« ON NOUS ABORDE DIFFÉREMMENT »

Le mi­lieu droit de Man­ches­ter Ci­ty évoque le chan­ge­ment de sta­tut du Por­tu­gal, deux ans après son sacre à l'Eu­ro.

L'Équipe - - COUPE DU MONDE 2018 - RÉGIS DUPONT

MAN­CHES­TER ( ANG) – Ber­nar­do Sil­va gagne par­tout où il passe et ne voit pas pour­quoi ce­la s’ar­rê­te­rait en équipe na­tio­nale. Le mi­lieu droit man­cu­nien ( 23 ans), de­ve­nu im­por­tant au fil des se­maines pour Pep Guar­dio­la, a ac­quis un sta­tut ma­jeur en Se­le­çao, où son pro­fil tech­nique a ou­vert de nou­velles pers­pec­tives. Le mois der­nier, il nous a ac­cor­dé un long en­tre­tien dans la ca­fé­té­ria très spa­cieuse du centre d’en­traî­ne­ment des Ci­ti­zens. Sou­riant, dé­ten­du, af­fable. Aus­si à l’aise pour jon­gler d’une langue à l’autre que pour dé­li­vrer une passe dé­ci­sive.

« Ce match contre l’Es­pagne a- t- il com­men­cé de­puis long­temps avec votre par­te­naire de club Da­vid Sil­va ?

On en a par­lé un peu, on s’est un peu cham­brés de­puis le ti­rage au sort, mais sans en ra­jou­ter. Je sais que ce se­ra un match très dif­fi­cile. L’Es­pagne est un des fa­vo­ris, peut- être le fa­vo­ri .

En 2014, le Por­tu­gal ne s’était pas re­mis de sa dé­faite d’en­trée contre l’Al­le­magne ( 0- 4).

Dans ce type de com­pé­ti­tion, si tu com­mences par perdre, ça de­vient très dif­fi­cile, tu abordes le deuxième match avec beau­coup de pres­sion, tu ne peux plus te per­mettre un nul.

Pen­sez- vous en­core à votre ab­sence sur bles­sure ( cuisse) à l’Eu­ro ?

Ça au­rait été ma pre­mière phase fi­nale avec le Por­tu­gal. Bien sûr que, une fois le titre ac­quis avec Ci­ty, cette sai­son, j’y ai pen­sé. Je ne vou­lais pas me bles­ser, pas ques­tion de man­quer ma pre­mière Coupe du monde. Je pense que tous les joueurs font ça, ils se ré­servent un peu lors des der­niers matches. Tout le monde rêve de jouer une Coupe du monde et je ne suis pas une ex­cep­tion.

Au Por­tu­gal, sen­tez- vous que ça a chan­gé de­puis le titre de cham­pion d’Eu­rope ?

Ah oui, bien sûr. Gagner la pre­mière com­pé­ti­tion in­ter­na­tio­nale pour notre pays, ça nous a ren­dus très fiers. La gagner en France, presque à la der­nière mi­nute, ex­cu­sez- moi de vous le rap­pe­ler, mais l’Eu­ro, c’était un truc spécial. ( Il sou­rit.) Au cours des quinze der­nières an­nées, on avait été sou­vent tout près de gagner et on ne ga­gnait ja­mais. Plus main­te­nant.

Les joueurs sont- ils plus se­reins ?

Dans son dis­cours, Fernando San­tos ( le sé­lec­tion­neur) a chan­gé un peu l’am­bi­tion des joueurs. Quand il dit : “On n’est pas les fa­vo­ris mais on va là- bas pour gagner, et je pense qu’on peut gagner, qu’on peut être cham­pions d’Eu­rope”, il ne dit pas : “O. K., on va es­sayer de faire quelque chose.” De­puis 2016, on tra­vaille de la même fa­çon, mais bien sûr que ce suc­cès donne de la confiance. Et tu le sens aus­si dans le jeu de nos ad­ver­saires. Avant, on nous re­gar­dait comme ça : “Le Por­tu­gal ? Vous avez une bonne équipe.” Main­te­nant, on est cham­pions d’Eu­rope en titre, on nous aborde différemment.

Vous n’êtes pas cham­pion d’Eu­rope, mais vous avez dé­jà été ti­tré dans trois pays...

Oui, même si, avec Ben­fi­ca

( en 2014), je n’avais presque pas joué ( 1 match). À seule­ment vingt- trois ans, je suis très content de ce bi­lan.

Leo­nar­do Jar­dim af­firme que le titre le plus no­table c’était Mo­na­co ( 2017), parce que vous étiez un joueur très im­por­tant.

Le titre à Mo­na­co était spécial parce que ça fai­sait presque vingt ans que l’ASM ne l’avait plus ga­gné, et qu’on l’a fait contre le PSG ! En France, tout le monde sait que ce n’est pas une chose nor­male. Ici avec Ci­ty, la fa­çon dont on a ga­gné, en jouant très bien, en mar­quant beau­coup, c’était très beau aus­si.

Guar­dio­la est- il très dif­fé­rent de Jar­dim ?

Ce qui est dif­fé­rent, c’est qu’ici on es­saie d’avoir tou­jours le bal­lon et, quand on le perd, on es­saie de le ré­cu­pé­rer le plus vite pos­sible. On tente de jouer en per­ma­nence dans la moi­tié de ter­rain ad­verse. Avec Jar­dim, sur­tout la der­nière sai­son, on jouait un foot­ball of­fen­sif, mais dans un sys­tème dif­fé­rent, on jouait très bien en contre, avec des joueurs comme Mbap­pé qui al­laient vite. Le ta­lent d’un en­traî­neur est aus­si de s’adap­ter aux qua­li­tés de ses joueurs.

