Toyo­ta a de la marge

Les deux TS050 Hy­brid ont très lar­ge­ment do­mi­né les es­sais. La route d’Alon­so est un peu plus dé­ga­gée que pré­vu.

L'Équipe - - AUTOMOBILE - STÉFAN L’HERMITTE

LE MANS ( SARTHE) – Le Mans peut par­fois être une épreuve éro­tique : il faut sa­voir ne pas trop en mon­trer. Chas­ser la pole c’est bien pour la pho­to, trop se dé­cou­vrir c’est don­ner des in­fos à la concur­rence, c’est aus­si ris­quer de ré­ac­ti­ver « les hautes au­to­ri­tés » ( dixit un pi­lote railleur) et voir rec­ti­fier en­core l’EOT, l’équi­va­lence de tech­no­lo­gie, cen­sée, via l’al­lo­ca­tion en éner­gie, ni­ve­ler les va­leurs.

Sur le coup de 21 h 37, à la nuit tom­bante, Ka­zu­ki Na­ka­ji­ma ne s’est pas em­bar­ras­sé de tous ces cal­culs. Il a al­lu­mé la piste et les leds des chro­nos : 3’ 15’’ 377. Dans son sillage, Ka­mui Ko­baya­shi a ali­gné jus­qu’à des temps en­core plus vé­loces, avant de bu­ter sur des traî­nards et d’en res­ter à ses 3’ 17’’ 377 de la veille. C’est en re­trait du chro­no ca­non et mi­ra­cu­leux de Ko­baya­shi en 2016 ( 3’ 14'’) ar­ra­ché de­vant les Porsche. C’est aus­si la qua­trième pole du pre­mier construc­teur mon­dial ( 1999, 2014, 2017, 2018).

« Toyo­ta, ils n’ont qu’eux- mêmes pour ad­ver­saires » , pro­phé­ti­sait un peu plus tôt Sé­bas­tien Bour­dais, qui les re­garde le dou­bler de­puis le cock­pit de sa Ford GT.

Les lé­gis­la­teurs, son­nés par les re­traits suc­ces­sifs d’Au­di et Porsche, n’ont ces­sé de tri­tu­rer les règles du jeu idéa­li­sant un écart au tour d’une de­mi- se­conde. C’est raté, il ne fal­lait pas rê­ver. Un bud­get avec un zé­ro de moins ça fi­nit en gé­né­ral par comp­ter. Un ré­ajus­te­ment de­main ne joue­ra qu’à la marge.

Alon­so et sa bande n’ont pas pu ou pas vou­lu jouer éven­tuel­le­ment à « ca­chez- moi ce chro­no que les com­mis­saires ne sau­raient voir » . On a vu, il y au­ra deux courses pa­ral­lèles, qui ne fe­ront une qu’en cas de cir­cons­tances par­ti­cu­lières. Il était in­té­res­sant d’éva­luer les faire- va­loir, les LMP1 non- hy­brides. Les Gi­net­ta, par­don les CEFC TRSM ( on vous passe le dé­tail), traînent mi­sère de­puis que les fonds chi­nois pro­mis se sont ta­ris. La ByKolles, af­fré­tée par le fils de l’an­cien chi­rur­gien de Ceau­ces­cu, part de l o i n a p rè s s e s h u i t t o u r s d e course de l’an pas­sé et la Dra­gonS­peed amé­ri­caine sur­vit de pas­sion.

Heu­reu­se­ment, les meilleures d’entres elles vou­laient dé­mon­trer qu’elles étaient les meilleures des autres. Mais ce fut loin, à presque t rois se­condes. Se­raient- ce les Suisses de l’hor­lo­ger Re­bel­lion ? Ou les Russes de SMP et de l’oli­garque Bo­ris Ro­ten­berg, ami de Vla­di­mir Pou­tine ? Deux en­ti­tés où le sa­voir­faire fran­çais, tech­nique ou autre, est très pré­sent. « On pré­pare la course, mais l’objectif est d’être de­vant les SMP, in­di­qua le ju­vé­nile et vé­loce Tho­mas Laurent, on ne part ja­mais pour un tour chro­no avec juste dix litres et les pneus neufs, on se lance pour quatre ou cinq tours et si les condi­tions le per­mettent on tente. »

Les condi­tions ? Jen­son But­ton, tou­jours dé­con­trac­té, se mar­rait : « Ici, c’est pire que la M25 » . La M25 ? L’ef­froyable pé­ri­phé­rique de 188 km qui en­serre Londres. « Ou tu as de la chance, ou tu n’en as pas, c’est pas très im­por­tant pour la course, mais tu as quand même en­vie de cla­quer un temps. »

À la bonne heure, 19 heures, les moins chan­ceux se sont re­layés pour perdre une roue, ta­per le rail, confondre les bas- cô­tés avec la piste, pro­vo­quant une suc­ces­sion de dra­peaux jaune et rouge, pour que les pe­tits bons­hommes orange ( non pas de la DDE mais de l’ACO) poussent, éva­cuent ou ba­layent. À 21 h 30, à la re­prise, les Re­bel­lion chas­sèrent briè­ve­ment leur pole à

Pire que le pé­ri­phé­rique lon­do­nien

eux, Tho­mas Laurent ( 3’ 18’’ 252) et Bru­no Sen­na ( 3’ 19’’ 449) ne lais­sèrent pas la place aux SMP russes, mais re­prirent très vite le vrai tra­vail, ce­lui cen­sé faire du­rer

En course, on pour­ra juste res­ter près et guet­ter la faute » , consta­tait Neel Ja­ni avant les es­sais. Le pi­lote de l’hor­lo­ger suisse ne s’at­ten­dait pas for­cé­ment à si gros écart.

Vi­ta­ly Pe­trov, l’ex- pi­lote de F 1, par­te­naire de But­ton, qui ne par­ti­ra que 7e ( 3’ 21’’ 408), sem­blait s’in­té­res­ser à d’autres chiffres. Avec ses doigts il fai­sait un zé­ro et un cinq. Il avait dû plus re­gar­der le foot qu’ef­feuiller les ré­sul­tats au­to du jour.

La Toyo­ta n° 8 d'Alon­so- Bue­miNa­ka­ji­ma était tou­jours en tête hier soir.

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