Vase de Sèvres

Le Gal­lois Ge­raint Tho­mas s’est fait vo­ler la belle coupe bleue re­çue pour sa vic­toire sur le Tour de France. Un ca­deau de la Ré­pu­blique d’une va­leur in­es­ti­mable.

L'Équipe - - EXTRA - VINCENT HUBÉ

Les Bri­tan­niques ne res­pectent rien. Il y a quinze jours, au sa­lon du cycle de Bir­min­gham, le vase de Sèvres re­çu par Ge­raint Tho­mas pour sa vic­toire sur le Tour de France 2018 a été vo­lé. L’ é q u i p e Sky a v a i t prê­té le tro­phée à son équi­pe­men­tier, la marque de vé­los Pi­na­rel­lo, pour dé­co­rer son stand. C’est là qu’il a été dé­ro­bé. « Il va sans dire que ce tro­phée est d’une va­leur as- sez li­mi­tée pour ce­lui qui l’a pris » , s’est ému le cou­reur gal­lois. Va­leur li­mi­tée ? C’est vite dit. Il s’agit quand même d’une pièce en por­ce­laine faite main par la ma­nu­fac­ture na­tio­nale de Sèvres ( Hauts- de- Seine), avec deux frises en or 24 ca­rats et ce bleu de co­balt ty­pique. Cette « coupe om­ni­sports » – son nom of­fi­ciel – a été créée en 1971 par Ro­ger Vieillard ( 19071989), spé­cia­le­ment pour la ma­nu­fac­ture. Ce gra­veur et illus­tra­teur était par ailleurs un ex­cellent joueur de tennis, qui a par­ti­ci­pé sept fois aux In­ter­na­tio­naux de France entre 1931 et 1938 ( pour un match ga­gné).

« De­puis Na­po­léon III, Sèvres four­nit l’État en pièces d’art qui servent de ré­com­penses pour dif­fé­rents con­cours, scien­ti­fiques, agri­coles ou spor­tifs, ex­plique Jean- Bap­tiste Ceaux, di­rec­teur mar­ke­ting de la ma­nu­fac­ture. Le pre­mier client de la coupe om­ni­sports a été la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de foot­ball. Elle l’a of­ferte en Ita­lie, en 1972. » Prix de Diane, Grand Steeple- Chase de Pa­ris, 24 Heures du Mans… la « coupe Vieillard » , fa­bri­quée chaque an­née à une di­zaine d’uni­tés se­lon les com­mandes pu­bliques, sert de tro­phée à di­verses épreuves. Mais son ar­ri­vée sur le po­dium du Tour de France a pris du temps… En 1978, c’est le 75e an­ni­ver­saire du Tour, ça se fête ! Le pré­sident de la Ré­pu­blique, Va­lé­ry Gis­card d’Es­taing, tient à mar­quer le coup et à of­frir un ca­deau of­fi­ciel de la Ré­pu­blique au pre­mier du clas­se­ment gé­né­ral. Va pour un vase de Sèvres. Ce­la donne lieu à une pe­tite gué­guerre entre le chi­ra­quien Mau­rice Couve de Mur­ville, qui re­met le Maillot Jaune à Ber­nard Hi­nault au nom de la Ville de Pa­ris, et le gis­car­dien Jean- Pierre Sois­son, mi­nistre des Sports, qui lui tend le pré­sent pré­si­den­tiel : un long vase bleu, « de Cler­mont sû­re­ment » , es­time Ceaux, mais pas la « coupe om­ni­sports » . La tra­di­tion du gros bi­be­lot à po­ser sur la che­mi­née est au moins lan­cée. Joop Zoe­te­melk, en 1980, se­ra le pre­mier à re­ce­voir la fa­meuse coupe. Au cours des an­nées sui­vantes, le mo­dèle du vase of­fert change se­lon les édi­tions, mais le même pro­to­cole s’ap­plique. Au maire gaul­liste de Pa­ris, Jacques Chi­rac alors, de re­mettre le Maillot Jaune, qui reste le tro­phée of­fi­ciel ; au mi­nistre des Sports so­cia­liste, Ed­wige Avice no­tam­ment, de tendre la coupe. Une sorte de co­ha­bi­ta­tion avant l’heure.

L’ex­cep­tion 2013 pour la cen­tième édi­tion

1990 marque un tour­nant. À par­tir du troi­sième et der­nier suc­cès de Greg LeMond, tous les vain­queurs du Tour, de Mi­guel In­du­rain à Ge­raint Tho­mas, re­çoivent la pièce d’art créée par Ro­ger Vieillard. Au­cune ex­pli­ca­tion of­fi­cielle, mais la beau­té du vase, « qui al­lie un dé­cor clas­sique et une forme contem­po­raine » , se­lon Jean- Bap­tiste Ceaux, doit y être pour beau­coup. Une ex­cep­tion no­table, en 2013, pour la cen­tième édi­tion du Tour. Thier­ry Rey, conseiller sports du pré­sident Fran­çois Hol­lande, tente alors de re­mettre à Ch­ris Froome un nou­veau vase de Sèvres, oeuvre du de­si­gner Pierre Char­pin. Les bras char­gés de bou­quets et d’autres tro­phées gla­nés lors de cette vic­toire his­to­rique, l’An­glais doit lais­ser à ses pieds le ca­deau pré­si­den­tiel.

Et si­non, ça vaut com­bien ? « Une telle pièce d’art n’a pas de prix mais il y a une va­leur sym­bo­lique, pour ce­lui qui l’offre et ce­lui qui la re­çoit » , es­time Jean- Bap­tiste Ceaux. En 2010, la mai­son d’en­chères lon­do­nienne Bon­hams a ven­du une coupe om­ni­sports re mise en 1985 à Bob Spald i ng, cham­pion an­glais de mo­to­nau­tisme, vain­queur du Grand Prix de France. Le prix ? 168 £ ( 192 €) seule­ment. Non, les Bri­tan­niques ne res­pectent rien.

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