Il agresse le pe­tit ami de sa fille

L'Éclaireur du Gâtinais (Loiret) - - Faits Divers / Justice - M. D.

Il écope d’un an de pri­son avec sur­sis pour des gestes dé­pla­cés sur le pe­tit ami de sa fille.

◗ Il était plus de 21 heures lorsque le 24 oc­tobre, le pré­sident du tri­bu­nal de Mon­tar­gis Hervé Al­lain, a pro­non­cé son ju­ge­ment condam­nant un ha­bi­tant de Pers­en­Gâ­ti­nais à un an de pri­son avec sur­sis pour agres­sion sexuelle sur mi­neur de plus de 15 ans.

À plu­sieurs re­prises, ce père de fa­mille de 45 ans s’était li­vré à des gestes dé­pla­cés sur le pe­tit ami de sa fille avec le­quel, se­lon le dos­sier, « des liens très proches s’étaient éta­blis, en­traî­nant même des re­la­tions de confiance ».

Ce cli­mat l’avait conduit, entre le 1er fé­vrier et le 18 mars 2017, à com­mettre sur le jeune ado­les­cent des at­tou­che­ments qui l’avaient ame­né à ré­agir. L’ado avait alors dé­cla­ré : « Tu m’as tri­po­té ma par­tie in­time et je n’ai pas sup­por­té ».

En re­fai­sant l’ins­truc­tion du dos­sier, le pré­sident a re­le­vé le fait que la jeune vic­time « consi­dé­rait un peu le pré­ve­nu comme son père », mal­gré l’am­bi­guï­té des propos te­nus par ce der­nier à son égard : « Je t’aime très fort, mon amour, tu me manques ».

« J’ai du mal à réa­li­ser ce qui s’est pas­sé », a concé­dé l’au­teur des faits face aux juges. « Je ne sais pas ce qui m’est pas­sé par la tête. J’ai fait une er­reur ».

Dans son lit, sans pan­ta­lon

Lors­qu’il in­vi­tait la vic­time à ve­nir dans son lit, il lui de­man­dait à chaque fois de re­ti­rer son pan­ta­lon sous le pré­texte qu’« il fai­sait chaud dans la chambre ». Il lui est ar­ri­vé alors d’ef­fleu­rer ses fesses et de po­ser sa main sur son sexe.

L’ex­per­tise psy­chia­trique à la­quelle il fut sou­mis per­mit d’ap­prendre que l’homme avait lui­même été vic­time d’at­tou­che­ments de la part de son frère, ce qui pou­vait faire com­prendre qu’il s’agis­sait pour lui d’un « amu­se­ment sexuel ré­sul­tant de si­tua­tions an­té­rieures ».

Pour le conseil de la vic­time, Me Yan­nick Ly­zan, « On est dans un stra­ta­gème pour par­ve­nir à quelque chose. Les faits sont clai­re­ment ca­rac­té­ri­sés et me font m’in­ter­ro­ger sur les mo­ti­va­tions du pré­ve­nu. Je ne sais pas si ce­la ré­pa­re­ra le pré­ju­dice su­bi par mon client qui se­ra, peut­être, vé­cu du­rant toute sa vie ».

Au banc du mi­nis­tère pu­blic, Émi­lie Pe­trovs­ki a, en en­ta­mant ses ré­qui­si­tions, sou­li­gné le cou­rage de la vic­time. « Il est très im­por­tant qu’il soit là ! Il est vic­time d’une agres­sion sexuelle ca­rac­té­ri­sée, par contrainte mo­rale et par sur­prise ».

Elle s’est mon­trée in­quiète « par l’at­ti­tude du pré­ve­nu, ne re­con­nais­sant pas to­ta­le­ment les faits ».

« La vic­time s’est fait du­per par un adulte », a­t­elle pour­sui­vi. « Il a bous­cu­lé ses re­pères al­lant jus­qu’à lui dire “Je t’aime, tu me manques”. Ce­la va avoir un im­pact par rap­port à sa vie. Il a en­traî­né S. dans sa dé­pres­sion ».

« On n’a pas d’ex­pli­ca­tions vé­ri­tables des faits », s’est­elle la­men­tée en de­man­dant dix mois de pri­son as­sor­tis du sur­sis et mise à l’épreuve pen­dant 18 mois, avec obli­ga­tion de soins et in­ter­dic­tion d’en­trer en contact avec la vic­time. Elle de­mande son ins­crip­tion au Fi­chier des dé­lin­quants sexuels.

As­su­rant sa dé­fense, Me Du­bosc a confié aux juges que son client « conti­nuait à pen­ser que son at­ti­tude ne pou­vait être nor­male. Tout en ad­met­tant qu’elle était in­com­pré­hen­sible et qu’il avait la sen­sa­tion d’être de­ve­nu le pro­tec­teur de S., ayant res­sen­ti en lui qu’il était à la re­cherche d’une pro­tec­tion masculine. De­vant ses re­cherches de câ­lins, il s’est trou­vé de­vant une si­tua­tion dif­fi­ci­le­ment ac­ces­sible. La­quelle, iné­vi­ta­ble­ment, l’a ame­né à avoir « le geste de trop ! »

Le dé­fen­seur a es­ti­mé que la sanc­tion de­man­dée était « lourde » compte te­nu des cir­cons­tances par­ti­cu­lières (les uns et les autres ayant fi­ni par se com­prendre). « On a af­faire à quel­qu’un qui a com­plè­te­ment per­du le sens des réa­li­tés, qui n’est pas ma­ni­pu­la­teur car n’ayant au­cune espèce d’an­té­cé­dent ». « Non, tu ne m’as pas per­du », lui a écrit sa vic­time qui a ajou­té : « Tout va s’ar­ran­ger, tu res­te­ras mon pa­pa ! ».

Après s’être re­ti­ré pour dé­li­bé­rer, le tri­bu­nal a condam­né le pré­ve­nu à 12 mois de pri­son avec sur­sis. Il l’a contraint à un sui­vi so­cio­ju­di­ciaire pen­dant cinq ans avec in­jonc­tion de soins et in­ter­dic­tion d’en­trer en contact avec la vic­time (en­cou­rant douze mois d’em­pri­son­ne­ment en cas de non­res­pect). Il a consta­té son ins­crip­tion au FIJAIS.

Le pré­ve­nu ver­se­ra 2.000 € de dom­mages­in­té­rêts à la vic­time et 500 € à sa mère, en tant que re­pré­sen­tante lé­gale de son fils mi­neur.

Le geste de trop

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