key­board mu­sic) ! Dans ces an­nées 60 en pleine ébul­li­tion, Bu­chla tra­vaille aus­si bien à l’éla­bo­ra­tion (et à l’uti­li­sa­tion) du fa­meux Wall Of Sound du Gra­te­ful Dead qu’à des pro­jets au sein de la NA­SA ou bien en­core des sys­tèmes d’aide au­di­tive ou de na­vi­ga­tion pour les non-voyants. Au dé­but des an­nées 70, Bu­chla s’in­té­resse à la mi­cro-informatique et pro­duit des ins­tru­ments hy­brides, nu­mé­riques et ana­lo­giques, à com­men­cer par la 200 Se­ries Elec­tro­nic Mu­sic Box. Il est nom­mé di­rec­teur tech­nique du Ca­li­for­nia Ins­ti­tute Of The Arts et de l’Elec­tric Sym­pho­ny et va mon­ter des stu­dios de mu­sique élec­tro­nique pour di­verses ins­ti­tu­tions. Il col­la­bore éga­le­ment avec Obe­rheim et Moog mais reste tou­jours quelque peu dans l’ombre. So long Don. Klaus Blas­quiz

Le vi­sion­naire Don Bu­chla (17 avril 1937 - 14 sep­tembre 2016) de­vant ses syn­thés.

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