Gour­don, res­ca­pé en sur­sis

Si mor­dant au dé­but de sa car­rière in­ter­na­tio­nale, le troi­sième- ligne pioche de­puis plu­sieurs mois, au point d’être pas­sé to­ta­le­ment au tra­vers du pre­mier test. Il joue­ra pour­tant le deuxième, au poste de n° 8.

L'Équipe - - RUGBY - LAURENT CAMPISTRON

nier, la dé­fense fran­çaise avait choi­si de ne pas « grat­ter » dans les rucks, pour avoir le plus de joueurs dis­po­nibles dans la ligne. Les er­reurs de mon­tée ont bri­sé cette stra­té­gie.

Je pense que Jacques Bru­nel et ses ad­joints de­man­de­ront cette fois de « grat­ter » , his­toire au mi­ni­mum de ra­len­tir les mou­ve­ments. Mais il y au­ra sans doute d e s c o n s i g n e s : s e u l s l e s me i l l e u r s j o u e u r s d a n s ce t exer­cice pour­ront es­sayer de grat­ter, et ils ne pour­ront le faire que dans cer­taines zones du ter­rain ou sur cer­tains types d’ac­tion. AUCKLAND ( NZL) – Ké­vin Gour­don est un sur­vi­vant. C’est le seul troi­sième- ligne de l’équipe de France à avoir sau­vé sa peau après l a lourde dé­faite concé­dée face aux All Blacks ( 52- 11), lors du pre­mier t est de cette tour­née. Il ne mér i t a i t p a s for­cé­ment da­van­tage de res­ter que Fa­bien San­con­nie ou Jud i c a ë l C a n co r i e t , rayés du groupe des vingt- trois, mais il est en­core là, fi­dèle au poste, peu­têtre grâce à son po­ten­tiel supp o s é é l e v é – mê me s’ i l f a u t re­mon­ter à as­sez loin pour trou­ver trace de son der­nier vrai bon match en sé­lec­tion – ou à sa lu­ci­di­té et sa fran­chise. « Ké­vin sait qu’il s’est com­plè­te­ment lou­pé, ob­serve Jacques Bru­nel, le sé­lec­tion­neur des Bleus. Il m’a dit : “J’ai été nul, nul. J’ai fait des choses… Je ne com­prends même pas comment j’ai pu faire des trucs pa­reils !” Il montre un mec, il se trompe de mec. Il monte en pointe, il ne faut pas. Il se tourne vers un mec sur l’in­té­rieur, il se fait prendre sur l’ex­té­rieur. Voi­là, il le sait. Mais j’avais en­vie de lui don­ner la pos­si­bi­li­té de re­jouer, parce que je le sens avide de re­vanche. » Hier, avec une lu­ci­di­té désar­mante, le joueur de vingt- huit ans a ré­pé­té de­vant les mé­dias fran­çais et néo- zé­lan­dais ce qu’il avait confié à son en­traî­neur juste après la ren­contre d’Auckland : « Quand t’es sur le ter­rain, tu sais si tu fais un bon match ou pas. Là, en l’oc­cur­rence, j’ai dit à Jacques ( Bru­nel) que j’avais réa­li­sé un match de merde, et qu’il pou­vait me le dire sans sou­ci. J’ai com­mis des er­reurs de ligne gros­sières, comme mon­ter sur le mau­vais mec ou mon­ter en dé­ca­lé. Je ne sais pas pour­quoi. Je ne me l’ex­plique pas. Ce sont des fautes as­sez in­ha­bi­tuelles chez moi. J’étais d’au­tant plus en co­lère que ce sont des choses que je ne to­lère pas for­cé­ment chez les autres joueurs. »

A- t- il été dé­pas­sé par la vir­tuo­si­té ad­verse ? « Non, ce n’est pas parce que les mecs en face sont su­per forts que tu ne peux pas rest e r e n l i g n e . » A- t- il souf­fert d’un manque de rythme, lui qui n’avait plus joué de­puis le 5 mai der­nier ? « De rythme, non, mais peut- être de rug­by, de si­tua­tions de jeu. Mais ça ne peut pas être une ex­cuse. J’ai quand même joué tout au long de l’an­née avec La Ro­chelle. » Gour­don sait qu’il n’a pas sor­ti non plus la sai­son de sa vie avec son club, qu’il peine à re­trou­ver le ni­veau qui était le s i e n d u r a n t l’exer­cice 20162017. « Je me suis bles­sé deux fois en équipe de France, ex­plique- t- il. Des bles­sures à la che­ville, pé­nibles à soi­gner. J’ai traî­né ça un mo­ment. »

Le bon­homme est vexé, on le sent. Il a pas­sé son dé­but de se­maine à ru­mi­ner ses pla­quages man­qués ( deux sur huit)

ou ses mau­vaises ins­pi­ra­tions. Pour­tant, il se­ra re­con­duit, de­main, à Wel­ling­ton. « Quand tu sors une pres­ta­tion comme ça, et que t’as un mi­ni­mum d’or­gueil, t’as en­vie de mon­trer une autre image de toi. Parce que là, con­crè­te­ment, je suis pas­sé pour un con. Et je n’aime pas ça. Sa­me­di, j’au­rai plus de pres­sion que d’ha­bi­tude. Parce que je suis conscient que ça doit faire bi­zarre à beau­coup de me voir en­core ti­tu­laire. T’es nul et on te re­met. Tu te sens un peu en dé­ca­lage… »

Gour­don dé­mar­re­ra la ren­contre comme n° 8. À un poste au­quel il joue as­sez peu à La Ro­chelle, où il est bar­ré par l’ex- All Back Vic­tor Vi­to, et où il n’a évo­lué qu’à deux re­prises en équipe de France en 17 sé­lec­tions : contre l’Ar­gen­tine, en juin 2016 ( dé­faite 19- 30), et face à l’Ir­lande dans le Tour­noi, en fé­vrier der­nier ( dé­faite 13- 15). « J’ai plus de re­pères en 7, mais du mo­ment que je joue, je suis content, dit- il. En 8, ça me per­met­tra de tou­cher un peu plus de bal­lons. » Jacques Bru­nel au­rait pour­tant pu lui pré­fé­rer le Mont­pel­lié­rain Ké­lian Gal­le­tier en 8 et le lais­ser à son poste ha­bi­tuel de flan­ker. « On y a pen­sé,

confie le sé­lec­tion­neur. Mais il nous a sem­blé que Ké­lian était plus ré­ac­tif, plus vif dans ses dé­pla­ce­ments. C’est pour ça qu’il dé­mar­re­ra au poste de troi­sième- ligne aile. »

, , “Con­crè­te­ment, je suis pas­sé pour un con

À l'image de l'ar­rière Maxime Mé­dard, cloué au sol par le centre néo- zé­lan­dais An­ton Lie­nertB­rown, la dé­fense fran­çaise a mon­tré de nom­breuses ca­rences face aux at­taques des All Blacks sa­me­di der­nier à Auckland ( 52- 11).

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