LE NU­MÉ­RIQUE

Le nu­mé­rique peut fa­ci­li­ter la vie ou ex­clure de la so­cié­té. Alors qu'état et col­lec­ti­vi­tés s'ac­tivent pour of­frir à tous une connexion In­ter­net per­for­mante, une autre pro­blé­ma­tique se pose : comment l'uti­li­ser de ma­nière ef­fi­cace et éclai­rée ? Et comment

L'Édition Toulouse de La Tribune - - Front Page - DOS­SIER RÉA­LI­SÉ PAR SO­PHIE ARUTUNIAN @Soa­ru­tu­nian

FAC­TEUR D'IN­CLU­SION OU D'EX­CLU­SION ?

Nous ne sommes pas tous égaux de­vant un or­di­na­teur. Orianne Le­droit, coor­di­na­trice du pôle So­cié­té Nu­mé­rique au sein de l'agence du nu­mé­rique, donne quelques chiffres évo­ca­teurs. Non seule­ment 15 % des per­sonnes n'ont pas In­ter­net à do­mi­cile « pour des rai­sons de coûts ou de dif­fi­cul­tés à uti­li­ser l'ou­til », mais, par ailleurs, « 20 % de la po­pu­la­tion fran­çaise ne se sentent pas à l'aise avec les ou­tils in­for­ma­tique et nu­mé­rique alors même que la grande ma­jo­ri­té consi­dère qu'in­ter­net est un moyen d'in­té­gra­tion ». En­fin, en 2016, 40 % des Fran­çais se disent in­quiets à l'idée de faire des dé­marches ad­mi­nis­tra­tives et fis­cales en ligne. « Le gap est gé­né­ra­tion­nel, mais il dé­pend aus­si du ni­veau de di­plôme », ajoute-t-elle. Ain­si, plu­sieurs en­jeux ap­pa­raissent, dont se sai­sit ma­jo­ri­tai­re­ment le mi­lieu as­so­cia­tif : comment maî­tri­ser l'ou­til ? Comment s'épa­nouir avec le nu­mé­rique sans y être as­ser­vi ? Le Fo­rum Ci­toyen 3.0 or­ga­ni­sé par La Tri­bune à Tou­louse a ten­té de ré­pondre à ces ques­tions. Pour Oli­vier Hag, res­pon­sable des for­ma­tions nu­mé­riques au sein de l'as­so­cia­tion Com­bus­tible, « il y a une pres­sion de la so­cié­té pour que tout le monde uti­lise le nu­mé­rique, mais cer­taines per­sonnes ne peuvent pas pour de nom­breuses rai­sons. On le voit avec les se­niors : ils ne sont pas nés avec la tech­no­lo­gie, vivent bien sans et n'en ont pas en­vie. Mais il y a une in­sis­tance du cô­té de leur en­tou­rage et de la so­cié­té en gé­né­ral. » La ques­tion de l'ac­cès au nu­mé­rique pour tous, la fa­meuse frac­ture nu­mé­rique, se pose aus­si. À l'image du fos­sé qui sé­pare les gens qui savent lire et les autres, le nu­mé­rique est au­tant un fac­teur de réus­site so­ciale que d'ex­clu­sion. En ma­tière d'in­fra­struc­tures, en Haute-ga­ronne, c'est le Con­seil dé­par­te­men­tal qui est à la ma­noeuvre, dans le cadre du plan gou­ver­ne­men­tal France Très Haut Dé­bit. Dans ce ter­ri­toire com­po­sé d'une grande mé­tro­pole et de pays ruraux et mon­ta­gneux, l'ac­cès au haut dé­bit reste très in­égal. « Ce que l'on qua­li­fie de frac­ture nu­mé­rique est bien une réa­li­té et consti­tue une en­torse à l'éga­li­té d'ac­cès au ser­vice pu­blic », as­sure Georges Mé­ric, pré­sident PS du Con­seil dé­par­te­men­tal. Pour ré­duire cette frac­ture, une en­ve­loppe de 180 mil­lions d'eu­ros est mo­bi­li­sée dans les cinq an­nées à ve­nir, dont 22 mil­lions par le Con­seil dé­par­te­men­tal. « Notre am­bi­tion est de faire en sorte que les opé­ra­teurs qui ne viennent pas d'em­blée sur les ter­ri­toires ruraux puissent ve­nir grâce à une in­ter­ven­tion pu­blique. Sans ce­la, beau­coup de ter­ri­toires ne se­raient pas cou­verts. Le Con­seil dé­par­te­men­tal veut le très haut dé­bit pour tous d'ici à 2030, a pré­ci­sé An­nie Vieu, pré­si­dente du syn­di­cat mixte Haute-ga­ronne Nu­mé­rique. Le dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique des dif­fé­rentes zones du dé­par­te­ment dé­pend de l'ac­cès au nu­mé­rique. »

