Trois ans de pri­son re­quis contre l’an­cien cu­ré de Lor­ris

L'Éclaireur du Gâtinais (Loiret) - - La Une - ALEXANDRE CHARRIER LA RÉ­PU­BLIQUE DU CENTRE

Trois ans de pri­son, dont six mois avec sur­sis, ont été re­quis contre Pierre de Cas­te­let, an­cien cu­ré de Lor­ris, sus­pec­té d’agres­sions sexuelles sur mi­neurs lors d’un camp de va­cances dans les Py­ré­nées-At­lan­tiques, en 1993.

◗ Pierre de Cas­te­let a au moins un mé­rite aux yeux de ses vic­times : il était pré­sent le mar­di 30 oc­tobre à la barre du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel d’Or­léans pour ré­pondre des agres­sions sexuelles qu’on l’ac­cuse d’avoir com­mis sur des gar­çons âgés de 11 à 13 ans. Une di­zaine d’en­fants dont il avait la res­pon­sa­bi­li­té dans le camp qu’il di­ri­geait en cet été 1993.

Ces faits, l’an­cien prêtre, au­jourd’hui re­trai­té de 69 ans – tou­jours lo­gé et bé­né­vole à l’évê­ché – n’a pas l’in­ten­tion de les nier. Même si, 25 ans après, il lui est tou­jours dif­fi­cile de mettre des mots des­sus.

« Pour chaque camp, ex­plique Pierre de Cas­te­let, je com­plé­tais les fiches mé­di­cales. Quand il man­quait des in­fos, je fai­sais ve­nir les jeunes. J’ai fait ces ma­noeuvres pour me rap­pro­cher d’eux. »

Un « dé­ra­page »

L’ex­cu­ré de Lor­ris re­con­naît avoir pro­fi­té de ces pseu­dos vi­sites mé­di­cales pour tou­cher les par­ties gé­ni­tales des jeunes gar­çons. « J’étais dé­pri­mé, en at­tente d’af­fec­tion », se jus­ti­fie­t­il.

« Est­ce que c’était pré­mé­di­té ? », lui de­mande la pré­si­dente Gaëlle Re­ver­ter, fai­sant re­mar­quer que les filles étaient exemp­tées de ce genre d’exa­mens, réa­li­sés dans la propre chambre du prêtre, mal­gré la pré­sence d’une in­fir­mière dans le camp. « Non », jure­t­il, « en voyant ces jeunes, j’ai eu le dé­sir de me rap­pro­cher d’eux. Je ne pen­sais pas que c’était mal. Je ne pen­sais pas fai­ re du mal à des en­fants ».

Il évoque des « faits iso­lés », un « dé­ra­page » li­mi­té à cet été 1993. Ex­fil­tré du camp, sous la pres­sion des ani­ma­teurs qui ont dé­non­cé ces agres­sions, Pierre de Cas­te­let as­sure avoir en­suite réus­si à mettre sous cloche des pul­sions pé­do­philes qu’il ne nomme pas.

« J’ai dé­ci­dé de tout ar­rê­ter, de tout blo­quer », ex­ plique­t­il, pré­ci­sant que le su­jet était trop « ta­bou » pour qu’il puisse se faire ai­der par sa hié­rar­chie.

Une hié­rar­chie qui sa­vait et qui lais­se­ra pour­tant l’ab­bé au contact di­rect des jeunes jus­qu’en 2011. « Comble du cy­nisme, on le re­trouve en 2011, ani­mant un col­loque sur la pé­do­phi­lie ! », s’étonne le pro­cu­reur de la Ré­pu­blique d’Or­léans.

« Mi­sère sexuelle »

Ren­dant hom­mage au « cou­rage » des vic­times, Ni­co­las Bes­sonne a dé­non­cé la « froi­deur af­fec­tive » avec la­quelle Pierre de Cas­te­let a re­con­nu les faits. Il ré­clame une peine de trois ans de pri­son dont six mois avec sur­sis. Une peine as­sor­tie d’une obli­ga­tion de soins, d’une in­ter­dic­tion dé­fi­ni­tive d’exer­cer la pro­fes­sion de prêtre et d’en­trer en contact avec des mi­neurs.

Me Agnès Bo­nar­di a dé­fen­du l’idée d’une « perte de contrôle » mo­men­ta­née d’un homme en proie à « une mi­sère hu­maine, af­fec­tive et sexuelle ». « Se faire vi­rer de ce camp a eu un ef­fet bé­né­fique pour lui : ça a mar­qué l’in­ter­dit. Il a ces­sé tout agis­se­ment ». L’avo­cate de la dé­fense a plai­dé en fa­veur d’une peine en­tiè­re­ment as­sor­tie du sur­sis pour son client.

Le ju­ge­ment est mis en dé­li­bé­ré au 22 novembre.

(PHOTO :

Le père de Cas­te­let entre dans la salle du tri­bu­nal. CH­RIS­TELLE BESSEYRE/LA RÉ­PU­BLIQUE DU CENTRE)

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