« Il va fal­loir ap­prendre vite »

À l’ins­tant de re­ce­voir Car­diff pour le pre­mier match de Coupe d’Eu­rope de l’his­toire du club, l’en­traî­neur du LOU ne boude pas son plai­sir tout en in­sis­tant sur les im­pé­ra­tifs du haut ni­veau. “Jouer, on en est ca­pables, mais... , , on a gé­né­ré un Cham­pi

L'Équipe - - RUGBY - DO­MI­NIQUE ISSARTEL

LYON – Pierre Mi­gno­ni re­çoit dans le grand bu­reau du staff lyon­nais, un es­pace ou­vert où les gens et les idées cir­culent. Ce jeu­di, jour de re­pos, il n’y a pas grand monde, hor­mis les pré­pa­ra­teurs phy­siques qui sont ve­nus pour faire pas­ser des tests à Charles McLeod, jo­ker mé­di­cal à la mê­lée. En ap­pa­rence, c’est une se­maine comme une autre, sauf que le L OU s’ ap­prête à dis­pu­ter la pre­mière Coupe d’Eu­rope de son his­toire. La Cham­pions Cup, le ma­na­ger lyon­nais connaît : il l’a dis­pu­tée en tant que joueur et l’a rem­por­tée trois fois de suite ( 2013, 2014, 2015) lors­qu’il était ad­joint de Ber­nard La­porte à Tou­lon.

« Que vous reste- t- il des matches de Coupe d’Eu­rope dis­pu­tés en tant que joueur ?

Le mot qui vient à l’es­prit, c’est haut ni­veau. Quand on est joueur, l’in­ten­si­té de ces matches- là ap­porte beau­coup de plai­sir. En Coupe d’Eu­rope, on joue contre des équipes pres­ti­gieuses, qui marquent les es­prits. Je pense aux Wasps, aux Sa­ra­cens, à Lei­ces­ter, au Muns­ter, que j’ai af­fron­tées quand j’étais à Cler­mont, mais aus­si avec Tou­lon.

Vous vous sou­ve­nez d’un match en par­ti­cu­lier ?

En 2011, pour le re­tour du RCT en Coupe d’Eu­rope, on avait ga­gné le match re­tour contre les Ir­lan­dais du Muns­ter ( 32- 16). C’était ma der­nière sai­son en tant que joueur et ça reste un sou­ve­nir ex­tra­or­di­naire. C’était l’équipe à battre à l’époque, ils ar­ri­vaient qua­si­ment tou­jours en de­mi- fi­nales. Le stade Mayol était plein et s’était mis à chan­ter

la Mar­seillaise. Avant que Tou­lon gagne la Coupe d’Eu­rope trois fois, il y a eu ces matches- là, qui ont comp­té.

Pour­quoi le ni­veau en Coupe d’Eu­rope est- il plus éle­vé qu’en Top 14 ?

Dé­jà, les Bri­tan­niques ont un jeu, une ap­proche dif­fé­rente de ce qu’on connaît dans notre Cham­pion­nat. Ces équipes qu’on a ci­tées, sans ou­blier le Leins­ter, les Scar­lets, jouent beau­coup. Elles ont une culture de jeu…

… Mais la France aus­si à cette culture !

Oui, nor­ma­le­ment, la France aus­si… Jouer, on en est ca­pable, mais ce qui est pa­ra­doxal, c’est que mal­gré ça, on a gé­né­ré un Cham­pion­nat qui est dif­fé­rent. Un Cham­pion­nat de pres­sion per­ma­nente qui oc­culte par­fois le plai­sir du jeu. Je pense qu’on est à une pé­riode char­nière : c’est en train de re­ve­nir au jeu, car il y a une prise de conscience. Mais, mal­heu­reu­se­ment, ces der­nières an­nées, oui, l’af­fron­te­ment a pris le pas sur le jeu, sur l’évi­te­ment.

