EN TER­RAIN MINÉ

Écra­sée au pre­mier test par les All Blacks ( 52- 11), l’équipe de France es­père cor­ri­ger ses er­reurs, de­main ma­tin à Wel­ling­ton, pour faire au moins meilleure fi­gure. De là à gagner...

L'Équipe - - RUGBY - RENAUD BOUREL

“Ce n’est pas une équipe in­jouable. Si­non on n’au­rait rien à faire ici. (...) Au­jourd’hui, ce sont les meilleurs du monde, mais on ne le reste pas tou­jours. Ils ont été bat­tus par d’autres , , équipes. Pour­quoi pas nous ? DANY PRISO, PILIER DE L’ÉQUIPE DE FRANCE

AUCKLAND ( NZL) – La der­nière fois que l’équipe de France a joué à Wel­ling­ton, elle a per­du contre les Ton­ga ( 14- 19). C’était en poules lors de la Coupe du monde 2011. Elle of­frait alors trois jours de fête na­tio­nale à un pe­tit ar­chi­pel po­sé au mi­lieu du Pa­ci­fique, une re­cru­des­cence de la na­ta­li­té neuf mois plus tard et un sa­cré mal de casque à son sé­lec­tion­neur. La fois d’avant, en juin 2007, Sé­bas­tien Cha­bal avait frac­tu­ré la mâ­choire d’Ali Williams dans un élan que Ré­my Gros­so ne pour­rait plus re­gar­der sans fer­mer les yeux. Le nu­mé­ro 8 tri­co­lore de­ve­nait le you­tu­beur le plus cé­lèbre de France, alors que les All Blacks pas­saient 61 points à ses par­te­naires et sol­daient les car­rières i nter­na­tio­nales de quelques Bleus dont Cas­tai­gnède, Ca­li­fa­no, Magne…

C’est pour vous dire le kar­ma qu’on a là- bas. Le West­pac Sta­dium est une sorte de bou­lon tout rond cou­leur Inox po­sé sur les berges de la baie. Quand vous sur­vo­lez la ca­pi­tale avant l'at­ter­ris­sage, il ap­pa­raît, en­cla­vé par le re­lief ver­doyant de la ville et la mer cou­leur éme­raude sous le so­leil. Bel en­droit pour fi­nir plan­té comme un pi­quet, d’au­tant que les ar­chi­tectes ont eu la bonne idée de le rendre à peu près her­mé­tique aux cou­rants d’air. De­puis le re­tour à un an­cien for­mat de tour­née di­ver­se­ment ap­pré­cié, à sa­voir trois tests secs contre la même na­tion, le quinze de France n’a pas fran­che­ment brillé par la qua­li­té de ses per­for­mances. Le deuxième acte de la tri­lo­gie est d’ailleurs sou­vent ap­pa­ru comme le plus ré­bar­ba­tif. Il se nour­ris­sait à chaque fois des mêmes in­gré­dients : l’or­gueil, la co­lère, la vexa­tion, et la convic- tion, as­sé­née fa­çon ga­vage des oies, que l’écart avec ceux d’en face n’exis­tait que dans des me­nus dé­tails. « Ce n’est pas la mé­thode Coué » , nous pro­met à ce su­jet le sé­lec­tion­neur dans l’en­tre­tien qu’il nous a ac­cor­dé ( lire page 32).

