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Trois pia­nistes dans la pièce, l’at­mo­sphère va de­ve­nir ir­res­pi­rable ! Vous jouez sur quoi ? Ma­thieu : Pour la scène, on a res­sor­ti de la cave deux Ya­ma­ha P-80, dont on se sert uni­que­ment en cla­viers maîtres pour pi­lo­ter le Grand Pia­no de NI et l’Una Cor­da de Kon­takt. Les connec­tiques sont sur les cô­tés et ça nous ar­range bien pour les col­ler dos à dos, ce qui cor­res­pond à notre plan de scène. Face au pu­blic, on a des Mi­croKorg et un Ya­ma­ha Re­face CP dont l’in­gé-son est plu­tôt content. Quel a été le par­cours de votre groupe ?

Ma­thieu : La for­ma­tion scé­nique date de deux ans mais je m’oc­cupe des com­po­si­tions de­puis en­vi­ron cinq ans. On s’était croi­sés quelques fois avec Ana­tole ( Zé­phir – NdlR) en classe de jazz au conser­va­toire de Lille d’où nous sommes ori­gi­naires et, par la suite, cha­cun de nous a été ame­né à beau­coup cher­cher les sons ou à tri­tu­rer des ma­chines, que ce soit en mu­sique à l’image pour ma part ou en prod hip hop pour Ana­tole. Au fi­nal, les deux uni­vers se re­lient : la mu­sique à l’image dans une for­mule très écrite et la pra­tique ins­tru­men­tale… Cham­ber­lain c’est ça. Donc, si je com­prends bien, il y a peu d’im­pro­vi­sa­tion ?

Ma­thieu : As­sez peu en ef­fet, on prend par­fois quelques li­ber­tés, des pe­tits laz­zi, comme au théâtre au bout de huit ou seize me­sures, ce sont des mi­croex­pres­sions au mi­lieu d’une nar­ra­tion com­plè­te­ment écrite, comme une pièce. Comment l’au­di­teur peut-il vous iden­ti­fier dans l’es­pace so­nore ?

Ma­thieu : Ça a été un vrai chan­tier et on a évi­dem­ment fait de nom­breux es­sais avant d’ar­ri­ver à cette ver­sion, qui est à notre sens la bonne. Il y a des mo­ments dans la ges­tuelle où il n’y a qu’un seul pia­no qui joue et on voit que c’est moi, le mor­ceau sui­vant c’est vrai­ment très clair que c’est Ana­tole, tan­dis qu’à d’autres mo­ments en­core on en­tend les deux pia­nos, mais sans sa­voir qui fait quoi. D’une ma­nière gé­né­rale, on évite quand même de jouer en même temps sur l’en­semble du set et il n’y a au­cune théâ­tra­li­sa­tion entre nous.

Ana­tole : Vu du pu­blic, on nous voit de pro­fil quand on est au pia­no et de face quand on est au syn­thé. Quand l’un d’entre nous est de pro­fil… c’est qu’il joue ! Vous avez une scé­no­gra­phie ?

Ma­thieu : D’abord on joue de­bout, les cla­viers sont as­sez hauts, la scé­no qui est der­rière nous met en va­leur nos mou­ve­ments et on pro­jette des images à tra­vers un aqua­rium rem­pli de fu­mée, c’est un sys­tème lu­mi­no-bru­meux avec les images qui sont syn­chro­ni­sées sur la mu­sique à tra­vers Live d’Able­ton. Et le style… ?

Ma­thieu : Plu­tôt des pay­sages so­nores, mais sans être de l’am­bient car les Comment ar­ran­gez-vous les com­po­si­tions ?

Ma­thieu : Je les pré­pare à par­tir de Live et on les adapte en­suite avec Ana­tole qui s’oc­cupe spé­ci­fi­que­ment de la par­tie scène, y com­pris la prod pour « Cham­ber­lain scé­nique ». On tra­vaille en al­ler/re­tour entre nous avant de fi­na­li­ser les mor­ceaux en­semble sur des pla­teaux pour ob­te­nir un son en live to­ta­le­ment dif­fé­rent de ce­lui de la com­po­si­tion en stu­dio. Comment s’est réa­li­sé cet EP ?

Ma­thieu : Damp Suns, sor­ti le 4 no­vembre, est le pre­mier EP de Cham­ber­lain qui ne soit ni une col­la­bo­ra­tion, ni une mu­sique à l’image. Il fait seule­ment quatre titres et un re­mix, mais ce sont des pièces as­sez longues qui font 5/6 mi­nutes. J’ai res­sor­ti mes vieilles tracks et je suis pas­sé voir des co­pains de confiance pour qu’ils fassent d’abord un peu de mé­nage. Après, j’ai mixé tout ça à la mou­li­nette avec pas mal de samples or­ga­niques que j’aime bien ré-har­mo­ni­ser, à la ma­nière d’un Ni­co­las Jaar. Jus­te­ment, quelles sont vos in­fluences ar­tis­tiques ?

Ma­thieu : Il y a un tronc com­mun qui nous re­lie pro­fon­dé­ment avec Ana­tole, comme les pia­nistes de jazz ita­liens, le hard bop, Art Bla­key, Fred­die Hub­bard, Col­trane. Quand j’étais très jeune c’était aus­si Mag­ma, Stra­vins­ky. C’est ce goût de la transe que j’aime dans la boucle, des choses qui te rendent un peu dingue à force d’être ré­pé­tées… et qui te font sor­tir du corps. Comme Steve Reich ?

Ma­thieu : J’en ai sou­vent par­lé avec Chas­sol que je connais bien et j’ar­rive par­fois au même ré­sul­tat que lui par une sorte de tro­pisme, parce qu’on a le même âge, les mêmes in­fluences, qu’on a re­gar­dé les mêmes des­sins ani­més, qu’on a étu­dié le jazz de la même fa­çon, qu’on y trouve le même plai­sir de pia­niste à la boucle et au dé­ca­lage, alors que je n’écoute pas spé­cia­le­ment sa mu­sique. Fran­çois Bou­che­ry Damp Suns [Me­lo­dyn/PIAS]

Ana­tole Zé­phir & Ma­thieu Har­laut.

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