HAFID EL MEHDAOUI,

Faire du bu­si­ness en res­pec­tant les gens et l'en­vi­ron­ne­ment, c'est le cre­do d'hafid El Mehdaoui, co­fon­da­teur de la so­cié­té tou­lou­saine de mo­bi­lier ur­bain Comm1pos­sible.

L'Édition Toulouse de La Tribune - - Front Page - SO­PHIE ARUTUNIAN @Soa­ru­tu­nian

L'EN­TRE­PRE­NEUR DU CHAN­GE­MENT

Poi­gnée de main franche, sou­rire ac­cueillant, voix po­sée, look simple mais soi­gné : au pre­mier abord, Hafid El Mehdaoui est le genre d'homme que l'on sou­haite comp­ter par­mi ses amis. De ceux avec qui l'on re­fait le monde au­tour d'une bière, qui donne confiance et en­vie de faire de grandes choses. Et même en grat­tant un peu, en pro­vo­quant, en cher­chant bien, dif­fi­cile de lui trou­ver un dé­faut. Rien à faire, l'en­tre­pre­neur tou­lou­sain, co­fon­da­teur de la star­tup Comm1pos­sible, dis­pose d'un so­lide ca­pi­tal sym­pa­thie. Son seul point faible se­lon ses proches, est d'être « par­fois un peu dif­fi­cile à suivre, car c'est un fon­ceur » . Pour un chef d'en­tre­prise, ce dé­faut pas­se­rait presque pour une qua­li­té.

UNE « STAR­TUP SO­CIALE »

Ac­tuel­le­ment hé­ber­gée dans les lo­caux d'eki­to à Tou­louse, la star­tup lan­cée par Hafid El Mehdaoui et son as­so­ciée Clé­mence Le Nir (150 000 eu­ros de chiffre d'af­faires au bout de neuf mois d'exer­cice) s'ins­crit dans le mou­ve­ment en­core fré­mis­sant des « star­tups so­ciales ». Comm1Pos­sible se pré­sente comme une en­tre­prise de con­seil en com­mu­ni­ca­tion, en or­ga­ni­sa­tion et en amé­na­ge­ment d'es­paces. La nou­veau­té : l'uti­li­sa­tion des Na­celles, un mo­bi­lier cir­cu­laire et dé­mon­table en quelques mi­nutes qui per­met aux gens d'échan­ger dans l'es­pace pu­blic, puis de trai­ter et d'uti­li­ser les don­nées re­cueillies. Une sorte de mo­bi­lier connec­té au­quel Hafid El Mehdaoui doit un de ses plus beaux sou­ve­nirs ré­cents : « Nous avons ins­tal­lé à Mar­ra­kech, à l'oc­ca­sion de la COP22, sept de nos Na­celles pour le compte de l'agence fran­çaise de dé­ve­lop­pe­ment au Ma­roc. C'était in­croyable. D'une part, nous avons réus­si ce pa­ri fou de po­ser sept de ces “vais­seaux spa­tiaux” en plein mi­lieu de la place Je­maa el-fna, qui est le haut lieu em­blé­ma­tique des conteurs au Ma­roc. D'autre part, nous y avons ras­sem­blé 9 000 per­sonnes en quinze jours. Ces gens ont écou­té des his­toires sur le cli­mat, écrites spé­cia­le­ment pour l'oc­ca­sion. Il y avait alors une co­hé­sion in­croyable, une équipe de vé­ri­tables conteurs ve­nus de tout le Ma­roc. C'était en­thou­sias­mant et com­plè­te­ment dingue ! Ce sont de très beaux mo­ments. » Pour le Tou­lou­sain, dé­jà pas­sé par deux burn out dans une pré­cé­dente vie, l'im­pact po­si­tif d'une en­tre­prise doit avant tout se res­sen­tir au sein même de celle-ci. « Si je me suis lan­cé dans l'aven­ture en­tre­pre­neu­riale, c'était d'abord en por­tant des va­leurs qui sont celles du par­tage, de plus de co­hé­sion dans les ter­ri­toires et en en­tre­prise. Mais aus­si pour plus de pa­ri­té et d'équi­té entre hommes et femmes. » Et ce n'est pas chose fa­cile, ad­met-il. Se ris­quant à cas­ser le sto­ry­tel­ling ca­rac­té­ris­tique des star­tups, il avoue quelques dif­fi­cul­tés re­la­tion­nelles avec son as­so­ciée Clé­mence Le Nir l'an­née der­nière. Lu­cides sur leurs pro­blèmes, les deux star­tup­pers ont fait ap­pel à la so­cié­té ca­na­dienne Per­co­lab, qui les a ai­dés à tra­vailler sur la ques­tion du ma­na­ge­ment. « On s'est don­né des garde-fous, qui nous ont per­mis de re­trou­ver ce plai­sir de tra­vailler tous les jours en­semble, d'avoir le temps d'échan­ger sur le commercial, le stra­té­gique, l'opé­ra­tion­nel, mais aus­si sur nos en­vies, nos in­ten­tions, nos in­tui­tions, nos ins­pi­ra­tions. Quand on par­tage plus que du fac­tuel, quand on par­tage un rêve, le plai­sir com­mence à ve­nir », sou­tient le jeune homme.

L'AL­GÉ­RIE, LA DÉ­CHI­RURE

Hafid El Mehdaoui est un en­fant d'al­ger. Ses ra­cines sont un des points com­muns qu'il par­tage avec son maître à pen­ser, l'es­sayiste et poète Pierre Rabhi. « Mes deux pa­rents étaient mé­de­cins. Nous avons dû mal­heu­reu­se­ment fuir l'al­gé­rie pen­dant la dé­cen­nie noire, parce qu'ils étaient consi­dé­rés comme des in­tel­lec­tuels. » À cette époque, en 1994, un conflit op­pose le gou­ver­ne­ment al­gé­rien à di­vers groupes is­la­mistes. Une guerre ci­vile qui coû­ta la vie à des di­zaines de mil­liers de per­sonnes. Pour l'ado­les­cent Hafid, c'est un trau­ma­tisme : « Je pense que tous les Al­gé­riens, à cette époque, ont été mar­qués par des faits atroces. Mais ça a été aus­si une dé­chi­rure de quit­ter l'al­gé­rie, com­bi­née au choc cultu­rel d'ar­ri­ver en France, à Pa­ris en plus ! J'ai été si­dé­ré par le manque de so­li­da­ri­té et la so­cié­té consu­mé­riste. » Au fil des an­nées, le Fran­co-al­gé­rien s'est at­ta­ché à la France et, au­jourd'hui, il n'en­vi­sage pas de quit­ter Tou­louse. Op­ti­miste sur son ave­nir comme sur ce­lui de sa gé­né­ra­tion, il conclut : « Il y a une ci­ta­tion at­tri­buée tan­tôt à Ro­main Rol­land, tan­tôt à An­to­nio Gram­sci, qui af­firme qu'il faut en même temps faire preuve d'un cer­tain pes­si­misme pour ne pas tom­ber dans l'illu­sion, et être dans l'op­ti­misme de l'ac­tion. Et je pense que ça me va bien. »

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