En 2013, dé­jà en Nou­vel­leZé­lande, après un pre­mier test im­per­dable et pour­tant per­du ( 23- 13), Phi­lippe Saint- An­dré avait opé­ré quatre chan­ge­ments, es­sen­tiel­le­ment de­vant, ain­si que le rem­pla­ce­ment de Lo­pez par Mi­cha­lak à l’ou­ver­ture. Au bout du compte ? Des Bleus étrillés ( 30- 0). Un an plus tard, de l’autre cô­té de la mer de Tas­man, après une fes­sée au pre­mier test in­fli­gée par les Wal­la­bies ( 50- 14), PSA sor­tait huit joueurs pour rai­sons di­verses. Les Bleus per­daient 6- 0 dans l’un des plus vi­lains matches de leur his­toire. En­fin, la sai­son der­nière, en Afrique du Sud, les mêmes causes ont pro­duit de pires ef­fets. Aga­cé par la dé­mis­sion col­lec­tive du test de Pre­to­ria ( 37- 14), Guy No­vès avait re­nou­ve­lé plus de la moi­tié de son quinze de dé­part, dont une char­nière com­plète, deux trois­quarts et quatre joueurs du pack. À Dur ban, la note avait été la même, à un point près ( 37- 15), pour ce constat qua­si dé­fi­ni­tif que c’était plus que des dé­tails qui sé­pa­raient l’équipe de France du go­tha mon­dial.

De­puis, le sé­lec­tion­neur a chan­gé, son staff aus­si. Et Bernard La­porte a en­core quit­té son cos­tume de pré­sident pour ce­lui d’an­cien sé­lec­tion­neur le temps d’une saillie mé­dia­tique ( « on n'est pas in­vi­tés face à la Nou­vel­leZé­lande » ) . Jacques Bru­nel, lui, a pro­cé­dé à cinq ajus­te­ments dans son quinze de dé­part ( en­trées de Le Roux, Gal­le­tier, Ba­billot, Fi­ckou et Fall). Pour­tant, à quelques heures du se­cond test, le ver­tige est tou­jours plus grand. Parce que ce sont les All Blacks en face, parce qu’ils semblent de plus en plus im­pre­nables, parce qu’ils em­ma­ga­sinent de la confiance comme on re­cycle nos es­poirs in­can­ta­toires. « Ce n’est pas une équipe in­jouable. Si­non on n’au­rait rien à faire ici. S’ils étaient im­bat­tables, per­sonne ne les joue­rait. Au­jourd’hui, ce sont les meilleurs du monde, mais on ne le reste pas tou­jours. Ils ont été bat­tus par d’autres équipes. Pour­quoi pas nous ? Je pense que l’on a les mecs pour pou­voir jouer ces gars » , dé­cla­rait pour­tant Dany Priso cette se­maine en confé­rence de presse, étran­glé de sin­cé­ri­té.

La somme des fa­meux « dé­tails » à ré­gler pour rê­ver à pa­reil ex­ploit est im­mense. Il fau­drait une touche cli­nique, une mê­lée par­faite, la main ba­la­deuse pour leur ra­len­tir le jeu et sur­tout une dé­fense en Plexi­glas plu­tôt qu’en Cel­lo­phane parce que, face à ces gars- là, un pla­quage man­qué compte double. Et l’on ne parle même pas, là, de l’uti­li­sa­tion des mu­ni­tions, pé­ché mi­gnon des Tri­co­lores, dont les mains se mettent à trans­pi­rer quand le bal­lon de­vient brû­lant à l’ap­proche de la ligne ad­verse. « C’est tou­jours dé­li­cat de dire que l’on va ri­va­li­ser et mettre cette équipe en dif­fi­cul­té. Je vou­drais sur­tout que l’on montre autre chose » , a in­sis­té Bru­nel toute la se­maine. Le pa­tron des Bleus en a tou­te­fois trop vu pour pro­mettre n’im­porte quoi : « Je veux bien perdre face à une équipe qui im­pulse des mou­ve­ments, nous met sous pres­sion, que l’on soit dé­bor­dés et au point d’être em­pê­chés de ré­agir, mais pas bat­tus sur un seul mou­ve­ment parce qu’un joueur s’est trom­pé. » La se­maine der­nière, c’est vrai, ses hommes se sont beau­coup trom­pés. Ils n’ont ce­pen­dant ja­mais dé­mis­sion­né. Et, quelque part, c’est dé­jà un pro­grès. En es­pé­rant qu’il soit suf­fi­sant.

Lors du pre­mier test, Ma­thieu Bas­ta­reaud, qui tente ici d'échap­per à Ben Smith, n'avait pas trou­vé la so­lu­tion of­fen­sive.

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