« Le bio n'est pas juste un pro­duit sans pes­ti­cide, c'est un éco­sys­tème »

Sur un mé­tier de niche (la cer­ti­fi­ca­tion) et sur un mar­ché de niche (les pro­duits bio), l'en­tre­prise Ecocert est lea­der mon­dial de son sec­teur avec le seuil sym­bo­lique de 50 M€ de chiffre d'af­faires dé­pas­sé en 2016.

L'Édition Toulouse de La Tribune - - Vision - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR SO­PHIE ARUTUNIAN @Soa­ru­tu­nian

LA TRI­BUNE – Avec (seule­ment) 50 M€ de chiffre d'af­faires, Ecocert est lea­der de la cer­ti­fi­ca­tion bio au ni­veau mon­dial. Ce­la tra­duit-il un mar­ché très res­treint ?

PHI­LIPPE THO­MA­ZO - En ef­fet. Le bio, mal­gré sa pro­gres­sion constante au fil des an­nées, est un mar­ché de niche. On en parle beau­coup mais ce­la re­pré­sente 5 % de l'agroa­li­men­taire mon­dial. La cer­ti­fi­ca­tion étant aus­si un mé­tier de niche (il y a seule­ment quelques très grands ac­teurs connus tels que Bu­reau Ve­ri­tas ou SGS), je vous laisse ima­gi­ner : un mé­tier de niche dans un sec­teur de niche fait qu'ecocert est lea­der mon­dial avec 50 mil­lions d'eu­ros de chiffre d'af­faires. Néan­moins, le bio re­pré­sente une so­lu­tion d'ave­nir pour nos agri­cul­teurs et un moyen pour eux de vivre dé­cem­ment de leurs pro­duc­tions. C'est un mar­ché en pleine crois­sance et c'est as­sez vi­sible : il y en a de plus en plus dans les rayons, c'est tout à fait no­table, no­tam­ment sur les deux der­nières an­nées où l'on a res­sen­ti une plus grande conver­sion d'agri­cul­teurs au bio. En plus, il y a une vraie ten­dance de fond des consom­ma­teurs qui sou­haitent plus de qua­li­té dans leur as­siette et dans leur ali­men­ta­tion.

Les pro­duits bio se mul­ti­plient, no­tam­ment en grande sur­face, sus­ci­tant la mé­fiance des consom­ma­teurs. Peut-on avoir confiance dans les la­bels bio ?

Oui. Il existe en France et en Eu­rope tout un sys­tème de contrôle « qui part de la fourche du champ jus­qu'à l'as­siette », un sys- tème as­sez bien ro­dé, qui est se­lon moi le meilleur sys­tème de contrôle qui existe. Les pro­duc­teurs comme les in­dus­triels s'y sou­mettent vo­lon­tiers dans une dé­marche d'amé­lio­ra­tion conti­nue. Nous avons plu­sieurs concur­rents en France que je res­pecte beau­coup et, en tant que consom­ma­teur de pro­duits bio, j'achète en toute confiance. Le bio est d'ailleurs beau­coup plus contrô­lé que ce qui n'est pas bio, c'est un pa­ra­doxe ! Les agri­cul­teurs n'uti­li­sant pas de pro­duits toxiques sont plus contrô­lés que les autres…

Pour vous, le bio ne concerne pas seule­ment les com­po­sants d'un pro­duit mais la fa­çon dont il est fa­bri­qué. C'est-à-dire ?

Sou­vent, les gens ne com­prennent pas que le bio est avant tout un sys­tème, un mo­dèle éco­no­mique al­ter­na­tif d'agri­cul­ture. On a trop sou­vent ten­dance à ré­duire un pro­duit bio à un pro­duit sans pes­ti­cides, or, il peut ar­ri­ver qu'un pro­duit bio ait des ré­si­dus de pes­ti­cides, mais il y a des li­mites beau­coup plus exi­geantes dans le bio. En cas de ré­si­dus dans un pro­duit bio, il va y avoir des in­ves­ti­ga­tions pour es­sayer de sa­voir d'où vient cette conta­mi­na­tion, si elle est for­tuite ou si c'est une fraude. Mais sur­tout, il y a d'autres prin­cipes dans l'agri­cul­ture bio comme le lien au sol, la ro­ta­tion des cultures et tout un tas de prin­cipes très im­por­tants qui font une agri­cul­ture beau­coup plus res­pec­tueuse de l'en­vi­ron­ne­ment, de la na­ture et de la bio­di­ver­si­té.

Vous par­lez de mo­dèle éco­no­mique al­ter­na­tif. Est-il li­mi­té à quelques agri­cul­teurs ou touche-t-il éga­le­ment les in­dus­triels de l'agroa­li­men­taire ?

