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est un tren­te­naire – et des pous­sières – dont on ne sait pas vrai­ment s’il se porte bien – 30 ans, ce n’est pas vieux – ou si dé­jà il ra­dote. Tout comme pour son cou­sin plus âgé, le rock, on en an­nonce ré­gu­liè­re­ment la mort. Il ne se­rait plus que l’ombre de lui-même. Une ca­ri­ca­ture. Et puis le re­voi­là en scène, tout aus­si ré­gu­liè­re­ment, de nou­veau frin­gant. Le rap fran­çais est un drôle de per­son­nage. Le sale gosse sou­vent re­muant d’une fa­mille – le hip hop – à peine plus âgée. Une fa­mille à l’hon­neur, ces jours-ci, dans un beau livre si­gné Tho­mas Blon­deau – pas un in­con­nu pour les lec­teurs de KR – au titre fai­sant oeuvre de pro­gramme : Hip hop – Une his­toire fran­çaise. Pas loin de 200 pages, grand for­mat, ri­che­ment illus­trées, y re­tracent l’his­toire de ce mou­ve­ment (danse et art du graf­fi­ti com­pris), et, par­tant, celle du rap hexa­go­nal et de ses las­cars, cé­lèbres ou ou­bliés. Pas­sion­nant. Ins­truc­tif.

On y dé­couvre ain­si les pre­miers pas, bal­bu­tiants, d’un rap construit de bric et de broc. Nous sommes dans les an­nées 1980, et ni la langue, ni la culture mu­si­cale ne placent alors la France dans l’or­bite des USA. « À cette époque, se sou­vient Dee Nas­ty, l’un des pre­miers sur le front, si tu vou­lais suivre le truc, il fal­lait al­ler en An­gle­terre chaque mois pour ra­me­ner du son » . Un peu, fi­na­le­ment, comme pour le rock an­glo-saxon et les yéyés bien fran­çais des an­nées 1960… Son­ner au­tre­ment que les Amé­ri­cains ? Dire autre chose ? Rien d’évident. Les pion­niers – par­mi les pre­miers à gra­ver leur mu­sique sur des disques – se nomment Des­troy Man et Jho­ny Go, Lio­nel D, Dee Nas­ty… Mais po­ser ses marques prend du temps. Ré­sul­tat, écrit Tho­mas Blon­deau : « À l’aube des an­nées 1990, le rap fran­çais n’existe tou­jours pas. On rappe “en” fran­çais plu­tôt que “fran­çais”, on co­pie les Amé­ri­cains. » Les choses, pour­tant, vont chan­ger.

1990, c’est jus­te­ment l’an­née de l’en­re­gis­tre­ment d’Au­then­tik, le pre­mier al­bum de Su­prême NTM, l’un des disques fon­da­teurs de cette his­toire. Si les ly­rics « à la fran­çaise » com­mencent à émer­ger, un autre dé­fi doit être re­le­vé : ce­lui de la pro­duc­tion. Cy­ril « Rep­tile » Nor­ton, in­gé­nieur du son sur cet en­re­gis­tre­ment, en té­moigne : « Les pre­miers disques de NTM, comme ceux d’As­sas­sin ou de IAM, étaient très char­gés : ryth­miques ra­pides, basses jouées en croches, mul­tiples sources so­nores… On se dé­brouillait pour que les ni­veaux de sor­tie soient propres, mais il y avait tel­le­ment d’élé­ments dif­fé­rents dans le mix que c’était dif­fi­cile à gé­rer. Et sur­tout, en tant qu’in­gé­nieur du son, je n’avais ja­mais fait ce­la au­pa­ra­vant. » Le rap, à l’époque, n’est pas le seul à souf­frir d’une cer­taine in­com­pré­hen­sion. On se sou­vient, au mi­tan des an­nées 1980, de groupes fran­çais pop sous in­fluences an­glaises ayant toutes les peines du monde à trou­ver en stu­dio des in­ter­lo­cu­teurs ayant les mêmes ré­fé­rences…

Le genre rap amène avec lui une ap­proche dif­fé­rente du son : samples, basses, ni­veaux des voix… le choc des cultures est ra­di­cal. Tou­jours dans Hip Hop – Une his­toire fran­çaise, DJ Sek (Lit­tle, le col­lec­tif Time Bond…) se sou­vient : « Chez les

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