Les Ri­ta Mit­sou­ko la li­ber­té de chan­ter

KR Home-Studio - - VINTAGE -

Il y a trente ans tout juste sor­tait l’un des disques phares du rock et de la chan­son fran­çaise de l’époque :

Re­tour sur le chef-d’oeuvre des Ri­ta Mit­sou­ko.

he No Com­pren­do, c’est le son d’une époque. 1986, le qua­si-mi­tan d’une dé­cen­nie qui au­ra vu, et ver­ra, mu­si­ca­le­ment, po­li­ti­que­ment, les fron­tières se dé­pla­cer, les murs tom­ber. Un disque ré­vo­lu­tion, en quelque sorte, ve­nant cham­bou­ler le pay­sage mu­si­cal fran­çais. Car le­dit pay­sage peut alors se ré­su­mer – es­sen­tiel­le­ment – à quelques prés car­rés, bien dé­fi­nis : d’un cô­té, la chan­son fran­çaise, à texte et plus ou moins res­pec­table ; de l’autre, le pop-rock, avan­çant dans la roue des cham­pions an­glo­saxons ; ailleurs, la va­rié­té, ce tout-ve­nant de la pro­duc­tion à ca­rac­tère in­dus­triel ; dans les marges, en­fin, en em­bus­cade, le rock al­ter­na­tif. Avec, dans cha­cune de ces « fa­milles », des sous-fa­milles, tout aus­si cloi­son­nées, il va de soi.

Si, ici et là, quelques ar­tistes – un Da­ho, par exemple, un Ba­shung, un Kat Ono­ma – peuvent alors re­ven­di­quer le droit à ne pas choi­sir leur camp (ca­ma­rade), la tâche reste dif­fi­cile pour qui veut avan­cer li­bre­ment. Jus­qu’à l’ar­ri­vée de Ca­the­rine Rin­ger et Fred Chi­chin. En 1984, ils signent un tube im­pos­sible, « Mar­cia Baï­la » (al­bum Ri­ta Mit­sou­ko), chan­son hal­lu­ci­nante, en­re­gis­trée à la mai­son, sur un quatre-pistes, où la mort et le can­cer s’in­vitent au som­met du Top 50. Le duo se nomme alors Ri­ta Mit­sou­ko, avant d’ajou­ter « Les », deux ans plus tard, à l’heure de The No Com­pren­do.

« Mar­cia Baï­la » est une claque ? La suite le se­ra en­core plus, puis­sance dix. 1986, di­sions-nous. Et l’al­bum dé­bute par un tier­cé de titres ga­gnants : « Les His­toires d’A. », « An­dy », « C’est Comme Ça ». Trois chan­sons phé­no­mènes qu’on peut écou­ter au­jourd’hui en­core en se di­sant : « Quels sons, quelle in­ven­ti­vi­té. » Trois clas­siques, d’en­trée, qui à eux seuls suf­fisent à ex­pli­quer les re­con­nais­sances qui ne vont pas tar­der à tom­ber : Grand Prix de l'Aca­dé­mie Charles Cros 1987, Vic­toires de la Mu­sique cette même an­née, dans deux ca­té­go­ries – Meilleur al­bum, Meilleur clip vi­déo pour « C’est Comme Ça ».

To­ny, Jean-Luc et les autres…

On peut, bien sûr, faire grand cas des guest-stars de cette aven­ture-là : To­ny Vis­con­ti, d’abord, ac­cueillant le duo fran­çais dans ses Good Earth Stu­dios lon­do­niens et pro­dui­sant The No Com­pren­do (il fe­ra de même sur Marc Et Ro­bert, l’al­bum sui­vant, ain­si que par­tiel­le­ment sur Sys­tème D ; ul­time col­la­bo­ra­tion bien moins concluante). Jean-Luc Go­dard, en­suite, fil­mant l’en­re­gis­tre­ment de l’al­bum, dé­but 1986, pour son film Soigne ta droite. Jean­Bap­tiste Mon­di­no, en­fin, au­teur du clip stu­pé­fiant de « C’est Comme Ça », qui ira jus­qu’à trou­ver sa place sur les chaînes mu­si­cales an­glo­saxonnes…

Mais The No Com­pren­do, c’est d’abord et avant tout l’oeuvre de Ca­the­rine et Fred. Un disque per­son­nel, où tout est pos­sible, et où les amours mu­si­cales se mêlent : funk et rock, es­prit punk, chan­son fran­çaise… peu im­porte. Un vio­lon tzi­gane peut se po­ser sur une boîte à rythmes, un syn­thé­ti­seur d’époque ren­con­trer une basse se­ven­ties. L’exu­bé­rance n’em­pêche pas l’émo­tion. La li­ber­té est reine.

L’un des som­mets du disque, pas for­cé­ment le titre le plus connu, est « Un Soir, Un Chien » : le Mar­vin Gaye de What’s Going On croise le Prince de « God » (face B de « Purple Rain ») lors d’une jam où ap­pa­raissent briè­ve­ment le fan­tôme de Ti­no Ros­si et son « Pe­tit Pa­pa Noël ». Étrange, groo­vy, triste à mou­rir ; à l’image de ce disque, fi­na­le­ment.

Pour une fois, la presse de l’époque ne se trompe pas sur l’im­por­tance de l’al­bum. En dé­cembre 1986, Le Monde évoque « un des joyaux de la chan­son fran­çaise », tan­dis qu’un tout jeune ma­ga­zine mu­si­cal, Les In­ro­ckup­tibles, met les Ri­ta Mit­sou­ko en Une de son qua­trième nu­mé­ro – ce­lui de dé­cembre 1986 - jan­vier 1987. À cette oc­ca­sion, et au cours d’une de ces longues in­ter­views dont la re­vue a le se­cret, Ca­the­rine Rin­ger et Fred Chi­chin re­viennent sur leur col­la­bo­ra­tion avec To­ny Vis­con­ti : « On a eu des pro­blèmes avec notre pro­duc­teur pré­cé­dent, Con­nie Plank, qui pro­dui­sait très pla­te­ment, on avait be­soin cette fois-ci d'un pro­duc­teur qui mette en re­lief pour ob­te­nir quelque chose de plus axé sur le rythme, de chan­ter plus ryth­mi­que­ment, de lais­ser plus libre cours à l'ins­pi­ra­tion, de se lais­ser al­ler sur les voix, les hau­teurs de voix, car on était bri­dés sur le pre­mier » , ex­pliquent-ils. Dé­bri­dés, les Ri­ta Mit­sou­ko le sont as­su­ré­ment sur ce The No Com­pren­do dé­bar­ras­sé de toute en­trave ar­tis­tique. Trente ans plus tard, le tour de force reste im­pres­sion­nant. Vous avez dit chef-d’oeuvre ? Phi­lippe Ra­gue­neau al­ler plus loin… Un site in­con­tour­nable : •

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.