MA­NA­GE­MENT

La so­cié­té tou­lou­saine Bet­ter Hu­man Com­pa­ny, qui ac­com­pagne des en­tre­prises dans l'amé­lio­ra­tion de la qua­li­té de vie au tra­vail, a si­gné fin 2016 un par­te­na­riat avec Tou­louse Bu­si­ness School. Ob­jec­tif : faire avan­cer la re­cherche et les connais­sances sur

L'Édition Toulouse de La Tribune - - Front Page - PAUL PÉRIÉ @paul_­pe­rie

COMMENT ÉVI­TER LES BURN OUT

De­puis près de dix ans, Bet­ter Hu­man Com­pa­ny a réa­li­sé plus de 150 diag­nos­tics et ac­com­pa­gné presque au­tant d'en­tre­prises. Les té­moi­gnages de 30 000 sa­la­riés ont été re­cueillis. « Une masse de don­nées ex­tra­or­di­naire. C'est pour ce­la que nous avons vou­lu la confier à des cher­cheurs pour faire pro­gres­ser la connais­sance en ma­tière de qua­li­té de vie au tra­vail », ex­plique Flo­rence Bé­ni­choux, co­fon­da­trice de la so­cié­té. La thé­ma­tique de la san­té au tra­vail est de­ve­nue un en­jeu ma­jeur pour de nom­breuses en­tre­prises de­puis quelques an­nées. « Au­jourd'hui, le plus grand gi­se­ment de per­for­mance pour les en­tre­prises, c'est le fac­teur hu­main », as­sure Flo­rence Bé­ni­choux. Se­lon une étude de l'ins­ti­tut Gal­lup pu­bliée en 2013, 26 % des tra­vailleurs se­raient ac­ti­ve­ment désen­ga­gés. « Dans le même temps, 21 % sont sur­en­ga­gés et donc sur­me­nés, ce qui conduit à des dé­pres­sions ou des burn out. On a donc un ab­sen­téisme dû à un sur­en­ga­ge­ment et un pré­sen­téisme désen­ga­gé. Pour les di­rec­tions, ce­la fait donc qua­si­ment 50 % des sa­la­riés qui ne sont pas au ni­veau d'ef­fi­ca­ci­té ou de per­for­mance qu'ils pour­raient avoir », ana­lyse-t-elle. Se­lon elle, ces chiffres sont dus à un contexte gé­né­ral. « Le tra­vail s'est ac­cé­lé­ré, on en a de plus en plus et il est de plus en plus com­plexe, dé­taille-t-elle. Nous sommes tous in­ter­rom­pus en per­ma­nence, hy­per­con­nec­tés, avec une pres­sion constante. On en ar­rive à ce que l'on ap­pelle des pa­tho­lo­gies de sur­charge. » Les sa­la­riés sont ain­si vic­times d'une perte de l'es­time de soi car ils ne sont plus ca­pables de faire un tra­vail de qua­li­té du fait d'un manque de moyens. Comme le ré­sume Flo­rence Bé­ni­choux, il faut « faire de la quan­ti­té et pas de la qua­li­té. Il y a plu­sieurs causes à ce­la. La nu­mé­ri­sa­tion et la fi­nan­cia­ri­sa­tion à l'ex­trême des en­tre­prises, no­tam­ment. Il faut faire plus avec moins de gens. »

