Châ­te­lain de vil­lage, ba­ron de Cam­bray

L'Écho Républicain - - Eure-et-Loir Actualité - De­main. Alain De­ni­zet est l’in­vi­té de l’émis­sion “9 h 50 le ma­tin”, lun­di, sur France 3, pour pré­sen­ter son livre Au coeur de la Beauce, En­quête sur un pay­san sans his­toire.

Chaque se­maine, à tra­vers une sé­rie de por­traits, l’his­to­rien Alain De­ni­zet nous trans­porte en Beauce dans la pre­mière moi­tié du XIXe siècle. Une re­mon­tée dans le temps pui­sée aux ar­chives. Le der­nier ar­ticle concerne le ba­ron de Cam­bray, un être hors du com­mun pour les vil­la­geois. de l’ha­bi­tat qui leur est étran­gère : chaque pièce a une fonc­tion spé­ci­fique. Le sa­lon, les pièces at­te­nantes, la salle de billard sont les lieux de mon­da­ni­té.

Pièces dis­tinctes pour l’homme et la femme

Le « pia­no en aca­jou de quatre oc­taves d’une va­leur de 250 francs » peut sur­prendre : qu’est ce qu’une oc­tave ? Plus que tout, le prix dé­con­certe : c’est la va­leur de deux vaches ou des gages an­nuels d’une do­mes­tique de ferme. L’in­ven­taire mène en­ suite nos deux hommes dans une chambre do­tée d’un pe­tit ca­bi­net avec « un bi­det et un pot en faïence », puis dans une autre chambre ou­vrant sur une « salle de bain avec une bai­gnoire en fer blanc gar­nie de rou­lette » : une pièce en­tiè­re­ment dé­vo­lue à la toi­lette ! Le ba­ron dis­pose au rezde­chaus­sée de trois pièces pour son usage per­son­nel, l’une pour re­ce­voir, la deuxième comme écrin d’une bi­blio­thèque de neuf cents li­ vres, la troi­sième, qui est une chambre, sug­gère que le ba­ron ne par­tage pas tou­jours le même lit que son épouse. Entre les ma­sures pay­sannes et le châ­teau, tout in­dique un fos­sé abys­sal ; l’uni­vers du ba­ron n’est pas ce­lui des vil­la­geois dans au moins trois do­maines clés : ce­lui de l’in­time, une pièce par­ti­cu­lière pour une bai­gnoire, des pièces dis­tinctes pour l’homme et la femme ; ce­lui de la culture, pro­fu­sion de livres et de ta­bleaux ; ce­lui du train de vie, billard et vins fins. En 1854, 20.000 francs sont af­fec­tés aux frais de mai­son et de table, 12.000 aux dé­penses per­son­nelles et 2.000 francs à sa femme pour pen­sion de toi­lette. Près de dix per­sonnes s’ac­tivent à leur ser­vice : ré­gis­seur, garde­chasse, jar­di­nier, va­let de chambre, femme de charge, femme de chambre, cui­si­nière et co­cher. Outre le per­son­nel at­ta­ché à sa per­sonne, le ba­ron donne de l’ou­vrage à un grand nombre d’ha­bi­tants. Trente à qua­rante mé­nages de Ger­mi­gnon­ville – soit le quart de la po­pu­la­tion ­ dé­pendent des tra­vaux com­man­dés par la fa­mille de Cam­bray et de l’ex­ploi­ta­tion de ses terres. Avec plus de 450 hec­tares, le ba­ron est de loin le pre­mier pro­prié­taire de la com­mune. Pas un tour de plaine sans voir une par­celle qui soit sienne ou qui puisse un jour le deve­ nir. En­fin, le ba­ron contrôle la vie mu­ni­ci­pale en fai­sant élire comme maire l’un de ses fer­miers ou son ré­gis­seur. À sa ma­nière, la fa­mille de Cam­bray in­carne cette no­blesse qui ayant tra­ver­sé sans dom­mage l’épi­sode ré­vo­lu­tion­naire a su pré­ser­ver son in­fluence et main­te­nir son sta­tut. Au coeur de la Beauce, En­quête sur un monde pay­sans sans his­toire, le Monde d’Alain De­ni­zet,

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