LA MÉ­DIA­TION AU COEUR DES EN­JEUX

Pour pa­rer aux dif­fi­cul­tés d'ap­pro­pria­tion de l'ou­til nu­mé­rique, plu­sieurs ser­vices de mé­dia­tion existent dans les ter­ri­toires, à l'image de ce que pro­pose l'as­so­cia­tion Com­bus­tible en Hau­teGa­ronne. « On es­saie de ré­pondre aux be­soins de for­ma­tion avec l'idée de créer du bien-être de­vant la ma­chine. Il faut maî­tri­ser l'ou­til, le sys­tème, l'uti­li­ser dans la confiance. On se sert pour ce­la des ou­tils libres en “open source” et pro­ve­nant de la “culture ma­ker” » , pré­cise Oli­vier Hag. Au sein de l'agence du nu­mé­rique, une Co­opé­ra­tive de la mé­dia­tion nu­mé­rique a été créée pour ten­ter de fé­dé­rer ces mul­tiples ini­tia­tives (10 000 en France) : « Les ac­teurs des struc­tures qui fa­ci­litent l'ap­pro­pria­tion des cultures nu­mé­riques (Fablab, mé­dia­thèques, etc.) sont hé­té­ro­gènes et doivent mon­ter en com­pé­tence. Le but est éga­le­ment de faire de la mé­dia­tion nu­mé­rique une sorte de lob­by au­près des pou­voirs pu­blics », dé­ve­loppe Orianne Le­droit. Dans la même phi­lo­so­phie, l'agence nou­velle des so­li­da­ri­tés ac­tives (An­sa) a été créée avec l'idée de pri­vi­lé­gier l'ex­pé­ri­men­ta­tion au plus près des usa­gers. Son pré­sident Fran­çois Enaud as­sure que les ini­tia­tives ne manquent pas. « Il faut les iden­ti­fier, les ac­com­pa­gner, ap­por­ter du pro­fes­sion­na­lisme, éva­luer avec ob­jec­ti­vi­té les ré­sul­tats et, en­fin, ai­der au chan­ge­ment d'échelle : ce qui marche mé­rite d'être trans­po­sé ailleurs. » Par­mi les exemples, « la mise en place d'une con­signe nu­mé­rique so­li­daire pour dé­po­ser ses do­cu­ments per­son­nels ou en­core le dé­ve­lop­pe­ment d'une pla­te­forme pour connaître ses droits en ma­tière de lo­ge­ment, de tra­vail, de ci­toyen­ne­té ».

AVOIR CONFIANCE DANS LE NU­MÉ­RIQUE, UN AUTRE PRO­BLÈME !

« Pour la pre­mière fois en 2016, on constate une baisse de la confiance des Fran­çais dans l'usage du nu­mé­rique » , pointe Orianne Le­droit. Une ques­tion es­sen­tielle pour Fran­çois Enaud. « On oc­culte com­plè­te­ment le pro­blème de la sé­cu­ri­té, le re­vers de la mé­daille. La ques­tion de la sou­ve­rai­ne­té com­mence à en­trer dans le dé­bat pu­blic et peut de­ve­nir un frein au dé­ploie­ment du nu­mé­rique. Les uti­li­sa­teurs en prennent conscience, il faut que les pou­voirs pu­blics fassent de même. » Mais des so­lu­tions existent pour ré­ta­blir la confiance, se­lon Oli­vier Hag, qui prône une al­ter­na­tive aux GAFAS : « Il existe d'autres so­lu­tions que les ou­tils “mains­tream”. Il y a d'autres ou­tils, res­pec­tueux de la vie pri­vée, par­fois aus­si fa­ciles à maî­tri­ser. Et la mé­dia­tion est là pour ras­su­rer : pe­tit à pe­tit, on dé­sa­cra­lise la ma­chine, c'est très im­por­tant pour quel­qu'un qui trouve que c'est com­plexe ou peu in­tui­tif. Il faut se ré­ap­pro­prier la tech­no pour ne pas être sou­mis. »

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