Comment la France, pays his­to­ri­que­ment con­si­dé­ré comme pra­ti­quant un rug­by im­pré­vi­sible, s’est lais­sé en­traî­ner sur ce che­min- là ?

C’est pas mal de notre faute… On est fran­çais, donc on est plus co­quins. Ce­la se tra­duit par moins de dis­ci­pline, sur le jeu au sol, sur des duels qui s’éter­nisent en mê­lée. Plu­tôt que de s’ex­po­ser, on ra­len­tit les bal­lons. Dans ces sec­teurs, les équipes an­glo- saxonnes, gé­né­ra­le­ment, sont plus propres, elles font moins de fautes. Il y a moins d’éner­gie dé­pen­sée dans ces phases d’af­fron­te­ments, ils y mettent moins d’en­ga­ge­ment que dans le Top 14. Mais je crois qu’au­jourd’hui il y a une vo­lon­té du rug­by fran­çais de se sor­tir de ça…

En tant qu’en­traî­neur, vous re­trou­vez la Coupe d’Eu­rope trois ans après le der­nier titre du RCT et avec un autre club. Y a- t- il de la peur, une forme d’ap­pré­hen­sion ?

Non, non. Plu­tôt de la joie. Je suis content de re­trou­ver ce ni­veau- là, sur­tout ici à Lyon, car c’est la pre­mière fois. C’est tout nou­veau, et pour le LOU, ce­la va­lide le tra­vail de la sai­son der­nière, nos ré­sul­tats, nos pro­grès. En termes d’évo­lu­tion, c’est une très bonne chose. Bien sûr, ce­la va être dur, on se­ra peut- être dé­pas­sés par­fois, mais ce­la ne doit pas nous em­pê­cher de prendre du plai­sir.

Le ca­len­drier vous a plu­tôt bien ser­vi car, avant d’al­ler aux Sa­ra­cens et à Glas­gow, vous com­men­cez par Car­diff, le plus faible, entre guille­mets, de vos trois ad­ver­saires.

Oui, en plus, on les a af­fron­tés deux fois l’ an­née der­nière en Chal­lenge eu­ro­péen, qu’ils on­trem­por­té. En dé­but­de­sai­son, ils n’avaient pasl’air au mieux mais ils viennent de ga­gner trois mat ch esd’ af­fi­lée en Pro 14, dont un contrele Muns­ter. Pour­nous, c’est sûr, c’est une chance de faire nos pre­miers pas en Cham­pionsCup de­vant notre pu­blic, onest­fiersd’être qua­li­fiés et j’ es­père que les gens vien­dront mon­trer qu’ ils sont fiers aus­si.

Beau­coup de vos joueurs ne connaissent pas cette épreuve, comment les avez- vous pré­pa­rés ?

Il n’y a pas vrai­ment de pré­pa­ra­tion par­ti­cu­lière. Ils sont in­tel­li­gents et je pense qu’ils an­ti­cipent l’exi­gence de ce ni­veau- là. Ils savent qu’on va su­bir beau­coup de temps de jeu, que ce­la va être ar­bi­tré un peu dif­fé­rem­ment dans les mê­lées, dans les mauls. Alors, on en parle, on montre des vi­déos de dé­ci­sions d’ar­bi­trage, mais la réa­li­té, c’est le ter­rain. On est tom­bés dans une su­per poule, avec trois mi­ni- équipes na­tio­nales ( Galles, An­gle­terre, Écosse) dans le sens où il y a un noyau dur d’in­ter­na­tio­naux. Il va fal­loir ap­prendre vite. Pour des jeunes Fran­çais comme Lam­bey, Cre­tin, Re­gard, c’est une marche vers le ni­veau in­ter­na­tio­nal.

Vous vous êtes fixé quel ob­jec­tif ?

De bien fi­gu­rer, mais, avant tout, de ga­gner ce pre­mier match. Et de pro­fi­ter de ces mo­ments qu’on va vivre car on ne sait pas si la sai­son pro­chaine on y se­ra en­core. C’est com­pli­qué d’être dans les six pre­miers du Top 14…

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.