Que la gui­tare soit de­ve­nue aus­si cen­trale dans le rock ? » O

KR Home-Studio - - LE SENS DU SON -

n connaît l’his­toire, mais la connaît-on vrai­ment ? Le peu­ple­ment de ce qui al­lait de­ve­nir les États-Unis d’Amé­rique s’est fait, en pre­nant vio­lem­ment la place des au­toch­tones, ceux que l’on a ap­pe­lés par er­reur les In­diens, par l’émi­gra­tion mas­sive d’Eu­rope mais aus­si par la dé­por­ta­tion d’Afri­cains. Tout ce beau monde blanc trans­porte dans ses ba­gages son nom, sa langue, sa re­li­gion, sa ma­nière de s’ha­biller et de man­ger. Sa culture, pour faire court. Il amène bien sûr aus­si ses mu­siques et ses ins­tru­ments de mu­sique lo­caux. Pour les es­claves noirs, ce trans­fert ne va pas être aus­si fa­cile. Leurs maîtres, leurs pro­prié­taires, vont éli­mi­ner d’em­blée tout ce qui peut in­di­quer leur ori­gine. Leur nom ef­fa­cé, on leur donne juste un pré­nom, un pré­nom eu­ro­péen bien sûr (l’Oncle Tom). Ce n’est qu’au mo­ment de l’abo­li­tion de l’es­cla­vage, après la guerre de Sé­ces­sion, que ces es­claves et en­fants d’es­claves se­ront af­fu­blés d’un pa­tro­nyme, lui aus­si eu­ro­péen. Dans l’al­lé­gresse, et la pré­ci­pi­ta­tion, ce sont sou­vent les noms des pères fon­da­teurs des ÉtatsU­nis, ou des pre­miers pré­si­dents, qui sont choi­sis, tels Jack­son, John­son, Jef­fer­son, Jones, mais aus­si des sur­noms : Black, Brown, Broon­zy (bron­zé !), White (!)…

On connaît l’his­toire…

Les es­claves n’ont pas pu ap­por­ter leurs ins­tru­ments de mu­sique d’Afrique, et, de toute fa­çon, les « Blancs » leur im­posent la pra­tique de « vrais ins­tru­ments ci­vi­li­sés » ve­nant d’Eu­rope.

On connaît l’his­toire : c’est dans le sud des USA, là où, au dé­part, les es­claves sont re­grou­pés, pour y tra­vailler dans les plan­ta­tions, que ces der­niers vont créer des mu­siques qui consti­tue­ront les bases, les ra­cines de toutes les mu­siques « po­pu­laires » d’au­jourd’hui. C’est au sein, et au­tour, du fa­meux Con­go Square, à la Nou­velle-Or­léans, que vont naître le blues et le jazz. Le blues va se dé­ve­lop­per dans tout le Sud (deep south) et no­tam­ment dans le Del­ta du Mis­sis­sip­pi, une ré­gion si­tuée entre les villes de Clarks­dale et Se­na­to­bia, Vicks­burg (Mis­sis­sip­pi) et Mem­phis (Ten­nes­see), entre le fleuve Mis­sis­sip­pi à l’ouest et la ri­vière Ya­zoo à l’est. Sur le mo­dèle des trou­ba­dours et des mé­nes­trels du Moyen-Âge en Eu­rope, des chan­teurs s’ac­com­pa­gnant à la gui­tare vont écu­mer la ré­gion, du Texas au Ten­nes­see, de la Geor­gie à la Loui­siane, en jouant dans la rue, en se pro­dui­sant dans des bouges (hon­ky tonks ou juke joints) et chez des par­ti­cu­liers, à l’oc­ca­sion de get to­ge­ther, des bals de fin de se­maine.

The gui­tar

La gui­tare est l’ins­tru­ment pre­mier et qua­si­ment unique du blues, tout du moins dans un pre­mier temps. Mais il ne s’agit pas d’une gui­tare clas­sique ou fla­men­ca, qui pour­tant a bien été « im­por­tée » par les Es­pa­gnols dès le dé­but du XVIe siècle, un ins­tru­ment d’une lu­the­rie très lé­gère, mon­té de cordes en boyaux, et do­té d’une faible puis­sance so­nore. La­quelle est avant tout un ins­tru­ment de sa­lon. La gui­tare « amé­ri­caine » est quant à elle équi­pée de cordes acier et sa lu­the­rie est plus ro­buste, pré­ci­sé­ment du fait de ces cordes, dont le ti­rant est très su­pé­rieur. Mon­ter des cordes acier sur une gui­tare clas­sique condui­rait à sa des­truc­tion. Cet ins­tru­ment est en fait « l’in­ven­tion » d’un lu­thier d’ori­gine al­le­mande, Mar­tin, et son bar­rage est en X plu­tôt qu’en éven­tail. Au XXe siècle, on l’ap­pel­le­ra gui­tare folk. À terme, la gui­tare jazz (table et fond bom­bés) va en dé­ri­ver éga­le­ment. Elle ré­vo­lu­tionne le son des mu­siques po­pu­laires, et ce­la dans le monde en­tier. On pour­rait aus­si bien l’ap­pe­ler « gui­tare cel­tique », elle qui prend une place cen­trale dans la country mu­sic, à cô­té de la man­do­line et du fiddle (vio­lon), une mu­sique hé­ri­tière di­recte de la mu­sique ir­lan­daise, qui se trouve ain­si être l’une des sources du rock and roll.

The blue de­vils

Le blues est donc une mu­sique ba­sée sur le chant et la gui­tare, même si d’autres ins­tru­ments y prennent place ponc­tuel­le­ment, en par­ti­cu­lier l’har­mo­ni­ca et le pia­no, alors que le gos­pel, qui va mi­grer vers la soul et la funk, est plu­tôt cen­tré sur le choeur des fi­dèles (rem­pla­cé à l’oc­ca­sion par une sec­tion de « cuivres ») et le pia­no ou l’orgue (d’église). La gui­tare et même la basse n’y in­ter­ve­nant que comme des ins­tru­ments de per­cus­sion.

En de­ve­nant ur­bain, quand les blues­men du Sud montent cher­cher du tra­vail dans le Nord, le blues va se so­phis­ti­quer, en s’élec­tri­fiant et sur­tout en étant joué en or­chestre. C’est ce blues qui va évo­luer en rock, lui qui se­ra « cap­tu­ré » par de jeunes An­glais comme les Rol­ling Stones ou les Ani­mals dans les an­nées 60… Et les notes bleues pro­duites par ces blue de­vils (idées noires) fi­ni­ront par en­va­hir le monde. Klaus Blas­quiz

Mud­dy Wa­ters. Ro­bert John­son.

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