Rap une his­toire fran­çaise

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Le livre du jour­na­liste Tho­mas Blon­deau, est sor­ti fin oc­tobre. L’oc­ca­sion de de­man­der à l’au­teur comment le son du rap s’est construit dans les an­nées 1980-1990.

Re­naud chez Boo­ba

Car c’est là que se si­tue sans doute l’une des clés du rap made in France – du moins dans ses dé­buts : « La dif­fé­rence fon­da­men­tale entre les Français et les Amé­ri­cains, ex­plique Tho­mas Blon­deau, tient à la culture mu­si­cale dans la­quelle ils ont bai­gné, en­fants : ga­mins, les Amé­ri­cains en­ten­daient à la ra­dio les Com­mo­dores, Ste­vie Won­der, etc. Pour les gosses français, c’était Gold­man, Ber­ger, Re­naud… Le rap s’est nour­ri de ce­la et s’est ma­té­ria­li­sé, chez nous, dans une cer­taine forme de sé­che­resse ryth­mique, de mé­lan­co­lie. Le pre­mier al­bum de la Fon­ky Fa­mi­ly, Ideal J, Ox­mo Pucc­ci­no… Il y avait quelque chose de très français dans l’amour des mé­lo­dies en mode mi­neur… » Une em­preinte qui se re­trouve aus­si, à l’oc­ca­sion, par­mi les samples choi­sis par les rap­peurs, de Roc­ca et ses « Jeunes de l’uni­vers » (sam­plant « Je veux chan­ter pour ceux… » de Mi­chel Ber­ger) à Boo­ba, dont le « Pit­bull » sur l’al­bum Ouest Side re­prend le pia­no du « Mis­tral ga­gnant » de Re­naud.

Bien sûr, la si­tua­tion a chan­gé par la suite : la ré­vo­lu­tion in­ter­net est pas­sée par là, et les jeunes rap­peurs d’au­jourd’hui, nés à la fin des an­nées 1990 voire au dé­but des an­nées 2000, ont gran­di pour nombre d’entre eux avec, dans les oreilles, des sons très éloi­gnés de la va­rié­té fran­çaise. Ré­sul­tat : « On a au­jourd’hui une pro­duc­tion qui se fond par­ti­cu­liè­re­ment bien dans la so­no mon­diale. » Au risque, peut-être, de moins se dis­tin­guer des autres. Et d’être me­na­cée par l’uni­for­mi­sa­tion, entre gim­micks ré­pé­tés à l’ex­cès, au­to­tune mis à toutes les sauces ou banques de sons pal­liant le manque de créa­ti­vi­té…

Pas ques­tion pour au­tant d’en­ton­ner le re­frain ran­ci du « c’était mieux avant ». Car c’est l’un des en­sei­gne­ments de Hip hop – Une his­toire fran­çaise : le rap hexa­go­nal, de­puis ses ori­gines, s’est construit sur l’ad­ver­si­té, ses crises, sa vo­lon­té d’en dé­coudre avec l’ordre éta­bli – éta­tique ou mu­si­cal. Que le ron­ron s’ins­talle, et il se trou­ve­ra tou­jours un ga­min pour ve­nir mettre un grand coup de pied dans la four­mi­lière. Oui, le rap est un sale gosse. Et c’est sans doute ce qui le sau­ve­ra. Phi­lippe Ra­gue­neau Hip hop – Une his­toire fran­çaise Tho­mas Blon­deau [Ta­na Édi­tions] 192 pages, 35 €

(in­gé­nieurs du son) français, il y avait une sorte de “peur des basses”. Ils ne par­ve­naient pas, par exemple, à mettre le sub­bass de la TR (la Ro­land TR808 – NdlR) ou la ligne de basse suf­fi­sam­ment en avant. On était la plu­part du temps frus­tré. »

La contrainte a ce­pen­dant du bon : de nou­velles gé­né­ra­tions de pro­duc­teurs, al­liés à des beat­ma­kers plon­gés dans le hip hop dès l’en­fance, vont pou­voir oc­cu­per le ter­rain. Leurs al­liés : quelques ins­tru­ments/ou­tils his­to­riques al­lant de la TR-808 à l’E-MU SP-12 en pas­sant par l’Akai S950… Avec, tou­jours, un oeil sur les mo­dèles, ils vont pou­voir, pro­gres­si­ve­ment, fa­çon­ner « leur » son. Un son où, à l’oc­ca­sion, comme un in­cons­cient re­fou­lé, sur­gissent des ré­fé­rences 100 % hexa­go­nales, bien loin du hip hop sauce amé­ri­caine.

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