LA DIF­FI­CILE PRISE DE CONSCIENCE DES EN­TRE­PRISES

Pour­tant, si la ques­tion est au­jourd'hui prise en compte par de plus en plus d'en­tre­prises, les dé­buts ont été dé­li­cats pour Bet­ter Hu­man Com­pa­ny. « Ce­la n'a pas du tout été fa­cile, il y a dix ans, de convaincre les di­ri­geants de s'in­té­res­ser à cette pro­blé­ma­tique. Nous étions per­çus comme des Bi­sou­nours. Pour eux, il s'agis­sait de cos­mé­tique (un ba­by-foot, des apéros…). Nous n'avions au­cune écoute des di­rec­tions. Nous avons ren­con­tré des dif­fi­cul­tés car il y avait peu d'études et pas de chiffres qui mon­traient les liens entre qua­li­té de vie au tra­vail et san­té men­tale. » Mal­heu­reu­se­ment, la vague de sui­cide chez France Té­lé­com a per­mis une prise de conscience. De­puis, Bet­ter Hu­man Com­pa­ny a ac­com­pa­gné de nom­breuses en­tre­prises : Da­none, Atos, Airbus Cim­pa, Co­ca-co­la, Fi­geac Aé­ro ou en­core Ca­pio. Sur l'exer­cice 2015-2016, elle a en­re­gis­tré un chiffre d'af­faires de 750 000 eu­ros et de­vrait dé­pas­ser le mil­lion d'eu­ros cette an­née. « Nous fai­sons du con­seil en ca­pi­tal hu­main. Le meilleur ou­til de pré­ven­tion de la san­té men­tale, c'est le dé­ve­lop­pe­ment de la qua­li­té de vie au tra­vail, qui est par ailleurs un le­vier ma­jeur pour la com­pé­ti­ti­vi­té des en­tre­prises. Ce n'est pas la per­for­mance qui per­met d'avoir une meilleure qua­li­té de vie au tra­vail, c'est l'in­verse », pré­cise Flo­rence Bé­ni­choux. Et pour elle, il ne faut pas confondre qua­li­té de vie au tra­vail et bien-être au tra­vail. « Les mas­sages, ces choses-là, c'est très bien, mais, au fi­nal, c'est hors tra­vail. La vraie qua­li­té de vie au tra­vail, ce sont les condi­tions de tra­vail, l'or­ga­ni­sa­tion du tra­vail et la qua­li­té du ma­na­ge­ment. » Se­lon elle, il est pri­mor­dial de « re­mettre de l'in­tel­li­gence au tra­vail ». Bet­ter Hu­man Com­pa­ny oeuvre pour ce­la avec des mé­de­cins, des so­cio­logues, des er­go­nomes… « Ar­rê­tons de consi­dé­rer les hommes comme des ma­chines », s'ex­clame la co­fon­da­trice de la so­cié­té. Dans son ac­com­pa­gne­ment des en­tre­prises, la so­cié­té, pré­sente à Tou­louse et Pa­ris, adopte une pos­ture la plus neutre pos­sible. Il ne s'agit pas pour elle de prendre par­ti pour la di­rec­tion ou pour les sa­la­riés mais d'éta­blir « le diag­nos­tic le plus juste pos­sible ». Néan­moins, le chan­ge­ment de men­ta­li­té est en­core trop lent se­lon Flo­rence Bé­ni­choux. « Il y a un vrai in­té­rêt pour la ques­tion de­puis deux-trois ans. Mais on est res­té très long­temps dans la théo­rie. Main­te­nant, il faut ap­por­ter des chan­ge­ments concrets. »

LA SAN­TÉ AU COEUR DU PAR­COURS DE FLO­RENCE BÉ­NI­CHOUX

Cette ques­tion de la qua­li­té de vie au tra­vail est un com­bat que mène Flo­rence Bé­ni­choux avec ar­deur. Di­plô­mée de sciences po­li­tiques et de mé­de­cine, elle a pas­sé l'en­semble de sa car­rière dans le sec­teur de la san­té. Pen­dant dix ans, elle a en ef­fet tra­vaillé comme mé­de­cin hos­pi­ta­lier, dont une par­tie en can­cé­ro­lo­gie. Elle a fon­dé Bet­ter Hu­man Com­pa­ny en 2007 après avoir tra­vaillé sur la pré­ven­tion de la san­té phy­sique au tra­vail. « À la fin des an­nées 1990 dé­but 2000, j'ai beau­coup en­ten­du par­ler des pro­blé­ma­tiques de dé­pres­sion au tra­vail, de burn out… Et je me suis de­man­dée comment pré­ve­nir ces ma­la­dies. La mé­de­cine du tra­vail a mis soixante-dix ans pour ar­ri­ver à mettre en place les ou­tils de pré­ven­tion de la san­té phy­sique, ce qui a ré­duit le nombre d'ac­ci­dents du tra­vail. Mais, dans le même temps, on a as­sis­té à une hausse ver­ti­gi­neuse des ma­la­dies comme les burn out ou les AVC. »

Il est pri­mor­dial de re­mettre de l'in­tel­li­gence au tra­vail

« Le tra­vail s’est ac­cé­lé­ré, on en a de plus en plus et il est de plus en plus com­plexe » , dé­taille Flo­rence Bé­ni­choux.

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