Quel dis­cours Guar­dio­la a- t- il te­nu pour vous faire ve­nir ?

Il suf­fit de re­gar­der son Bar­ça ou son Bayern, main­te­nant Ci­ty, ce sont tou­jours des équipes qui dé­ve­loppent un beau foot­ball. Quand j’ai eu l’op­por­tu­ni­té de re­joindre Ci­ty, je n’ai pas ré­flé­chi deux fois.

“Tous les joueurs font ça, ils se ré­servent , , un peu lors des der­niers matches

“C’est par­fait ( à Ci­ty), à part le temps. , , Il fau­drait aus­si ache­ter le so­leil

Êtes- vous sa­tis­fait de votre sai­son ?

Oui, très content. Lors des six der­niers mois, j’ai beau­coup joué. J’ai dé­bu­té presque trente matches ( 28 toutes com­pé­ti­tions confon­dues), c’est pas mal. J’ai beau­coup ap­pré­cié cette sai­son. Ces joueurs, cette équipe, c’est fan­tas­tique d’être là. C’est par­fait, à part le temps. Il fau­drait aus­si ache­ter le so­leil. Quand je suis par­ti, les gens me di­saient : “Ber­nar­do, tu vas avoir froid là- bas.” Mais moi je me di­sais : “Oui, au Por­tu­gal et à Mo­na­co, il y a deux mois du­rant les­quels il fait froid, ici ça du­re­ra quatre ou cinq mois.” Mais non, ça dure huit ou neuf mois ( rires) !

Vous jouez à droite à Ci­ty, comme à l'ASM et en sé­lec­tion.

C’est votre poste, dé­sor­mais ?

Je m’y suis ha­bi­tué. À Mo­na­co, je jouais à droite, mais j’al­lais plus à l’in­té­rieur, ici je joue vrai­ment à droite. Je me sens bien dans l’axe, c’était mon poste na­tu­rel. Je dis c’était, parce que je ne sais plus si c’est en­core mon poste. Je sens que mon pre­mier poste, main­te­nant, c’est sans doute à droite.

Vrai­ment ?

La sai­son pas­sée, j’ai com­men­cé à droite puis, pen­dant un mois et de­mi, deux mois, je suis re­pas­sé en deuxième at­ta­quant. Après, Jar­dim m’a re­mis à droite et, au bout de deux, trois matches, je me re­vois me dire : en fait, ici, je me sens bien.

En équipe na­tio­nale, l’après- Ro­nal­do ap­proche. Vous ima­gi­nez- vous comme ce­lui qui peut de­ve­nir le lea­der des an­nées qui sui­vront ?

C’est im­pos­sible de rem­pla­cer Cris­tia­no, tout le monde le sait, c’est l'un des meilleurs joueurs de l’his­toire. Un jour, oui, il va s’ar­rê­ter et ce se­ra à nous d’es­sayer de main­te­nir le Por­tu­gal le plus haut pos­sible. J’es­saie tou­jours d’être le joueur le plus am­bi­tieux qui soit. S’il faut être là pour le Por­tu­gal, j’es­saie­rai d’être là. Mais on a beau­coup de joueurs de très haut ni­veau qui peuvent le faire. Un peu comme à Ci­ty, où tu as quatre- cinq joueurs do­mi­nants et les autres qui, en­semble, font une très belle équipe. Quand Cris­tia­no s’ar­rê­te­ra, on va es­sayer de faire ça.

Quel co­équi­pier de Mo­na­co au­riez- vous em­me­né à Ci­ty ?

Le choix nor­mal, c’est Mbap­pé. Dans les pro­chaines an­nées, il peut de­ve­nir l’un des meilleurs du monde. Mais j’hé­site entre lui et Fa­bin­ho. Fa­bin­ho a en­core dix an­nées de­vant lui et j’ai pris beau­coup de plai­sir à jouer avec lui. Il est très in­tel­li­gent, c’est une très bonne per­sonne et un joueur fan­tas­tique.

Et quel joueur de Ci­ty pren­driez- vous en sé­lec­tion ?

Peut- être Da­vid ( Sil­va) ou Ke­vin De Bruyne. Des joueurs qui changent les équipes et les matches. Da­vid a tou­jours le bal­lon dans les pieds, ne le perd pas, contrôle le match. Ke­vin, avec son in­ten­si­té, sa vi­sion du jeu, il fait cin­quante passes dé­ci­sives par sai­son, il marque, tra­vaille pour l’équipe.

Pour at­teindre leur ni­veau, dans quel do­maine de­vez- vous pro­gres­ser ?

Avoir un peu plus en­core cette men­ta­li­té de mar­quer, de ren­trer dans la sur­face.

C’est ce que vous dit Guar­dio­la ?

À Mo­na­co, Jar­dim me par­lait dé­jà beau­coup de ça et je pense avoir beau­coup pro­gres­sé là- des­sus. Mais je peux en­core faire plus. Beau­coup plus. »

Ber­nar­do Sil­va en confé­rence de presse à Kra­to­vo, au camp de base du Por­tu­gal, mer­cre­di.

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