Al­cest Ko­da­ma

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out comme Al­cest s’édi­fie sur la base de deux per­son­na­li­tés, sa mu­sique dé­ploie un uni­vers de dua­li­té et tout à la fois de pur équi­libre, une jouis­sance fruit d’une for­mi­dable com­bi­nai­son entre le mas­sif et l’aé­rien, la so­lide ma­tière et l’im­pal­pable sen­sa­tion, la rage et les ailes. Neige, soit Sté­phane Paut en ce monde, et Win­te­rhal­ter, aus­si nom­mé Jean De­flandre, res­pec­ti­ve­ment mul­tiins­tru­men­tiste et bat­teur, ont dé­jà lar­ge­ment fait briller l’au­ra d’Al­cest par-de­là les fron­tières, en té­moignent le nombre de leurs concerts et les dis­tances par­cou­rues. À l’écoute de leur « post-me­tal/shoe­gaze » si on de­vait don­ner une ap­pel­la­tion à leur élixir, on com­prend que la sé­duc­tion ait opé­ré. Il y a les pro­jec­teurs, et puis il y a l’ombre, celle qui abrite les se­crets. C’est là qu’ont été réunis les in­gré­dients qui ont don­né vie à ce cin­quième al­bum, un pla­cen­ta de plus de 300 m2 ! Dans ce qui était au dé­part un grenier vide, une console Sound­craft Si Ex­pres­sion 2, un Pro Tools, des mi­cros en tout genre, des ta­pis et ri­deaux acous­tiques ont tra­duit chaque se­cret en notes. « Pour l’enregistrement, nous avons ins­tal­lé la ré­gie à l’étage in­fé­rieur et un en­re­gis­treur à bande Ota­ri MTR-90 dans le hall d’en­trée, donc au fi­nal sur trois étages ! » Les gui­tares, la basse, le chant, les ar­ran­ge­ments ont quant à eux pro­fi­té des ser­vices du Dru­den­haus Stu­dio. Tout ce­la s’est conju­gué avec l’aide bien­veillante de Pro­phe­cy Pro­duc­tions. Au fi­nal, fré­quences, cou­leurs, éner­gie et émo­tion rayonnent de toutes leurs forces dans un ma­gni­fique na­tu­rel. Cette même Force et cette même Na­ture qui nous as­pirent lit­té­ra­le­ment à chaque note ex­pi­rée.

KR : Pour l’enregistrement de cet al­bum, vous avez loué du ma­té­riel sup­plé­men­taire. Quels ap­pa­reils ont eu vos fa­veurs ? Choi­sis­sez-vous l’op­tion de la lo­ca­tion pour la réa­li­sa­tion de cha­cun de vos al­bums ? Sou­hai­tez-vous par ce moyen chan­ger de son pour cha­cun d’eux ou pré­fé­rez-vous gar­der tou­jours la même trame so­nore ?

Win­te­rhal­ter : On avait un ca­hier des charges as­sez pré­cis et on connais­sait notre di­rec­tion so­nore et mu­si­cale pour cet al­bum. Après de nom­breux échanges avec Be­noît Roux, notre pro­duc­teur, on a réus­si à se dé­ci­der. La plus grosse par­tie de la lo­ca­tion concerne les mi­cros pour la bat­te­rie, cer­tains pré­am­plis et une ré­verb. C’était la pre­mière fois qu’on louait du ma­té­riel, mais ça per­met de voir ce qui fonc­tionne, d’être créa­tif sans être li­mi­té. Pour ce qui est de la trame so­nore, tout dé­pend du concept de l’al­bum, des com­po­si­tions et de nos en­vies, mais on évo­lue dans le son comme on évo­lue mu­si­ca­le­ment. Pour les mi­cros loués, je vou­lais un Neu­mann U 47 Fet pour la grosse caisse, les DPA 4006 pour la room et des Neu­mann TLM 170 pour les ove­rheads, ces mi­cros ne sont pas ré­pu­tés pour rien, c’est as­sez im­pres­sion­nant dès le dé­part ! On a aus­si es­sayé un Royer R-121 entre la grosse caisse et la caisse claire, le ren­du est su­per mais il a souf­fert pen­dant le pro­ces­sus. Les pré­am­plis étaient des API, loués pour la plu­part, et la ré­verb est celle de la pièce ; on n’a qua­si­ment rien uti­li­sé car on pré­fé­rait cette énorme ré­verb na­tu­relle. La ca­li­bra­tion du ma­gné­to a éga­le­ment été im­por­tante, on a pas­sé des heures à ré­gler chaque tranche, c’est su­per in­té­res­sant de voir comment ça fonc­tionne et c’est un sa­voir-faire qui mal­heu­reu­se­ment se perd… Pour les gui­tares, c’était avec le ma­té­riel du Dru­den­haus, le mi­cro prin­ci­pal est un SM57, par­fois mé­lan­gé avec un peu de Royer et de Senn­hei­ser MD 421. Pour l’enregistrement, on a dé­ci­dé de faire le mé­lange des mi­cros à la prise et d’en­re­gis­trer sur une seule piste. Faire des choix dès le dé­part per­met de ga­gner du temps pour le mix. La basse a été en­re­gis­trée de ma­nière clas­sique, mé­lange am­pli et DI, avec un mi­cro d’am­biance. Pour le chant, le mi­cro prin­ci­pal était un mo­dèle à large mem­brane Te­le­fun­ken, l’autre était un AT4033, tou­jours uti­li­sés avec un pré­amp à lampes – fait mai­son par Be­noît – et un com­pres­seur TAB. En somme, le ma­té­riel loué re­pré­sente une pe­tite par­tie de ce que nous avons uti­li­sé, mais pour cet al­bum, je pense que c’était la bonne dé­ci­sion de ne pas se mettre de li­mites ma­té­rielles.

Vous avez une belle ky­rielle de concerts à l’in­ter­na­tio­nal, et no­tam­ment vous avez joué dans des temples tra­di­tion­nels ja­po­nais, pas com­mun ! Ra­con­tez-nous, comment s’est pro­duite cette op­por­tu­ni­té ? Ce­la a-t-il im­pli­qué des né­ces­si­tés par­ti­cu­lières de so­no­ri­sa­tion ?

Oui, on joue beau­coup plus à l’étran­ger qu’en France, c’est vrai­ment in­croyable de pou­voir vi­si­ter au­tant de pays et de faire plein de ren­contres. Pour ces concerts, c’était notre deuxième tour­née au Ja­pon. On avait tour­né avec un groupe lo­cal, Vam­pillia, et ils sont de­ve­nus des amis. Ils ont vou­lu nous faire re­ve­nir, mais cette fois, en pro­po­sant de faire une par­tie des concerts dans des temples tra­di­tion­nels ja­po­nais ! Évi­dem­ment, on a ac­cep­té, c’est une chose com­plè­te­ment im­pro­bable et un hon­neur. Ima­gi­nez, vous êtes dans un temple plus que mil­lé­naire et vous al­lez jouer votre mu­sique de­vant un pu­blic res­treint – moins de cent per­sonnes. Pour ce qui est de la so­no­ri­sa­tion, c’était le strict mi­ni­mum, c’était un concert acous­tique avec les voix un peu am­pli­fiées, rien de plus. De toute ma­nière, lorsque vous en­trez dans ces temples, la der­nière chose que vous avez en­vie de faire est de dé­ran­ger ou de faire du bruit ! Oli­via Clain

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