Fe­de­rer en pente douce

Do­mi­né par Bor­na Co­ric, le Suisse n’a pas mon­tré un vi­sage très ras­su­rant. Entre un pro­gramme al­lé­gé et le be­soin de match, il est pris en te­naille et les dé­faites s’ac­cu­mulent.

L'Équipe - - TENNIS - SO­PHIE DORGAN ( avec V. C.)

SHAN­GHAI ( CHN) – La forte co­lo­nie de ses fans chi­nois, plus proches des Feux de l’amour que des connais­seurs de Wim­ble­don, lui a peut- être mas­qué une par­tie de la réa­li­té. De­puis le dé­but de la se­maine, Ro­ger Fe­de­rer al­terne les hauts et les bas. Lui as­sène le contraire. Comme pour se convaincre. « La se­maine a été très bonne. J’ai bien frap­pé la balle. Mes t ro i s p re mier s matches étaient top. Au­jourd’hui, c’était peut- être un tout pe­tit peu moins bien mais le mé­rite lui re­vient, ana­lyse- t- il. Mon match était cor­rect. Sur sur­face ra­pide, ça peut ar­ri­ver. » Il s’est pour­tant re­trou­vé em­bar­qué dans un troi­sième set par Da­niil Med­ve­dev alors qu’il me­nait un set et un break, il a per­du un set pour la pre­mière fois contre Ro­ber­to Bau­tis­ta A g u t , i l a f a i l l i re l a n ce r Ke i Ni­shi­ko­ri alors qu’il me­nait un set et un break et, hier, il a été do­mi­né du dé­but à la fin par Bor­na C o r i c a v e c s e u l e ment n e u f points mar­qués sur le ser­vice ad­verse. Ce n’était pas du mau­vais Fe­de­rer mais du Fe­de­rer in­ter­mit­tent du spec­tacle. Un ré­ci­tal en­tre­cou­pé de couacs. Les coups de gé­nie existent tou­jours mais ils sont ac­com­pa­gnés de bé­vues, sur­tout sur les points im­por­tants où il a tou­jours ex- cel­lé. Même si le jeune Croate ( 2 1 a n s ) a ré a l i s é u n g r a n d match, no­tam­ment au ser­vice, le te­nant du titre a sou­vent tâ­ton­né dans ses choix et dans son jeu de jambes. De­puis sa dé­faite contre Tha­na­si Kok­ki­na­kis à Mia­mi en mars, « Hou­di­ni » ne sort plus de sa boîte et son im­passe concer­nant la sai­son sur terre bat­tue in­ter­roge. L’an der­nier, cette dé­ci­sion avait été cou­ron­née de suc­cès. Au­jourd’hui, on sent bien qu’elle lui trotte dans la tête. Man­quet- il de rythme à cause de cette pause ? La ques­tion re­vient sou­vent. Pour l’an pro­chain, il a dit qu’il « ne sa­vait pas » mais qu’il avi­se­rait lors de l’in­ter­sai­son pour « sa­voir comment tra­vailler phy­si­que­ment et ten­nis­ti­que­ment lors de ses quatre se­maines de pré­pa­ra­tion en dé­cembre » . Entre une pro­gram­ma­tion al­lé­gée en rai­son de ses trente- sept ans et le be­soin de re­pères, son coeur ba­lance. « Je trouve qu’il manque un peu de rythme et qu’il gère moins bien qu’avant ses temps forts et ses temps faibles. Mal­gré toute l’ex­pé­rience de Fe­de­rer, ces mo­ments- là se gèrent avec pas mal de matches dans les jambes et grâce au rythme de la com­pé­ti­tion, ana­lyse Lio­nel Roux, an­cien en­traî­neur de l’équipe de France et consul­tant pour beIN Sports. À trente- sept ans, c’est clair qu’il ne peut plus jouer toutes les se­maines. Mais, comme les matches sont durs, il n’a plus de marge. Sur­tout en Mas­ters 1000 où on est en dan­ger dès le pre­mier tour. Il n’a pas le temps de se ro­der. Dif­fi­cile de com­pa­rer avec 2017. Il a un an de plus et, à cet âge, ça compte beau­coup. On le sent quand même moins en confiance que l’an der­nier. »

Son été en pente douce peut

Se mé­na­ger ou en­chaî­ner ?

l’ame­ner à chan­ger de stra­té­gie. Face à John Mill­man à l’US Open, il a fon­du sous la com­bi­nai­son cha­leur- hu­mi­di­té. En fi­nale à Cin­cin­na­ti, il n’a pas exis­té contre No­vak Djo­ko­vic et, à Wim­ble­don, Ke­vin An­der­son a mis en lu­mière son manque de re­pères. Lui cite à chaque in­ter­view sa vic­toire à la La­ver Cup. Lo­gique que sa com­pé­ti­tion lui tienne à coeur mais elle ne peut être prise comme ré­fé­rence. De­puis huit mois, il n’a qu’un ATP 250 à Stutt­gart à se mettre sous la dent. Très maigre pour l’ogre qui vise les cent titres. En­core troi­sième mon­dial, il est loin du dé­clin mais il ne flambe plus mal­gré une en­vie tou­jours bien pré­sente. En par­tant de Chine avec femme et en­fants, il se dé­lec­tait à l’idée de jouer chez lui à Bâle et au Mas­ters de Londres. Pour Ber­cy, c’est une autre his­toire. Il ne pren­dra sa dé­ci­sion qu’après le tour­noi suisse. Se mé­na­ger ou en­chaî­ner, tou­jours la même ques­tion.

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