L’ar­mis­tice fê­té par tous les No­gen­tais

Le maire Hen­ri Villette Gâ­té a lais­sé un té­moi­gnage du dé­rou­lé de la jour­née du 11 no­vembre 1918

L'Écho Républicain - - Nogent-le-rotrou Vivre Sa Ville - Sté­phane Mar­chand ste­phane.mar­chand@cen­tre­france.com

Maire de Nogent-le-ro­trou en 1918, Hen­ri Villette Gâ­té a sou­hai­té que le ré­cit de la jour­née du 11 no­vembre soit consi­gné dans le re­gistre des dé­li­bé­ra­tions de la Ville.

Écrit à l’encre à la plume dans le re­gistre des dé­li­bé­ra­tions mu­ni­ci­pales qui couvre la pé­riode de mai 1918 à juin 1922, le do­cu­ment, conser­vé aux Ar­chives mu­ni­ci­pales, est re­mar­quable. In­ti­tu­lé “Jour­née his­to­rique du 11 no­vembre 1918”, entre deux comptes ren­dus de réunions de conseil mu­ni­ci­pal, le ré­cit couvre quatre pages du re­gistre.

Les élus no­gen­tais, avec à leur tête le maire, Hen­ri Villette Gâ­té, ont alors conscience de lais­ser à la pos­té­ri­té un té­moi­gnage im­por­tant : « Ceux qui ont vé­cu cette in­ou­bliable jour­née his­to­rique ont dé­ci­dé qu’elle se­rait trans­mise à leurs des­cen­dants, en ins­cri­vant ce pré­sent compte ren­du au Re­gistre des dé­li­bé­ra­tions du Conseil mu­ni­ci­pal de la Ville de Nogent­le­ro­trou ».

L’avis of­fi­ciel du sous-pré­fet

De ce qu’il ra­conte de cette jour­née du lun­di 11 no­vembre 1918, le maire qui a don­né son nom à l’une des ar­tères prin­ci­pales de la ville, ex­plique que la ville comme sans doute le reste du pays bruis­sait de la si­gna­ture de l’ar­mis­tice avec l’al­le­magne. Il re­pro­duit en­suite l’avis of­fi­ciel du sous­pré­fet qui tombe à 11 h 15 en ce lun­di ma­tin : « Veuillez dès main­te­nant prendre toutes dis­po­si­tions pour que, à 4 heures et de­mie (NDLR : 16 h 30), cet après­mi­di, les cloches de toutes les églises de toutes les villes, tous les vil­lages, et tous les ha­meaux sonnent à toute vo­lée. À la même heure, veuillez faire pa­ voi­ser et illu­mi­ner tous les édi­fices pu­blics aux cou­leurs al­liées. Met­tez­vous d’abord dès main­te­nant en rap­port avec l’au­to­ri­té mi­li­taire pour que, à 4 heures et de­mie, des feux de salves d’ar­tille­rie soient ti­rés au maxi­mum ».

À tra­vers le ré­cit qui en est don­né, on com­prend que le maire de la Ville mo­bi­lise tout de suite tous les moyens pour que la cé­lé­bra­tion de l’ar­mis­tice pour faire sa­voir dans toute la ville que le ces­sez­le­feu a été si­gné. Les dis­po­si­tions mu­ni­ci­pales sont même an­ti­ci­pées par les ha­bi­tants puisque le maire ra­conte : « Les dra­peaux fran­çais et al­liés sortent de par­tout comme par en­chan­te­ment, tous les mo­nu­ments pu­blics, toutes les mai­sons se gar­nissent. Les dra­peaux fran­çais qui n’avaient pas flot­té sur les che­mi­nées d’usines de­puis le 14 Juillet 1914, sont his­sés ».

C’est dans cette ville de Nogent pa­voi­sée de par­tout que le maire si­gnale dans son compte ren­du : « À 4 heures du soir, les usines ferment, les si­rènes des ma­chines lancent leur long cri d’al­lé­gresse. À 4 heures et de­mie, toutes les cloches de la ville sonnent à toute vo­lée. La ville pré­sente alors un as­pect qu’elle n’avait ja­mais connu. Toute la po­pu­la­tion est de­hors, l’émo­tion et la joie se voient sur toutes les fi­gures. De longs cor­tèges se forment et cir­culent dans toutes les rues au chant de la Mar­seillaise !»

Comme de­man­dé par les au­to­ri­tés pré­fec­to­rales, « De la ca­serne Sul­ly partent les feux de salves ti­rés par les Chas­seurs du 25e qui se trouvent à leur dé­pôt. À 5 heures, des fu­sées éclai­rantes sont ti­rées par les Chas­seurs ». Se­lon le maire, « Le ta­bleau de Nogent­le­ro­trou est fée­rique ». Hen­ri Villette Gâ­té fait alors convo­quer une réunion avec la mai­rie avec tout ce que la ville compte d’au­to­ri­tés ci­viles et mi­li­taires.

Pa­trio­tique

Il en­tonne un dis­cours, « cou­pé d’una­nimes ap­plau­dis­se­ments », nous disent les ar­chives. « Mes­sieurs, je n’ai pas vou­lu lais­ser pas­ser ce jour mé­mo­rable sans vous in­vi­ter à vous réunir à l’hô­tel de Ville, pour nous ré­jouir des grands évé­ne­ments his­to­riques que le 11 no­vembre 1918 nous ap­porte après 51 mois et 10 jours de lutte avec l’en­ne­mi fa­rouche qui de­puis 48 ans tra­vaillait dans l’ombre pour pré­pa­rer sa for­mi­dable et lâche agres­sion. »

Il s’en­suit une longue dia­tribe sur qua­si­ment deux pages dans la­quelle l’al­le­magne en prend pour son grade avant que Villette Gâ­té ne rende hom­mage aux morts, à Cle­men­ceau et à Foch. ■

« Le ta­bleau de Nogent­le­ro­trou est fée­rique »

TÉ­MOI­GNAGE. Maire de Nogent-le-ro­trou de 1898 à 1925, Hen­ri Villette Gâ­té a fait un ré­cit poi­gnant et pa­trio­tique de la jour­née du 11 no­vembre 1918.

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