Cette éco­no­mie nou­velle part du pro­duc­teur qui s'en­gage, qui change ses mé­thodes de pro­duc­tion, et va jus­qu'à l'in­dus­triel qui in­nove et qui en­vi­sage l'éco­no­mie de fa­çon dif­fé­rente. Au­jourd'hui, vous al­lez trou­ver du bio chez Car­re­four, chez Au­chan, bien­tôt chez Le­clerc [la marque veut ré­duire les pes­ti­cides dans ses fruits et lé­gumes, ndlr]. Mais il y a aus­si Biocoop, le ré­seau de dis­tri­bu­tion spé­cia­li­sé du bio qui ne cesse de s'étendre, vous en voyez par­tout. Biocoop contrac­tua­lise avec ses pro­duc­teurs, dé­ve­loppe des ré­seaux de pro­duc­tion lo­caux et sym­bo­lise une nou­velle éco­no­mie au­tour du bio, que ce soit des ré­seaux de dis­tri­bu­tion ou des As­so­cia­tions de main­tien de l'agri­cul­ture pay­sanne (AMAP). Tout ce­la sort pe­tit à pe­tit de sa niche avec un mo­dèle éco­no­mique al­ter­na­tif et des va­leurs fortes.

Pour quelles rai­sons – et dans quelles pro­por­tions – Ecocert peut être ame­né à re­ti­rer la cer­ti­fi­ca­tion bio aux agri­cul­teurs ?

En France, nous sommes sur un ordre de dé­clas­se­ment de pro­duc­tion aux alen­tours de 10 %, c'est- à- dire en­vi­ron 2 000 ex­ploi­ta­tions chaque an­née. Il peut y avoir plu­sieurs rai­sons : par exemple, une pro­duc­tion qui est cen­sée être bio va ré­vé­ler des ré­si­dus de pes­ti­cides lors d'un contrôle. Très sou­vent, ce sont des cas de conta­mi­na­tion for­tuites à cause d'un champ voi­sin trai­té. Il peut aus­si exis­ter des fraudes, mais ce n'est pas le cas le plus ma­jo­ri­taire. Cer­tains agri­cul­teurs aban­donnent aus­si car ils n'y ar­rivent pas, ils avaient sous- es­ti­mé les ef­forts que ce­la de­mande. Le pas­sage au bio im­plique une pé­riode de deux ans très dif­fi­cile du­rant la­quelle les agri­cul­teurs doivent adap­ter leur mo­dèle (avec des chutes de ren­de­ment pos­sibles) sans pou­voir vendre sous la cer­ti­fi­ca­tion « bio ». C'est un vé­ri­table ef­fort fi­nan­cier. La la­bel­li­sa­tion ar­rive au bout de la troi­sième an­née.

Bio si­gni­fie-t-il équi­table ?

Non, bio ne veut pas for­cé­ment dire com­merce équi­table, et com­merce équi­table ne veut pas dire bio non plus. Mais de plus en plus, l'in­dus­trie bio est pré­oc­cu­pée par les ques­tions so­cié­tales et les équi­libres éco­no­miques. On a, avec le bio, des lea­ders qui sont des en­tre­pre­neurs très en­ga­gés et qui montrent les ten­dances. Je pense par exemple à Léa Na­ture ou Nu­tri­tion & San­té.

Vous al­lez lan­cer vous-même un dis­po­si­tif de com­merce équi­table, Fair for Life. Quelle dif­fé­rence avec un la­bel comme Max Ha­ve­laar, par exemple ?

Fair for Life est un ré­fé­ren­tiel qui existe dé­jà, mais qui ap­par­te­nait à la so­cié­té IMO, dont nous avons fait l'ac­qui­si­tion en 2012. Nous al­lons to­ta­le­ment re­voir ce ré­fé­ren­tiel et le mettre à plat en ti­rant les consé­quences de nos ex­pé­riences en com­merce équi­table (nous fai­sons de la cer­ti­fi­ca­tion com­merce équi­table de­puis plu­sieurs an­nées). Le nou­veau ré­fé­ren­tiel se­ra lan­cé en fé­vrier 2017 et l'on es­père qu'il a une ap­proche un pe­tit peu no­va­trice, orien­tée sur les fi­lières. Max Ha­ve­laar a une ap­proche qui cherche à re­dis­tri­buer une par­tie de la chaîne de va­leur dans les pays du Sud. Notre ap­proche est plu­tôt de de­man­der aux donneurs d'ordres de mettre en place des pro­jets, des pro­grammes d'amé­lio­ra­tion en RSE tout au long de leurs fi­lières, dans un sou­ci d'amé­lio­ra­tion conti­nue des condi­tions des pro­duc­teurs et des re­la­tions du­rables.

Le bio est beau­coup plus contrô­lé que ce qui ne l'est pas, c'est un pa­ra­doxe

Ecocert

« Le bio re­pré­sente une so­lu­tion d’ave­nir pour nos agri­cul­teurs et un moyen pour eux de vivre dé­cem­ment de leurs pro­duc­tions. »

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